Les agriculteurs consomment-ils beaucoup d'eau ?

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Article rédigé par franceinfo - O. Khémissi, L. Houeix, L. Augry, D. Chevalier - Édité par l'agence 6Medias
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Les enjeux autour des ressources en eau sont importants. Un secteur est souvent pointé du doigt comme en consommant beaucoup : il s'agit de l'agriculture. Qu'en est-il réellement ?

Ce texte correspond à une partie de la retranscription du reportage ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder en intégralité.


Les agriculteurs consomment-ils beaucoup d'eau ? Pour le savoir, il suffirait de se tourner vers le ciel et de faire un rapide calcul, selon Annie Genevard, Ministre de l'Agriculture, de l'Agroalimentaire et de la Souveraineté alimentaire : "Qu’on ne me dise pas qu'il manque de la ressource quand il pleut 500 milliards de mètres cubes chaque année et que l'agriculture en prélève 2 milliards. Convenez avec moi que c'est un prélèvement qui est quand même des plus raisonnables." Alors, s'inquiète-t-on trop des prélèvements en eau de l'agriculture, comme le sous-entend la ministre ?

En France, on sort plutôt régulièrement nos bottes et nos parapluies. Pas beaucoup en ce moment, certes. Mais lorsqu'il pleut, l'eau ruisselle et alimente les rivières, les fleuves, les lacs, les nappes phréatiques ou les réserves. En revanche, le fait qu'il tombe 500 milliards de mètres cubes d'eau par an ne signifie pas que tout est utilisable pour notre consommation. "On ne capte pas l'eau de pluie pour la boire, on la prend, on la pompe dans des rivières ou dans des nappes. Ce n'est pas toute la pluie qui circule dans les rivières et dans les nappes. L'ensemble des ressources en eau douce qui sont disponibles pour toutes les activités humaines, c'est l'eau qui circule dans les rivières et dans les nappes phréatiques. Et ça, ce n'est pas plus d'un tiers des précipitations, en cumulé sur toute une année", assure Agnès Ducharne, hydrologue et directrice de recherche au CNRS.

Une eau évaporée

Parmi l'eau qui est effectivement prélevée, le secteur de l'énergie en capte la moitié. Nous en prenons 14 % pour nos usages domestiques, l'agriculture : 11 %. À première vue, les prélèvements pour nos champs ne sont donc pas si élevés.

Mais contrairement à l'eau du robinet ou des centrales, celle qui est prélevée pour les champs ne repart pas dans nos cours d'eau. Elle est absorbée par les plantes et elle remonte dans l'atmosphère. Si l'on tient compte de cela et que l'on reprend nos chiffres de départ, l'agriculture devient alors l'activité la plus consommatrice. "Dans les autres usages, l'eau usée va être nettoyée et va rejoindre le milieu naturel, comme les rivières. L'eau utilisée pour l'agriculture ne va pas être restituée dans les rivières parce qu'elle va être évaporée dans les nuages. Et elle va bien entendu retomber quelque part, mais beaucoup plus loin et pas là où elle a été prélevée", indique Sami Bouarfa, directeur adjoint au département Aqua à l'Inrae.

Donc, lorsque la ministre de l'Agriculture dit : "2 milliards de mètres cubes d'eau sur 500 milliards pour l’agriculture, convenez avec moi que c'est un prélèvement qui est des plus raisonnables", son calcul n'a pas de sens selon les experts et augmenter le niveau d'eau dédié aux usages agricoles ne sera pas sans conséquence sur les équilibres hydrologiques.

Parmi nos sources :

IHEMI - Eau et agriculture : enjeux et risques en période de changement climatique

SDES - L'irrigation des surfaces agricoles : évolution entre 2010 et 2020

France Stratégie - Prélèvements et consommations d’eau : quels enjeux et usages ?

Vie publique - Déclarations de MM. Christophe Béchu, ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires et Marc Fesneau, ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire, sur le plan "eau", à l'Assemblée nationale le 3 mai 2023.

Assemblée nationale - XVIIe législature - Session ordinaire de 2025-2026

Chambre d'agriculture Pyrénées-Orientales - ETP : suivi des évapotranspirations potentielles

Biljou - L’eau verte et l’eau bleue

  • Intervenants :

Agnès Ducharne, hydrologue, chercheuse au CNRS

ttps://www.metis.upmc.fr/~ducharne/ 

Sami Bouarfa, Directeur adjoint au département Aqua à l'Inrae

https://fr.linkedin.com/in/sami-bouarfa-7a1728b0 

Julie Trottier, Hydrologue et directrice de recherche au CNRS

https://fr.linkedin.com/in/julie-trottier-8967357a 

Liste non exhaustive