"On est dans une société très brutale et il faut reprendre le pouvoir", commente Philippe Juvin après les débordements en marge de la finale de la Ligue des champions

Publié
Temps de lecture : 8min - vidéo : 14min
Article rédigé par franceinfo - B. Boucher - Édité par l'agence 6Medias
France Télévisions

Dimanche 31 mai, Philippe Juvin était l'invité de "La politique s'éclaire" sur franceinfo. Alors que la soirée de la veille a été marquée par des heurts dans Paris après la victoire du PSG contre Arsenal en finale de la Ligue des champions, le député LR et Rapporteur général du budget à l'Assemblée nationale s'est voulu sans équivoque au moment d'évoquer une certaine répression face à la violence.

Ce texte correspond à une partie de la retranscription du reportage ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder en intégralité.


Brigitte Boucher : Philippe Juvin, 416 interpellations, 283 rien qu'à Paris. Foot rime maintenant nécessairement avec violence ?

Philippe Juvin : Oui. Quand la France a gagné la Coupe du Monde il y a une trentaine d'années, il n'y avait pas tous ces sujets. Aujourd'hui, c'est devenu quasi automatique. Ce qui me paraît intéressant, c'est de comparer la situation à Budapest cette nuit, là où il y a eu le match. Il y avait des vrais supporters. Et la situation à Paris, ça n'a rien à voir. À Budapest, c'était calme. À Paris, c'était dément.


C'est une violence intrinsèque dans la société qui ressurgit à chaque fois qu'il y a un événement ?

C'est l'ensauvagement avec des tas de gens qui, en réalité, détestent la France. En venant, je suis passé par certains quartiers de Paris. On voit des voitures brûlées, du matériel abîmé, etc. Aux urgences de l'hôpital Pompidou, dont je suis le responsable, il y a eu plusieurs dizaines de patients qui ont été amenés, blessés, à la fois des forces de l'ordre et des manifestants. On voit bien qu'on est dans une société très brutale et il faut reprendre le pouvoir, il faut reprendre la main. Alors, comment on fait ? Moi, je pense qu'il faut d'abord taper aux porte-monnaie. Le jeune qu'on a vu taper avec son pied sur un abribus qu'il a cassé, on peut l'identifier avec la caméra, on lui demande de payer, ça va le faire réfléchir. Et puis, après tout, s'ils veulent le contact avec les forces de l'ordre, il faut peut-être leur offrir le contact avec les forces de l'ordre. On voit que le niveau de violence augmente, ils cherchent le contact, et bien que les forces de l'ordre peut-être aillent au contact. Donc, je mets ça dans le débat. Mais réellement le type de réponse que nous avons aujourd'hui est insuffisant et ce n'est pas à cause de la police et ce n'est pas à cause de la justice.


Il y avait quand même 22 000 policiers qui ont été déployés. C'est un dispositif sans précédent pour une finale de football.

Ce n'est pas à cause de la police ni à cause de la justice. Les juges et les policiers font leur travail avec les moyens que l'on leur donne, la loi qui existe et les moyens.


Parce qu'on disait qu'il fallait remettre des policiers sur le terrain, mais là, ils étaient là et ça n'a pas dissuadé ces casseurs.

Ce que j'observe et ce que vous observez, c'est qu'on se réveille ce matin, dans Paris il y a des voitures brûlées, Paris est saccagé. Donc, on voit que notre position est inadéquate. Comment on fait ? Les envoyer en prison, en réalité, c'est très compliqué. D'abord, les prisons sont saturées. Et puis, vous attrapez un gars, il va vous raconter que lui, il était là, il a été pris dans la foule, etc. Et évidemment, on ne peut pas reprocher au juge de ne pas être sévère. On est très sévère. La justice est très sévère, contrairement à ce qu'on dit. Mais elle applique la loi telle qu'elle existe. Je crois qu'il y a un Code pénal, il faut l'appliquer pleinement. Deuxièmement, il faut se poser la question de faire payer les gens. Ils dégradent, ils payent. Vous allez voir, c'est plus efficace que de les envoyer deux mois en cabane. Et troisièmement, encore une fois, ils veulent le contact physique avec les forces de l'ordre, qu'on leur offre le contact physique.


Gabriel Attal a donné hier son premier meeting de campagne. C'était au Parc des Expositions à Paris. Pendant ce temps-là, on n'entend pas Bruno Retailleau. Il est où ?

Ce n'est pas tout à fait vrai, vous êtes très sévère. Il y a une grande interview de Retailleau aujourd'hui dans le JDD. Bruno Retailleau met sur la table un certain nombre de propositions. Ça va se jouer sur quoi, cette campagne de l'élection présidentielle ? Moi, je crois que ça va se jouer sur la question : où sont les gens sérieux ? Où sont les gens qui mettent sur la table des propositions qui sont à même de changer les choses ?


Il n'est pas sérieux, Gabriel Attal ?

Je ne dis pas ça. Je dis que Gabriel Attal fait de la communication et il est très bon communicant. Il a un très grand talent de communicant. À un moment, les gens vont se demander où est le bilan de chacun. Où est le bilan d'Édouard Philippe à Matignon ? Où est le bilan d'Attal à Matignon ? Il y est resté peu de temps.


Ils sont comptables du macronisme ? C'est un échec, le macronisme, pour vous ? C'est dix ans d'échec ?

Non, mais d'une certaine manière, par définition, tous ceux qui ont gouverné avec le président Macron sont comptables de son bilan. C'est vrai que Gabriel Attal a essayé de s'éloigner du bilan d'Emmanuel Macron en critiquant lui-même le président de la République, ce qui, entre nous, n'était pas très sympa de sa part parce qu'il lui doit absolument tout.


Ce que fait aussi Édouard Philippe en demandant cette émission ?

Oui, vous avez raison, absolument. Je pense qu'il faut être reconnaissant à ceux qui vous ont nourri. Moi, mon candidat, c'est Bruno Retailleau pour une raison assez simple. C'est que, d'abord, je suis membre des Républicains et les Républicains ont choisi ce candidat. Je ne connais pas Retailleau depuis longtemps. En fait, c'est un type très sérieux, très charpenté et qui veut mettre sur la table des choses qui sont très étudiées. Le retour de l'ordre, on en parlait avec les manifestations des petits voyous. Retour de l'ordre dans la rue, retour de l'ordre aux frontières, retour de l'ordre dans les comptes publics. La question des comptes publics est très importante.


C'était déjà ce que disait Valérie Pécresse et elle a fait moins de 5%. Est-ce qu'à un moment, des représentants des Républicains pourraient lâcher Bruno Retailleau au profit d'un candidat central, peut-être Édouard Philippe, qui se dit lui aussi de droite, tout simplement pour éviter ce duel entre le RN et LFI au second tour ?

De toute façon, je crois que tout le monde veut éviter ce duel. Et j'ose espérer que chez Attal, comme chez Philippe, comme chez les uns et les autres, tout le monde veut aussi éviter ce duel. Simplement, je trouve que c'est un peu gonflé de ne poser qu'à Retailleau la question : "Est-ce que vous êtes prêt à démissionner ?". Non, je suis désolé. Quand vous commencez un match, comme il le fait, vous dites que vous allez aller jusqu'à la fin du match, sinon vous n'êtes pas crédible. Et il a raison. Donc, on verra dans quelques mois où en sont les Français, comment ils ont compris les choses. Mais je vous dis tranquillement les choses. Une campagne des présidentielles, c'est deux choses. C'est : quel est mon bilan ? Aujourd'hui, quel est le bilan de Gabriel Attal à l'Éducation, à Matignon ? C'est une question qui mérite d'être posée. Quel est le bilan de Retailleau à l'Intérieur ? Ça, on peut en parler. Il a pris des mesures pour réduire en particulier l'immigration légale, qui ont été détricotées dans la suite, dès qu'il est parti, mais il a pris ces mesures. Et quel est votre programme ? Et le programme, c'est la reprise de contrôle. Il faut reprendre le contrôle. La France, on est en train de perdre le contrôle.


Reprendre le contrôle dans les comptes, c'est ce que vous disiez. On annonce 6 milliards d'économies face aux difficultés, à la guerre. Vous, vous dites beaucoup plus ?

Alors, non seulement, c'est vrai, le gouvernement dit : "On va faire 6 milliards d'économies." Je vais être un peu technique, pardon pour les gens qui nous écoutent, mais d'abord 6 milliards d'économies, c'est 0,2% du PIB, c'est très insuffisant. Moi, je pense que les vraies économies devraient être plutôt à 8 à 12 milliards. Pour des raisons législatives, le gouvernement a le droit, sans loi de finances, par décret, de diminuer les dépenses de 12 milliards. Je n'entre pas dans les détails, mais ayez ce chiffre en tête : 12 milliards. Je pense qu'on doit pouvoir probablement y arriver. Premier point. Deuxième point, quand le gouvernement annonce 6 milliards d'économies, en réalité, quand vous entrez dans les chiffres, ce n'est pas tout à fait exact. Ce n'est pas 6 milliards d'économies. Le ministre a un raisonnement qui se défend, mais qui n'est pas le mien, qui consiste à dire : "On va faire 6 milliards par rapport à ce que la crise pourrait nous faire dépenser". Moi, je pense qu'il faut considérer que nous avons voté un budget et ce budget, il faut le baisser de 6 milliards. Le ministre dit : "On a voté un budget, il va augmenter à cause de la crise et donc on va le baisser de 6 milliards". C'est tout à fait différent.


Mais bon, on va chercher l'argent ? C'est toujours ça, le problème. Vous, vous dites qu'il faut aller chercher dans tous les ministères. Ça nous rappelle un peu la RGPP de Nicolas Sarkozy. Est-ce qu'on peut couper comme ça, aveuglément, partout ?

Non, pas aveuglément, mais ce qui est certain, c'est qu'il faut arrêter de dire qu'il n'y a pas d'argent. Il y a plein d'argent. Simplement, on le jette par les fenêtres. Dans la santé, on finance des hôpitaux où la qualité des soins n'est pas satisfaisante.


Il y a trop d'argent dans l'hôpital, c'est juste qu'il est mal utilisé ?

Je ne dis pas qu'il y a trop d'argent, il y a beaucoup d'argent. Nous sommes, quand vous comparez la France et les pays voisins, le pays qui met le plus d'argent parmi les grands pays comparables, les États-Unis mis à part, dans la santé relativement à son PIB. Donc, il ne faut pas dire qu'il n'y a pas d'argent. On met beaucoup d'argent et pourtant, tout le monde se plaint, à raison, de la qualité des soins.

Cliquez sur la vidéo pour regarder l'entretien en intégralité.