Brésil : des sénateurs accusent Jair Bolsonaro de "crime contre l'humanité" pour sa gestion de l'épidémie
La pandémie a fait plus de 600 000 morts dans le pays. Une commission d'enquête parlementaire réunissant des élus de tous bords politiques estime que le président d'extrême droite s'est rendu coupable d'au moins 10 crimes.
Six mois de travaux, 1 200 pages de rapport et un verdict dévastateur pour l'image du chef de l'Etat brésilien. Les sénateurs ont demandé l'inculpation de Jair Bolsonaro pour au moins dix crimes. Ils l'accusent notamment de "crime contre l'humanité" pour sa politique durant la pandémie de Covid-19, selon un rapport (en portugais) publié mercredi 20 octobre.
Constituée de sénateurs de diverses tendances politiques, la commission d’enquête parlementaire demande également son inculpation pour "charlatanisme" ou "prévarication".
"A l'issue de six mois de travaux intenses, cette commission parlementaire a recueilli des preuves qui montrent que le gouvernement fédéral (...) a agi avec lenteur dans le combat contre la pandémie, exposant délibérément la population à un risque réél d'infection de masse."
La commission d'enquête du Sénatdans son rapport
Pour les sénateurs, les crimes cités dans le rapport sont "intentionnels", le gouvernement de Jair Bolsonaro ayant délibérément décidé de ne pas prendre les mesures nécessaires pour contenir la circulation du virus.
Soupçons de corruption
La commission d'enquête parlementaire a notamment enquêté sur les responsabilités du gouvernement dans la grave pénurie d'oxygène qui a causé la mort de dizaines de patients par asphyxie à Manaus, le discours anticonfinement de Jair Bolsonaro et son déni face à la gravité du Covid-19, qu'il a qualifié de "grippette".
La commission s'est également penchée sur les relations entre le pouvoir et des mutuelles de santé privées accusées de promouvoir un "traitement précoce", avec notamment de l'hydroxychloroquine, dont l'inefficacité a été prouvée. L'une d'elles, Prevent Senior, est soupçonnée d'avoir mené à l'insu de ses patients des expériences avec ce type de traitements et d'avoir fait pression sur ses médecins pour les prescrire à des "cobayes humains".
Le gouvernement est aussi épinglé pour des retards et des soupçons de corruption dans l'acquisition de vaccins. La commission d'enquête a d'ailleurs demandé l'inculpation de quatre ministres et deux anciens ministres. Les trois fils aînés du président ont aussi été ciblés pour "incitation au crime" par le biais de diffusion de fausses information.
La procédure a peu de chance d'aboutir
Les sénateurs de la commission d'enquête parlementaire n'a pas le pouvoir d'engager elle-même des poursuites judiciaires, mais ses révélations pourraient avoir un impact politique considérable, alors que les sondages donnent déjà Jair Bolsonaro perdant face à l'ex-président Luiz Inacio Lula da Silva à un an de la présidentielle.
Reste que, aussi gravissimes soient-elles, ces accusations devraient néanmoins avoir une portée surtout symbolique pour l'heure. Le président d'extrême droite bénéficie en effet de soutiens au Parlement à même de lui éviter l'ouverture d'une procédure de destitution. De même, le procureur général Augusto Aras, qui est l'un de ses alliés, peut faire barrage à toute inculpation.
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