Rachat d'Electronic Arts : pourquoi les fans des Sims redoutent un virage culturel venu de Riyad

Le rachat d’Electronic Arts pour 55 milliards de dollars par un fonds d'investissement d'Arabie saoudite inquiète les joueurs de l'un des jeux les plus inclusifs au monde.

Article rédigé par Constance Vilanova
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 4min
Des passionnés de jeux vidéo posent pour une photo avec "Les Sims 4" lors de l'événement EA Play au Hollywood Palladium, le 8 juin 2019, à Los Angeles. (CHRISTIAN PETERSEN / GETTY IMAGES NORTH AMERICA)
Des passionnés de jeux vidéo posent pour une photo avec "Les Sims 4" lors de l'événement EA Play au Hollywood Palladium, le 8 juin 2019, à Los Angeles. (CHRISTIAN PETERSEN / GETTY IMAGES NORTH AMERICA)

Un rachat historique qui repositionne EA dans le monde de la finance globale. Electronic Arts, plus connu sous les initiales EA, est l’un des plus anciens éditeurs de jeux vidéo. Fondé en 1982, il est  responsable des licences EA Sports FC (ex-FIFA), Battlefield, Need for Speed et bien sûr Les Sims. Le 29 septembre 2025, l’entreprise a annoncé son rachat pour 55 milliards de dollars. Trois acteurs sont impliqués et parmi eux, le Fonds public d’investissement d’Arabie saoudite, qui multiplie depuis cinq ans les investissements dans les géants du jeu vidéo et Jared Kushner, gendre de Donald Trump.

L’opération est l’une des plus importantes de l’histoire du secteur, et elle s’inscrit dans une stratégie claire : la consolidation de l’industrie du jeu, fragilisée par deux ans de licenciements massifs et par des revenus stagnants.

Les Sims : un jeu culte, né en 2000, devenu un refuge inclusif mondial

S'il y a bien une communauté qui se mobilise sur les réseaux sociaux depuis l'annonce, c'est celle des Sims. Créée par Will Wright en 2000, vendu à plus de 70 millions d’exemplaires, c’est l’une des licences les plus rentables et les plus influentes de l’histoire du jeu vidéo. Mais surtout, Les Sims a été, dès son origine, un espace pionnier de représentation et d’inclusion. On y crée sa maison, sa famille, son personnage, mais sans contraintes d’orientation, de genre, de morphologie ou de structure familiale. Bien avant d’autres industries culturelles, le jeu offrait des couples queer, des modèles familiaux libres, des identités de genre infiniment modifiables.

Pour des millions de joueuses et pour une large partie de la communauté LGBTQIA+, Les Sims est plus qu’un jeu : c’est un refuge culturel, un endroit où "être soi" sans filtre.

@s.candor The Sims (oh and yknow EA AS A COMPANY) is now a part of the sovereign wealth fund of *checks notes* Saudi Arabia? #greenscreen #sims4 #sims #ea #gaming ♬ original sound - Bunny

TikTok s’enflamme, les créateurs se retirent : la panique monte dans la communauté

Sur TikTok, l’annonce du rachat a déclenché une vague massive de vidéos de fans inquiets. Le jeu restera-t-il aussi sûr pour les minorités ? La cible des inquiétudes est claire : Riyad, désormais l’actionnaire principal. L'Arabie Saoudite est un pays où les droits des femmes restent étroitement contrôlés, où l’homosexualité est criminalisée, et où la liberté d’expression artistique est limitée. Les réactions ne viennent pas seulement des fans; Trois YouTubeurs majeurs de la communauté; James Turner, Plumbella, lilsimsie, ont annoncé leur départ du programme officiel EA Creator Network.

Charles London, concepteur des Sims et des Sims 2 s'est exprimé dans un podcast mis en ligne début novembre. L’inclusivité n’est pas une option marketing, mais le cœur même de la série, estime-t-il

"Son attrait et sa reconnaissance des vérités fondamentales de notre humanité créent le lien empathique et émotionnel avec ce jeu, ce qui le rend si puissant( ...) En ces temps réactionnaires, il est crucial pour la société de pouvoir compter sur des marques fortes et appréciées, capables de véhiculer ce message. "

Charles London, créateur des Sims et des Sims 2

FRVR podcast

Il estime que promouvoir la diversité dans les jeux vidéo est plus important que jamais, surtout en cette période de réactions hostiles aux progrès réalisés en matière de représentation et de droits des personnes LGBTQ+. Repris sur les réseaux, un erratum a été publié sur le site de FRVR "Les propos du concepteur ne concernent pas l'éventuelle acquisition par EA. Lors de notre entretien avec London, la nature de cette acquisition n'a pas été abordée".

Après le football, voici désormais le jeu vidéo. L’Arabie saoudite mène une stratégie assumée : devenir une puissance culturelle mondiale, diversifier son économie "post-pétrole" et façonner l’imaginaire global. Ce n’est plus seulement une opération financière. C’est un déplacement massif de pouvoir culturel.