On s'envoie plus de mails quand on est en open space
Les dérangements causés par le voisinage nous poussent à réduire les rapports directs et à préférer les communications électroniques.
Qu'est-ce qui nous dérange de la part de nos collègues ? Et comment nous en protégeons-nous ? Des chercheurs britanniques révèlent que, face à l'agitation, nous avons tendance à nous réfugier dans notre coquille.
Ça n'est pas la peine d'y aller par quatre chemins, nos collègues nous tapent généralement sur les nerfs. 71% des femmes estiment travailler avec des collègues gênants. Les hommes ne sont que 62%, selon un sondage réalisé par l'agence d'intérim Qapa. Sans surprise, ce sont les bruits de voisinage que l'on ne supporte pas. Les discussions téléphoniques privées, les plaintes, les râleries. Sans parler des bruits corporels : cela toucherait 20% des sondés, difficile de le passer sous silence. Et les monologues, ces gens qui se parlent à eux-mêmes, qui s'encouragent, qui se félicitent. 16% s'en plaignent. Même si ce n'est pas comptabilisé par ce sondage, mais il y en a même qui sifflotent et qui chantonnent. C'est du vécu.
Evidemment, l'enfer, c'est les autres. 89% des sondés ne pensent pas être gênants pour les autres. Il va vraiment falloir qu'on se parle.
On doit subir les conversations des autres
Ce qui est intéressant, c'est de voir comment on s'en protège. Tous les sondages du monde disent que dans l'open space, on redoute avant tout les conversations des autres. Il faut rappeler qu'en France seulement un tiers des salariés français travaillent dans un open space qui réunit plus de dix personnes. Mais des chercheurs – l'un est professeur associé à la Harvard Business school et l'autre est issu de la même école – ont publié récemment dans le bulletin de la Royal Society les résultats de leur recherches sur les effets de l'open space, censé augmenter les interactions directes entre les gens, les échanges, bref, l'intelligence collective.
Eh bien il n'en est rien. Tout au contraire. Selon les deux chercheurs, l'open space réduit les échanges individuels, en face-à-face... de 70%. Le fait de supprimer les cloisons va même plus loin : il favorise l'échange de mails et des messages électroniques. Plus 20 à plus 50% de mails si on est en open space.
Voilà ce que l'on lit dans leur rapport : "Plutôt que d'avoir un entretien en face à face, qui se déroulerait au milieu d'autres salariés, un employé pourra regarder autour de lui, voir si la personne à laquelle il veut s'adresser est bien à son bureau, et à ce moment-là, lui envoyer un mail". L'open space favoriserait donc un report des communications physiques vers des communications électroniques. Paradoxal, mais pas illogique. Et les chercheurs de conclure que l'open space produit l'effet pervers de réduire les interactions plutôt que de les accroître. CQFD.
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