L'Algérie "accepte" de gracier l'écrivain franco-algérien Boualem Sansal, emprisonné depuis près d'un an

Au cœur d'une grave crise diplomatique entre Alger et Paris, le romancier et essayiste avait été arrêté le 16 novembre 2024.

Article rédigé par franceinfo Culture avec AFP
France Télévisions - Rédaction Culture
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L'écrivain franco-algérien Boualem Sansal, le 29 octobre 2015, à l'Académie française, à Paris. (FRANCOIS GUILLOT / AFP)
L'écrivain franco-algérien Boualem Sansal, le 29 octobre 2015, à l'Académie française, à Paris. (FRANCOIS GUILLOT / AFP)

Emprisonné en Algérie depuis près d'un an, Boualem Sansal va retrouver la liberté. L'Algérie "accepte" de gracier l'écrivain franco-algérien, a annoncé mercredi 12 novembre la présidence algérienne, répondant à la demande formulée par le président allemand. L'écrivain franco-algérien, qui purgeait une peine de cinq ans de prison, va être transféré en Allemagne pour des soins médicaux.

Le président algérien Abdelmadjid Tebboune "a répondu favorablement" à une demande de son homologue allemand Frank-Walter Steinmeier, "concernant l'octroi d'une grâce en faveur de Boualem Sansal", a indiqué mercredi un communiqué officiel. "Cette demande a retenu son attention en raison de sa nature et de ses motifs humanitaires", a ajouté la présidence en précisant que "l'État allemand prendra en charge le transfert et le traitement" de l'écrivain.

"État de santé fragile"

Appelant son homologue Abdelmadjid Tebboune à un "geste humanitaire", Frank-Walter Steinmeier avait également proposé que l'auteur de 81 ans soit transféré en Allemagne pour "y bénéficier de soins médicaux (...) compte tenu de son âge avancé (...) et de son état de santé fragile".

Au cœur d'une grave crise diplomatique entre Alger et Paris, le romancier et essayiste avait été arrêle 16 novembre 2024. L'auteur, malade et emprisonné pour "atteinte à l'unité nationale", avait vu sa condamnation à cinq ans de prison ferme confirmée en appel par la justice algérienne le 1er juillet. Il lui était notamment reproché d'avoir déclaré au média français d'extrême droite Frontières, que l'Algérie avait hérité sous la colonisation française de territoires comme Oran et Mascara appartenant précédemment, selon lui, au Maroc.

Sa famille a exprimé à plusieurs reprises son inquiétude pour la santé du romancier et essayiste, traité pour un cancer de la prostate. La France réclamait depuis des mois un "geste d'humanité" en sa faveur. De son côté, le président allemand avait insisté sur le fait qu'"un tel geste serait l'expression d'une attitude humanitaire et d'une vision politique à long terme".

Éligible à une grâce présidentielle

Boualem Sansal avait renoncé à se pourvoir en Cassation, ce qui le rendait éligible à une grâce du président algérien. Dans une longue interview accordée en septembre, le président algérien Abdelmadjid Tebboune avait évoqué la possibilité de se rendre en Allemagne fin 2025 ou début 2026. Aucune date n'a depuis été avancée. Abdelmadjid Tebboune a été soigné en Allemagne lors de séjours d'un total de trois mois après avoir contracté le Covid entre fin 2020 et début 2021.

Figure primée de la littérature francophone nord-africaine, Boualem Sansal est connu pour ses critiques à l'égard des autorités algériennes et des islamistes. Il a obtenu la nationalité française en 2024.

Ces dernières semaines, la France a de nouveau demandé avec force la libération de l'écrivain, arrêté à l'aéroport d'Alger le 16 novembre 2024, ainsi que du journaliste sportif Christophe Gleizes en attente de son procès en appel le 3 décembre après avoir été condamné fin juin à sept ans de prison pour "apologie du terrorisme".

Brouille entre Paris et Alger

L'incarcération de Boualem Sansal avait envenimé une brouille entre Paris et Alger, déclenchée en juillet 2024 par la reconnaissance par la France d'un plan d'autonomie "sous souveraineté marocaine" pour le Sahara occidental. Ce territoire, considéré comme "non autonome" par les Nations unies, est l'objet d'un conflit depuis cinquante ans entre le Maroc et les indépendantistes du Polisario, soutenus par Alger.

Depuis plus d'un an, Paris et Alger sont empêtrés dans une crise diplomatique sans précédent qui s'est traduite par des expulsions de fonctionnaires de part et d'autre, le rappel des ambassadeurs des deux pays et des restrictions sur les porteurs de visas diplomatiques.

L'Allemagne et l'Italie étaient considérés comme des médiateurs qui travaillaient en coulisses en faveur de l'écrivain. Des rumeurs avaient déjà circulé ces derniers mois sur un éventuel transfert en Allemagne.

Berlin a une longue tradition d'accueil de dissidents, despotes et dirigeants malades dans son hôpital de la Charité, l'un des plus réputés d'Europe. Il y a cinq ans, il avait accueilli l'opposant russe Alexeï Navalny, victime d'un empoisonnement. Avant lui, l'ancienne Première ministre ukrainienne Ioulia Timochenko y avait été soignée pour des douleurs dorsales.

L'Académie Goncourt solidaire

Le 4 novembre, le prix Renaudot poche avait été décerné à l'écrivain franco-algérien pour son roman Vivre. Lors de l'annonce, en marge de l'attribution du prix Goncourt 2025, les dix jurés de l'Académie Goncourt arboraient un badge "Je suis Boualem Sansal".

"Ce qu'on lui reproche ? Sa liberté d'expression, ses prises de position, ses écrits. La place d'un écrivain n'est pas en prison", avaient indiqué les éditions Gallimard à cette occasion.