Humour : peut-on rire de tout ?
Notre dossier est consacre ce soir à une question vieille comme le monde : peut-on rire de tout ? Pub télé, humoristes, les polémiques sont nombreuses sur le sujet, avec parfois des excès condamnables mais aussi, selon certains, le sentiment d'une société aseptisée où chaque bon mot peut être mal interprété. Que faut-il en penser? Éléments de réponse. C'est une publicité qui tourne depuis 10 ans à la télévision. On y voit deux personnes âgées se disputer un paquet de chips. Un peu trop salée, pour la ministre chargée des Personnes âgées, qui y voit une atteinte à leur dignité. Dans la salle à manger de leur maison de retraite, Mauricette, Yvonne et Corina, 271 ans à elles trois, ont pourtant bien rigolé. Même en prenant de l'âge, il faut quand même rire dans la vie. Il faut avoir le plaisir de blaguer, mais ne pas dire du mal. Elle est interdite ? Vraiment. Oui, par le JDP, le jury de déontologie publicitaire, chargé d'arbitrer entre bon goût et second degré. Ces publicités jugées trop sexistes, par les associations féministes, viennent d'être censurées, comme ce spot d'une mutuelle étudiante. Pourquoi as-tu pris la SMEREP comme mutuelle étudiante. C'est pour les tee-shirts. Le mec qui m'a fait remplir le dossier, il avait un tee-shirt SMEREP trop canon. L'association féministe "Les chiennes de garde" s'en félicite. On demande que les stéréotypes sexistes n'aient plus cours dans les annonces publicitaires. On ne peut pas rire des femmes en les dévalorisant. On peut rire des femmes en les glorifiant. Lambert, vous avez un beau de profil. Peut-on encore rire de tout ? Non, si l'on en croit ce recueil de publicités, qui auraient aujourd'hui un peu de peine a passer. Un sexisme, ou un racisme, dont les publicitaires se défendent pourtant. C'est le cas de l'auteur de ce slogan resté célèbre depuis 35 ans. Couscous Garbit, c'est bon comme là-bas, dis. Aujourd'hui, on dirait qu'on se moque de l'accent pied-noir. Un rigorisme s'installe et on le sent dans nos sociétés. Les annonceurs n'ont pas le droit de se tromper. Les actionnaires leur disent qu'ils n'ont pas le droit de faire d'erreurs Si on ne prend pas de risques, on ne fait pas de bonne publicité. Qui pourrait aujourd'hui se moquer des juifs comme Pierre Desproges, sans être aussitôt taxé d'antisémitisme. Comme disait Himmler en quittant Auschwitz pour visiter la Hollande, on ne peut pas être à la fois au four et au moulin. Que diraient de la parodie du macho par Guy Bedos. Saaaloope. Saaalooope. Oh, putain, celle-là, la pute. lnterdit à la télé sous Giscard, Bedos estime que les humoristes peuvent rire de tout, encore faut-il qu'ils en aient l'ambition. Ils ne sont pas très courageux pour la plupart. Je n'en connais pas qui prennent des risques à ce point. Ils pratiquent l'auto-censure. Je crois. Certains, comme Fabrice Eboué, ont fait le pari de rire de tout. Les homosexuels vont arriver dans les orphelinats en Afrique. Tu l'aimes bien celui-là. Non, j'aime pas trop. Ah, celui-la, il est vachement bien. Il ira bien avec le canapé du salon. Pour cela, le jeune humoriste a dû faire un choix, renoncer à la télévision, car, sur la chaîne qui l'employait, les consignes étaient claires. Dès qu'on était sur des sujets plus tendancieux, plus politiques, on me demandait de m'effacer ou de lever le pied sur la pédale. Sur la scène, on peut rire de tout. Une liberté d'expression qui coûte parfois très cher. Le journal satirique "Charlie Hebdo" en sait quelque chose. incendié, puis placé sous protection policière depuis la publication des caricatures de Mahomet. L'équipe sait que chaque critique de l'intégrisme provoque un procès. Ça prend du temps et de l'argent, mais ce n'est pas un énorme risque, pour un média, de se retrouver au tribunal, au contraire. L'équipe rappelle qu'elle gagne quasiment tous ses procès. Preuve que la justice, elle, sait encore rire de tout. Merci de votre fidélité. Dans un instant, la météo de Philippe Verdier. Suivie du retour de votre série "Fais pas ci, fais pas ça". A 22h30, ne manquez pas "Un jour, un destin". Laurent Delahousse s'intéresse ce soir aux frères Léotard. Très bonne soirée sur France 2.