Joan Baez : "Je suis une amoureuse de tout ce qui peut me sauver dans la vie"
L'auteure, compositrice et interprète Joan Baez est l'invitée exceptionnelle toute cette semaine du Monde d'Élodie, à l'occasion de la sortie, de son recueil de poésie, "Quand tu verras ma mère, invite-la à danser", aux éditions Points. Épisode 4 : L'amour.
Joan Baez est une artiste engagée qui a su dompter sa colère, adoucir les injustices en les racontant, dénoncer en souriant et réunir en chantant. Dans son poème Adieu au ballon noir et gris, extrait de son recueil Quand tu verras ma mère, invite-la à danser, aux éditions Points, elle lâche prise comme rarement. Elle se dévoile au point d'être à cœur ouvert, presque nue.
franceinfo : Cet ouvrage est une énorme déclaration d'amour à la vie et presque une déclaration que vous faites à vous-même.
Joan Baez : Je ne l'aurais pas dit comme ça, mais c'est vrai que, petite, j'avais honte. Pendant des années, j'ai eu honte. Ce n'était pas assez bien d'être Mexicaine, de ne pas être la première de la classe, et tout ça. Effectivement, avec le temps, je me suis détendue, on n'est pas obligée d'être toujours la meilleure partout, même si je suis la meilleure chanteuse.
Au départ, vous avez pensé pendant longtemps que vous aviez réussi à vous affranchir de la quête d'identité en choisissant justement de ne pas choisir de pseudo, mais de vous appeler Joan Baez. Vous ne vouliez pas affronter le fait qu'on puisse vous reprocher de ne pas respecter vos origines hispaniques. On comprend à travers cet ouvrage que cette quête d'identité a eu cours pendant très longtemps.
Je crois qu'il y a un moment où je voulais changer de nom. J'allais m'appeler Rachael ou Mariah et, heureusement, je suis revenue à la raison et j'ai décidé d'utiliser mon vrai nom. À partir de là, j'ai commencé à développer cette identité, qui j'étais, dans ce petit café.
Dans cet ouvrage, on découvre la Joan Baez qui a commencé à être amoureuse à l'école maternelle. Vous vous sentiez déjà très différente, vous étiez amoureuse des grands garçons. Est-ce que vous êtes cette amoureuse de la vie, même si vous avez eu du mal à en parler pendant très longtemps ?
Je suis en tout cas une amoureuse de tout ce qui peut me sauver dans la vie. Bien sûr, ce que j'aime vraiment, ce qui me motive, c'est la nature. Je vis dans une maison dans les arbres, ça me donne l'impression d'être plus près de la Lune. Je ne sais pas ce que je ferais sans tous ces arbres, sans toutes ces fleurs, c'est tellement important pour moi. Il y a un journaliste français qui m'a demandé, pourquoi j'aimais tellement la nature. J'ai répondu parce que c'est naturel ! Il a eu la décence de rire.
Enfant, une chose était très importante pour vous, c'était que votre père soit fier de vous. Ça, c'est quelque chose qui a beaucoup marqué votre évolution.
C'était impossible de rendre mon père fier. Il était fier devant les autres, mais jamais devant moi. Il était toujours fier de sa fille célèbre, mais il n'a jamais su me le dire, que j'avais été douée, que le concert était formidable. Plus tard, quand il est venu assister à des concerts, il faisait toujours la même chose. Je lui demandais : "Est-ce que ça t'a plu ?" Et il me disait : "Oh ben là où j'étais assis, le son n'était pas terrible". J'insistais jusqu'à ce qu'il finisse par me dire quelque chose, mais il n'arrivait pas à s'en empêcher, c'est son éducation, je pense.
"Mon père était fier de moi, bien sûr, et il était prêt à le dire à absolument tout le monde et aux inconnus dans les aéroports, mais jamais à moi, sa fille."
Joan Baezà franceinfo
Votre vie est un roman, vous en avez conscience quand même ?
C'est une vie extraordinaire, ce n'est pas tout à fait un conte de fées à cause des difficultés que j'ai rencontrées, mais oui, c'est une vie extraordinaire. J'en suis reconnaissante pour toutes les choses dingues que j'ai pu vivre.
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