"Sous médecine" ou vraie solution, les cabines de téléconsultation fleurissent dans les déserts médicaux
Pour lutter contre les désert médicaux, certaines collectivités installent des cabines de téléconsultation. Mais cette pratique de la médecine est critiquée par certains professionnels. Reportage en Seine-et-Marne.
Il est parfois difficile de trouver un médecin dans certaines régions. De plus en plus de Français vivent dans un désert médical et 11% de la population, soit plus de 7 millions de personnes, sont concernées, d'après une étude de l'Association des maires de France et de la Mutualité française parue en 2020. Pour pallier ce manque de médecins, des cabines de téléconsultation fleurissent sur le territoire comme en Seine-et-Marne. Au pôle médical de Montereau-Fault-Yonne, le maire a choisi d'en installer une pour épauler la dizaine de professionnels de santé qui sont pris d'assaut par les habitants.
Ce centre médical de Montereau-Fault-Yonne ne désemplit pas. Quand il n'y a plus de médecin disponible, la secrétaire propose un rendez-vous en téléconsultation. C’est le cas de Chemsy qui a fait une heure de route avec ses deux garcons qui toussent depuis trois jours. Elle espérait voir son médecin traitant qui exerce au centre mais il n'était pas disponible. Elle n'a pas le choix, ça sera deux consultations à distance pour Ryan et Nolan. “Qui passe en premier ?“ demande la secrétaire médicale, qui installe les deux frères.
Nolan s'assoit devant la borne. Face à lui, il y a une tablette avec un thermomètre, de quoi prendre la tension, et s’ausculter. Sa mère met le casque sur ses oreilles pour parler au médecin. Après vingt minutes d’attente, une femme apparait à l’écran. “Il a le nez qui coule et il tousse très gras”, explique la mère de famille “C'est sûr qu'il a mal à la tête ?”, demande la médecin. “Oui, il a exactement les mêmes symptômes que son frère”, répond la mère qui a un peu de mal à trouver l’otoscope. Il faut ensuite le mettre dans la gorge de son fils. Le geste n’est pas évident.
Pour ces deux téléconsultations, l’un des garçons a une ordonnance classique avec du paracétamol, un antibiotique et un anti-inflammatoire. Pour l'autre, qui a exactement les mêmes symptômes, il se voit prescrire un scanner des sinus à faire en urgence. Du coup, la maman n'est pas contente et essaye à nouveau de voir son médecin traitant. Elle l'interpelle dans le couloir alors qu'il est entre deux autres patients. Il lui conseillera finalement de piocher dans sa pharmacie à la maison pour donner les mêmes médicaments à ses deux fils.
Un outil critiqué par des médecins
C'est la limite de cet outil : la cabine de téléconsultation n'a pas bonne presse parmi les médecins. Certains sont même totalement opposés au procédé. Le docteur Sylvaine Le Liboux s'est carrément mise en grève pour s'opposer à l'installation d'une télécabine médicale là où elle exerce, à Valençay (Indre). Pour cette généraliste et responsable syndicale, cet outil est même dangereux. “Pour moi c’est de la sous-médecine, déclare Sylvaine Le Liboux. Il n'y a pas de petit bobo, tout peut être grave. Une cystite peut être une pyélonéphrite, une angine peut être un phlegmon, rien n’est simple."
"Le patient est tout seul dans la cabine, il doit se mettre le stéthoscope seul dans l’oreille. Les patients sont livrés à eux-mêmes.”
Docteur Sylvaine Le Libouxà franceinfo
Le président de MG France est plus modéré. Pour Jacques Battistoni, la cabine de téléconsultation peut rendre des services si elle est bien utilisée, c'est-à-dire en présence d'un professionnel de santé, d'une infirmière ou d'un assistant médical, mais pas en laissant le patient tout seul. Pour lui, la vraie solution est de donner du temps aux médecins. “Il faut d'abord donner la possibilité aux médecins généralistes d'accepter d'être le médecin traitant d'un plus grand nombre de patients, explique Jacques Battistoni. Pour cela, il faut vraiment lui dégager du temps médical disponible, le libérer d'un certain nombre de tâches qui ne sont pas strictement nécessaires, l'entretien du cabinet, l'accueil des patients et l'orientation dans le système de soins. C'est pour cela que notre syndicat a mis en avant la solution des assistants médicaux. Ça existe, il y en a peu plus de 2 000 en France mais maintenant, il faut le développer.”
Les professionnels estiment qu'il faut encore tenir cinq à dix ans, le temps qu'une nouvelle génération de médecins soit formée et arrive en exercice. D’ici là, les cabines de téléconsultations auront le temps de se multiplier. En attendant, la pression monte sur les jeunes médecins. Récemment, deux propositions de loi de députés communistes et centristes ont été déposées à l'Assemblée nationale pour contraindre les médecins à s'installer dans les déserts médicaux.
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