Édito
Zohran Mamdani, le nouveau fantasme de la gauche française

L’élection de Zohran Mamdani à New York enthousiasme la gauche française, qui y voit le symbole d’un renouveau politique. Mais cette appropriation révèle surtout ses faiblesses face aux défaites électorales.

Article rédigé par Renaud Dély
Radio France
Publié
Temps de lecture : 2min
Le maire de New York, Zohran Mamdani, le 5 novembre 2025. (ALEXI J. ROSENFELD / GETTY IMAGES NORTH AMERICA)
Le maire de New York, Zohran Mamdani, le 5 novembre 2025. (ALEXI J. ROSENFELD / GETTY IMAGES NORTH AMERICA)

Toute la gauche française se réjouit de l’élection de Zohran Mamdani à la mairie de New York, mardi 4 novembre. Jean-Luc Mélenchon salue la victoire d’une "gauche radicale" portée par un "militant pro-palestinien", "un cas d’école" qui incarne à ses yeux aussi bien "la créolisation" du monde que la résistance aux "mensonges du système médiatique". Marine Tondelier s’enthousiasme, elle, pour cet homme "né en Ouganda, musulman et écologiste". Il ne lui manque plus qu’une veste verte… Fabien Roussel félicite un élu "proche des gens, qui met le coût de la vie au cœur de son combat" et se fait même traiter de "communiste" par Donald Trump. Et aux yeux d’Olivier Faure, pas de doute : "En France, Zohran Mamdani serait socialiste !" Bref, le profil du nouveau maire de New York réjouit la gauche, qui se dépêche de se diviser en le repeignant à sa sauce. C’est assez cocasse, et surtout très nouveau. 

Dans l’histoire de la gauche française, l’expression "gauche américaine" est une insulte. Dès la fin des années 1970, c’est Jean-Pierre Chevènement qui avait accolé cette étiquette infamante à Michel Rocard, accusé de défendre une gauche hostile à l’État, ralliée au marché et favorable à l’américanisation de la société. Dans les années 1980, François Mitterrand a perpétué ce discours. Et à la fin des années 1990, Lionel Jospin a repris le flambeau de cette gauche assez anti-américaine en s’opposant à la "Troisième voie" incarnée par les "New Democrats" de Bill Clinton comme par le "New Labour" de Tony Blair.

La gauche française a tourné le dos au modèle républicain et laïque

Si la gauche française tente aujourd’hui de s’approprier la victoire de Zohran Mamdani, c’est d’abord parce qu’elle collectionne les défaites depuis une douzaine d’années. Et c’est aussi parce qu’elle a changé. Comme aux États-Unis, elle s’est convertie à un discours défensif, qui se veut de "résistance" face au grand vent conservateur. Comme à New York où Zohran Mamdani a attisé une forme de populisme pour fustiger les élites démocrates des années Biden, la gauche française accable la "trahison" de ses chefs sous les années Hollande. Elle est enfin plus perméable au communautarisme à l’anglo-saxonne, plus sensible aux questions d’identité liées aux appartenances religieuses ou culturelles, et elle a largement tourné le dos au modèle républicain et laïque sur lequel s’est construit la gauche en France.

Néanmoins, tous les sondages le montrent, elle reste largement minoritaire. Rien ne prouve d’ailleurs que la victoire de la gauche incarnée par Zohran Mamdani à New York soit transposable ailleurs aux États-Unis. Sa radicalité risque aussi de surmobiliser l’électorat trumpiste, mais ce qui provoque d’abord le réveil de la gauche américaine, c’est le danger Trump. Et c’est peut-être le carburant qui manque à la gauche française. Emmanuel Macron n’est pas Donald Trump. La démocratie n’est pas menacée chez nous comme elle l’est de l’autre côté de l’Atlantique. Et on comprend pourquoi Jean-Luc Mélenchon rêve si fort d’un duel final avec Marine Le Pen. C’est aussi le grand espoir de l’extrême droite, qui y voit une garantie de victoire.

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