Édito
Mort de Lyhanna : les gouvernements trop souvent condamnés à légiférer dans l’urgence

Restée plus de six mois dans les tiroirs de l’Assemblée, une proposition de loi contre les violences faites aux femmes et aux enfants va enfin être examinée. Le drame de Lyhanna agit comme un électrochoc et relance le débat sur la capacité des pouvoirs publics à anticiper plutôt qu’à réagir.

Article rédigé par Renaud Dély
Radio France
Publié
Temps de lecture : 2min
Des manifestants défilent vers la place Vendôme, devant le ministère de la Justice, à l'appel du collectif Mouv'Enfants et d'autres organisations, à Paris, le 8 juin 2026. (GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP)
Des manifestants défilent vers la place Vendôme, devant le ministère de la Justice, à l'appel du collectif Mouv'Enfants et d'autres organisations, à Paris, le 8 juin 2026. (GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP)

Après la mort de la petite Lyhanna, la présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet réclame l’inscription à l’agenda du Parlement d’un nouveau texte sur les violences sexistes et sexuelles et le gouvernement va s’exécuter. Sébastien Lecornu a fait savoir, lundi 8 juin, que le texte serait transmis au Conseil d’État "dans les meilleurs délais" pour un examen accéléré. Il était temps, car cette proposition de loi transpartisane, signée par 110 députés issus de huit groupes différents, patientait à l’Assemblée depuis plus de six mois. Le gouvernement n’avait pas encore trouvé le temps de l’inscrire à l’ordre du jour. Jusqu’à ce que le drame finisse donc par débloquer un créneau.

Cette loi dite "intégrale" comporte près de 80 articles qui touchent à de nombreux pans de la société pour lutter contre les violences faites aux femmes et aux enfants : la justice, la sécurité, le foyer familial, les associations, les activités sportives ou encore l’école. Et Sébastien Lecornu promet, en plus, "de nouvelles mesures concrètes" en faveur de la protection de l’enfance.

Le réflexe de l'urgence plutôt que l'anticipation

L’exécutif a tardé à cause d’un mal bien français qui touche nos gouvernants depuis plus de 20 ans : ils réagissent, et c’est heureux, plutôt qu’ils n’anticipent, et c’est dommage. Le nez collé sur les échéances électorales immédiates, les politiques versent volontiers dans le court-termisme. Une urgence chasse l’autre, une tragédie succède à une autre ; les gouvernements sont trop souvent ballotés par une actualité qui leur échappe. Et ils se retrouvent condamnés à légiférer dans l’urgence, sous le coup de l’émotion déclenchée par des événements fondateurs. Car, comme le dit Sébastien Lecornu, "la mort de Lyhanna n’est pas un fait divers, mais un véritable fait de société". Comme le mouvement "MeToo", qui a brisé l’omerta de la société sur les violences faites aux femmes et a contraint les gouvernants à s’en préoccuper.

La mort de Lyhanna peut sans doute servir de déclic. D’autres scandales récents, comme l’affaire Bétharram ou celle du périscolaire parisien, ont mis en lumière les ravages de la pédocriminalité. Mais ce drame-là, et les défaillances révélées par le parcours du suspect, agissent comme un électrochoc. Le chiffre astronomique de 70 000 plaintes concernant des enfants, dévoilé par Gérald Darmanin, souligne l’ampleur du défi à relever. Le garde des Sceaux affirme que "ni une nouvelle loi ni des moyens supplémentaires" n’auraient empêché le meurtre de Lyhanna. L’exécutif ne peut plus échapper à une grande réforme pour changer les procédures, mieux accompagner les victimes ou encore créer des juridictions spécialisées, et faire enfin cesser ce scandale qui veut que plus des trois quarts des plaintes pour des agressions sur enfants soient classées. Il est temps que la République écoute la parole de ses petites victimes. La colère n’est pas toujours bonne conseillère, mais il arrive que l’émotion le soit.

Vous pouvez désormais privilégier l'affichage des articles de franceinfo dans les résultats de recherche Google. Comment ça marche ?

Sur le même thème