Budget 2026 : "Pour réduire le déficit, il faut lutter contre les gaspillages, il ne faut pas baisser les dépenses essentielles", estime Ségolène Royal

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Article rédigé par France 2 - Édité par l'agence 6Medias
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L'ancienne ministre et ex-candidate socialiste à la présidentielle de 2007, Ségolène Royal, présente son livre "Mais qui va garder les enfants ?", dans les "4 V" du mercredi 29 octobre. Un ouvrage où la femme politique s'exprime sur les failles du "système" français, livrant sa vision d'un "pays bien présidé". Elle explique notamment ce matin la ligne à suivre, selon elle, en matière de budget.

En pleine période débats autour du budget 2026 dans l'hémicycle, Ségolène Royal commente l'actualité politique dans les "4 Vérités", dont elle est l'invitée, mercredi 29 octobre. L'ancienne ministre de l'Environnement, de l'Énergie et de la Mer, publie Mais qui va garder les enfants ?, chez Fayard, un titre en référence au reproche sexiste qui lui a été fait lors de la campagne présidentielle de 2007. L'ex-candidate, qui souhaiterait briguer l'Élysée en 2027, et qui était arrivée au second tour face à Nicolas Sarkozy, revient, dans son livre, sur les leçons tirées de cette période et propose un regard sur la politique française actuelle et ses failles en matière de gouvernance : "Le système politique dénigre les vertus traditionnellement accordées à l'amour maternel, parce que c'est un amour faible, parce qu'il n'est pas dans le virilisme toxique", explique-t-elle notamment ce matin face à Gilles Bornstein.

Ce texte correspond à une partie de la retranscription de l'interview ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder en intégralité.


Gilles Bornstein : Vous publiez Mais qui va garder les enfants ?, un constat des écueils que peuvent rencontrer les enfants dans cette société fracturée et une ébauche de solutions pour les aider à devenir des citoyens. Mais d'abord, dans ce livre, vous revenez longuement sur votre défaite à la présidentielle de 2007. Vous semblez être toujours convaincue que vous avez perdu parce que vous êtes une femme, que c'est à cause d'attaques sexistes que vous avez perdu. Vous en êtes toujours convaincue, 18 ans plus tard ?

Ségolène Royal : Oui, je pense. Je pense que c'était difficile pour une femme de se faire entendre. C'était la première fois d'ailleurs qu'une femme arrivait au second tour de la présidentielle, mais ce qui compte, c'est qu'est-ce qui se passe aujourd'hui ? Dans la politique, qu'est-ce qui se passe ? Au fond, la question que nous nous posons tous, c'est quel monde allons-nous laisser à nos enfants ? On a aujourd'hui une génération qui est extrêmement anxieuse. Vous savez, un enfant sur dix a eu des pensées suicidaires. Ce nombre d'enfants et d'adolescents qui ont des pensées suicidaires a doublé en l'espace d'une dizaine d'années, et puis, en même temps, un effondrement de la natalité. Donc tous ces signes montrent aujourd'hui que la nouvelle génération, qui est finalement l'essentiel de ce qui devrait préoccuper la politique, a perdu confiance en l'avenir, qu'elle est déstabilisée, qu'elle titube. Et notre responsabilité, c'est de lui donner à nouveau confiance en l'avenir, pour qu'à son tour, elle puisse transformer le monde dans lequel elle est née. Et s'il y avait une façon de résumer la politique, qui est celle que je défendais en 2007, mais ça paraissait secondaire, au fond, puisque ce dénigrement, "mais qui va garder les enfants", qui m'a été lancé à la figure lorsque j'étais candidate à la présidentielle, c'était de se dire, mais finalement, une femme, avec sa tendresse, avec son amour maternel, ça n'a aucun sens. Et ce livre retourne ce stigmate, en disant, mais finalement, aujourd'hui, de quoi a-t-on besoin, si ce n'est de tendresse, d'amour du peuple, de sécurisation de ce peuple, de le protéger contre l'anxiété. Qui va garder les jeunes contre l'anxiété ? Qui va garder leur planète ? Qui va garder leur avenir ?

Est-ce que c'est forcément une femme ? Parce que vous écrivez : "Les qualités que l'on prête à l'amour maternel ; vigilance, patience constante, sont celles que les citoyens inquiets attendent de leurs dirigeants". Est-ce que vous voulez dire que seule une mère, donc une femme, est capable de bien diriger ?

C'est une bonne question. C'est-à-dire que le sujet, ce n'est pas une femme ou un homme, c'est le système même, c'est le système politique qui dénigre les vertus traditionnellement accordées à l'amour maternel, parce que c'est un amour faible, parce qu'il n'est pas dans le virilisme toxique que je décris. C'est le contraire du virilisme toxique dont on souffre énormément aujourd'hui dans cette surenchère, dans cette brutalité de la politique, dans cette course à l'armement, dans cette incapacité d'apaiser. Et donc, cette question de l'amour inconditionnel, qu'est l'amour maternel, c'est une valeur fondamentale. Mais il peut y avoir des hommes qui ont de l'amour maternel. Ces valeurs ont été tellement dénigrées. Et, aujourd'hui, on voit qu'elles manquent tellement par rapport à cette comparaison que je fais entre la réussite de l'éducation d'un enfant qu'il faut encourager, qu'il ne faut pas isoler, qu'il ne faut pas dénigrer, qu'il ne faut pas fragiliser.

Mais un homme est capable de tout ça, on est d'accord ?

L'important, c'est que c'était considéré comme secondaire. Maintenant, je pense que les jeunes pères sont plus dans cette logique-là. Mais ce n'est pas le sujet. Le sujet, c'est que le système politique, que le système institutionnel dénigre ces valeurs, alors que ces valeurs, aujourd'hui, pourraient faire accomplir des progrès considérables et surtout protéger les peuples et les jeunes de cette angoisse qu'ils subissent. Regardez ce qu'on a subi avec la gestion des Gilets jaunes. Ne croyez-vous pas qu'une mère de famille aurait embêté comme ça ses enfants pendant neuf mois à les harceler, à les réprimer ?

Qu'est-ce que vous voulez dire ? Qu'une mère de famille n'aurait pas essayé de contrer les manifestations ?

Ce que je veux dire, c'est que, par exemple, si j'avais de responsabilités, en 24 heures, la taxe carbone était retirée, c'est insupportable de voir un peuple souffrir. C'est inadmissible. Comment est-ce que des dirigeants peuvent voir un peuple souffrir du fait de mauvaises décisions politiques et laisser traîner cette souffrance ?

Un politique doit aussi avoir des convictions. Parce que retirer une mesure dès qu'elle ne plaît pas, c'est du populisme.

Non, c'est pas qu'elle ne plaît pas, c'est qu'elle fait souffrir. La politique, ce n'est pas faire souffrir, la politique, c'est émanciper un peuple, c'est donner du bonheur à un peuple, lui donner envie d'avancer, envie de travailler, envie de se donner, c'est donner aux jeunes générations l'envie de travailler, de s'investir, de la sécurité pour s'épanouir. C'est ça, la politique, aujourd'hui.

Mais peut-on retirer tous les impôts au motif qu'ils ne plaisent pas ?

Ils ne font pas souffrir les impôts, ils font du bien aussi, puisque la dépense publique permet aussi de faire du bien. Ça n'a pas de sens. Par exemple, les 49.3, la réforme des retraites, dès lors que les peuples se jettent dans la rue pour crier leur souffrance… Il faut les écouter. Il faut non seulement les écouter, mais anticiper les problèmes. Une bonne politique, un pays bien gouverné, bien présidé, c'est aimer. Et ça, ça nous manque cruellement. Pourquoi ? Parce qu'un pays bien présidé, c'est un pays dans lequel il n'y a pas de révolte sociale, il n'y a pas de colère sociale, qui fait souffrir. Vous croyez que ça ne les fait pas souffrir, les agriculteurs, d'être obligés de descendre dans la rue, par exemple ? Et donc, si on ne veut pas faire souffrir un peuple pour que son énergie soit donnée au meilleur de ce qu'il peut apporter au pays, à ce moment-là, on règle les problèmes avant. Un pays bien présidé et bien gouverné, c'est un pays où il n'y a pas de colère sociale parce qu'on aura écouté, réglé les problèmes avant, et travaillé, en collectif, à des solutions. C'est ça, la bonne gouvernance, qui nous manque cruellement aujourd'hui.

Les discussions budgétaires continuent. Est-ce que le PS a raison de discuter avec le gouvernement plutôt que de censurer ? Est-ce qu'aujourd'hui, pour réduire le déficit, il faut accepter une certaine baisse des dépenses ?

Pour réduire le déficit, il faut lutter contre les gaspillages. Et c'est ça qui manque aujourd'hui, cruellement. Il n'y a pas le courage de lutter contre les gaspillages. Il y a 1 600 organismes qui font souvent le doublon de ce que font les ministères. Il faut baisser les gaspillages. Il ne faut pas baisser les dépenses essentielles. Il ne faut pas baisser l'éducation. Il ne faut pas baisser la santé. Il ne faut pas baisser la lutte contre le réchauffement climatique. Il ne faut pas baisser la sécurité. Mais il faut baisser les gaspillages. Un euro dépensé doit être un euro utile. Est-ce que c'est le cas aujourd'hui ? Non. Je vais vous donner quelques exemples. Les aides économiques aux entreprises, avant de mettre des impôts, parce que les gens, ça déstabilise aussi le fait de se dire que la fiscalité va être alourdie alors qu'on est déjà le pays qui paye le plus d'impôts. En revanche, dire les 160 milliards donnés aux entreprises sans conditions, là, on peut faire des économies. Les doublons, les organismes tous azimuts qui coûtent 160 milliards, là on peut supprimer et réintégrer au Conseil économique et social. La gestion de la santé. Vous savez que la gestion de la santé, les ARS, toutes les structures qui ont été empilées pour gérer la dépense médicale, coûtent 6 milliards d'euros. Alors qu'avant, c'était géré par les hôpitaux. Il y a quand même des économies de fonctionnement à faire et des prises de responsabilité à faire.

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