Pourquoi le Premier ministre cherche à convaincre les banques françaises d'accorder un prêt à Marine Le Pen pour la présidentielle

Sébastien Lecornu a réuni plusieurs grandes banques françaises, lundi, pour les inciter à financer les campagnes présidentielles de 2027, y compris celle de la candidate du Rassemblement national, qui peine à décrocher un emprunt dans l'Hexagone.

Article rédigé par Laure Cometti
France Télévisions
Publié
Temps de lecture : 3min
Marine Le Pen et Sébastien Lecornu. (STEPHANE DE SAKUTIN / AFP - BASTIEN OHIER / HANS LUCAS / AFP)
Marine Le Pen et Sébastien Lecornu. (STEPHANE DE SAKUTIN / AFP - BASTIEN OHIER / HANS LUCAS / AFP)

Sébastien Lecornu planche sur la campagne présidentielle. Pas la sienne, mais celles des autres, menacées selon le Premier ministre par des risques d'ingérence étrangère. Outre un projet de loi visant les interférences en ligne, le gouvernement cherche à convaincre les banques françaises d'accorder des prêts aux – nombreux – candidats visant le scrutin des 18 avril et 2 mai 2027.

Des représentants des principales banques françaises ont été reçus à Matignon lundi 20 juillet, et le cas de Marine Le Pen, en difficulté pour décrocher un emprunt, a été évoqué. Signe que le sujet est sensible, l'entourage du Premier ministre n'a officialisé cette réunion que quelques jours plus tard, jeudi.

Une volonté d'éviter les financements étrangers

L'objectif de Matignon est "de ne pas mettre dans la campagne des réseaux financiers étrangers", explique l'entourage du Premier ministre, alors que Marine Le Pen s'était tournée vers une banque russe pour emprunter plus de 9 millions d'euros en 2014, face aux refus de prêts des banques hexagonales. En 2022, c'est un établissement hongrois qui lui avait accordé un crédit d'un peu plus de 10 millions d'euros. "Pour garantir le bon déroulement de la campagne et de ses enjeux démocratiques, il est essentiel que tous les candidats, quel que soit leur bord politique, puissent accéder à des financements français pour financer leur campagne", poursuivent les équipes de Sébastien Lecornu.

Devant les banques réunies le 20 juillet, Matignon a mis sur la table l'idée d'"un accord entre plusieurs banques, dans le cadre duquel l'Etat pourrait couvrir une partie du risque de non-recouvrement". Il s'agit de "reprendre un bout de la banque de la démocratie", explique-t-on, en référence à la proposition phare de l'ancien Premier ministre François Bayrou. L'exécutif espère concrétiser cette solution à l’automne, dans le cadre de la loi de finances. De nouveaux échanges avec les banques doivent avoir lieu, mais pour l'heure, certaines semblent dubitatives.

Des banques de plus en plus réticentes à prêter aux candidats

"Prêter à des candidats à la présidentielle est devenu bien plus risqué", estime-t-on au sein d'un des établissements invités par le Premier ministre. Le président de la Fédération bancaire française (FBF), Daniel Baal, également président du Crédit mutuel, a proposé que l'Etat se porte garant des prêts accordés aux candidats, ou qu'il leur verse une avance. Comme le prévoit la loi, les candidats qui dépassent les 5% de suffrages exprimés au premier tour de la présidentielle peuvent se faire rembourser leurs frais de campagne par l'Etat, à hauteur de 8 millions d’euros maximum, et 10,7 millions d'euros s’ils se qualifient pour le second tour.

Mais ce mécanisme est conditionné à l'approbation de leurs comptes par la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCFP). "Qui aurait pu penser que le président sortant Nicolas Sarkozy, en 2012, se fasse invalider ses comptes de campagne ?", a pris en exemple Daniel Baal, le 4 mai, sur BFM Business. D'autres candidats, comme Valérie Pécresse en 2022, ont dû faire appel aux dons de particuliers pour rembourser leur emprunt après avoir échoué à atteindre la barre des 5%. L'ancien député Jean Lassalle a, lui, lancé mi-juillet une cagnotte pour financer sa troisième candidature à la présidentielle.

Ces éléments expliquent en partie la frilosité de nombreuses banques françaises, ainsi que des craintes d'éventuelles répercussions sur leur image, même si elles s'en défendent. Les banques "ne prêtent pas sur des critères coup de cœur", elles prennent des "décisions rationnelles", a assuré Maya Atig, directrice générale de la Fédération bancaire française (FBF), à l'AFP.

Alors que les dépenses de campagne doivent être comptabilisées à partir du 1er avril 2026, le RN cherche à emprunter 10,7 millions d’euros. Le parti, donné largement au-dessus des 5% dans les intentions de vote, démarche plusieurs établissements français et européens en Italie, en Allemagne, en Hongrie et au Royaume-Uni, depuis plusieurs mois. En vain à ce stade, a confirmé à franceinfo le trésorier du parti, Kévin Pfeffer, début juillet. "C'est un problème", estimait Daniel Baal, interrogé le 29 avril sur RTL. "Les prêts de particuliers ne peuvent pas financer une campagne présidentielle. Donc, on fait quoi ?", avait alors réagi Marine Le Pen, sur X. Sa condamnation en appel pour détournement de fonds publics, à hauteur de 2,8 millions d’euros, à rembourser au Parlement européen si la peine était confirmée en cassation, n'est pas de nature à rassurer les banques, affirme une source bancaire à franceinfo.

Contactée, la FBF, qui représente environ 320 banques, renvoie la balle au gouvernement : "L'élection présidentielle relève de l'intérêt général, il appartient à l'Etat d'étudier la mise en œuvre de solutions publiques particulières et propres à cette élection."

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