Reportage Proche-Orient : comment Israël impose progressivement sa loi sur une zone officiellement sous contrôle de l'Autorité palestinienne

Depuis une semaine, les habitants de trois villages palestiniens d’une zone aux contours flous, coincée entre la Cisjordanie occupée et Jérusalem, doivent présenter un permis pour rentrer chez eux. Une contrainte administrative qui resserre encore l’étau israélien sur cette zone censée relever de l’Autorité palestinienne.

Article rédigé par franceinfo
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La ligne de train à grande vitesse aux abords de Jérusalem, apparaît comme une frontière avec le village palestinien de Beit Iksa qu'on voit en arrière-plan. (AHMAD GHARABLI / AFP)
La ligne de train à grande vitesse aux abords de Jérusalem, apparaît comme une frontière avec le village palestinien de Beit Iksa qu'on voit en arrière-plan. (AHMAD GHARABLI / AFP)

Le geste las, Hossein Hababa farfouille dans son portefeuille. Il en sort la nouvelle et dernière carte de résidence que lui imposent les autorités israéliennes. Sans ce sésame, valable quatre ans, impossible de franchir le barrage israélien qui entrave l'entrée du village de Beit Iksa, situé dans une zone aux contours flous, territorialement contiguë à celles occupées par l'État hébreu. "Nos filles, nos beaux-frères, nos proches qui ne sont pas d'ici, ne peuvent plus entrer librement au village, sauf avec une coordination et des justificatifs", se désespère-t-il.

"On est traités comme si on entrait en Israël, alors que nous, administrativement, on dépend de l'Autorité palestinienne, pas d'Israël", observe Hossein Hababa.La situation est d'autant plus complexe qu'une partie des habitants de Beit Iksa s'est vue refuser pour le moment l'obtention de ce permis de résidence, sans que les raisons soient très claires. "Ils refusent de donner les cartes à une centaine de personnes à peu près, et derrière chacune de ces personnes, il y a une famille. Où vont-ils aller ?, s'interroge Hossein. Ils doivent rester dehors, dormir ailleurs. C'est très dur."

L'objectif du "Grand Jérusalem"

Pour le maire du village, Murad Kiswani, ce nouveau régime est un casse-tête qui pourrait définitivement isoler ses administrés. "Les enseignants, les commerçants, les ouvriers auront besoin d'un permis, observe-t-il. Personne ne pourra aller ni venir autrement que par cette carte. Le nombre d'habitants sera limité à ceux qui sont là et qui entrent avec cette carte".

Cet isolement du reste de la Cisjordanie poursuit un objectif précis, selon le maire : "Bien sûr, il s'agit d'annexer ces terres et les rattacher à Jérusalem, au 'Grand Jérusalem'." Une ville de Jérusalem, annexée depuis 1967, et dont les lumières scintillent à quelques kilomètres seulement, mais dont l'accès reste pourtant bien interdit aux 1 500 habitants de Beit Iksa, sauf obtention… d'un permis spécial.