En Méditerranée, 20 bateaux saisis grâce à l'opération Sophia
L'opération Sophia en Méditerranée a permis d'arrêter 18 passeurs présumés en moins de deux mois. Depuis le renforcement de la mission, le 7 octobre, 20 embarcations ont aussi été saisies.
L'opération Sophia se déroule en deux phases. Lancée en juin, elle a d'abord recueilli des renseignements. Et depuis le 7 octobre, c'est une phase d'action qui a été lancée. Neuf bâtiments de guerre interviennent en mer Méditerranée, appuyés par des avions et des hélicoptères. Au large des côtes libyennes, ils guettent les embarcations transportant des migrants. Objectif de cette opération Sophia, qui mobilise 2.021 personnes et réunit 22 pays : intercepter les passeurs et les traduire en justice.
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Repérage
Dans un premier temps, dès le mois de juin, l’Europe a établi une immense zone de patrouille entre l’Italie, la Libye et l’Egypte. Des survols ont été effectués et des photos satellites ont été prises pour comprendre le modus operandi des passeurs. Ils font partir les bateaux de nuit et désignent un migrant comme capitaine. Lui ne paiera pas son passage. Pour les autres, la traversée coûte entre 500 et 3.000 euros, selon l'embarcation choisie.
Après trois mois de surveillance, l'opération Sophia s'est réellement mise en place. Dès lors, ses membres ont le droit de monter à bord des embarcations. Mais s'ils disposent de moyens militaires, ils n'ont pas pour autant le droit de recourir à la force.
"Nous ne ferons jamais aucune action qui mette en danger la vie des migrants. Concernant les criminels auxquels nous avons à faire face, ce sont des criminels et non des combattants, donc nous appliquons la loi et nous n’avons pas l’intention de procéder par jugement expéditif ou d’avoir des modes d’actions qui seraient contraire au droit national ou international" , affirme le contre-amiral Hervé Bléjean, le numéro deux de l’opération Sophia.
Des liens entre passeurs et mafia
Une fois les migrants mis en sécurité, on leur demande d’identifier les passeurs ou complices présumés du trafic. 18 suspects ont d’ores et déjà été remis à la justice italienne. L’opération Sophia collabore en effet à plus d’un titre avec les magistrats anti-mafia. "Ce sont les navires de la force qui rassemblent les preuves qui aideront les procureurs italiens (...) à poursuivre ces personnes" , explique encore Hervé Bléjean.
Les marins européens ont désormais le droit de fouiller, de saisir et de remorquer les embarcations jusqu’aux côtes italiennes. Si ce n’est pas possible, ils les détruisent. Depuis le début du mois, 20 barques pneumatiques ou en bois ont été remises aux autorités italiennes, dégonflées ou coulées. Si on les laissait à la dérive, elles représenteraient un danger pour les navires, mais surtout "elles pourraient être réutilisées par les trafiquants" , juge le numéro deux de l’opération européenne.
Il faudra s'approcher davantage des côtes libyennes
Mais tout cela suffira-t-il à enrayer le trafic ? Les navires engagés ne procèdent en effet que dans les eaux internationales, à 22 kilomètres de la côte libyenne.
"L’opération n’aura d’effet final que lorsque nous pourrons travailler au plus près des réseaux eux-mêmes, pour appréhender les gros poissons et non les plus petits qui sortent en mer. Il y a donc un moment où nous devrons travailler dans l’espace de souveraineté libyen. Mais pour cela, il faut que nous y soyons conviés par une autorité représentative du peuple libyen et reconnue par la communauté internationale et il faut que nous soyons appuyés par une résolution internationale votée par le Conseil de sécurité" , analyse Hervé Bléjean.
Or cela est loin d’être acquis. Quatre ans après la chute du colonel Khadafi, et les frappes occidentales, le pays a deux gouvernements et deux parlements qui refusent de s’entendre. En Libye, "jusqu’à un million de migrants" seraient prêts à s’engager en mer pour rejoindre l’Europe, estime le contre-amiral Bléjean.
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