Cet article date de plus d'un an.
: Témoignages "Les Tibétains sont obligés d'accepter d'être classifiés comme réfugiés chinois" : en France aussi, l'identité tibétaine s'efface peu à peu
Près de 75 ans après l’invasion chinoise du Tibet et 66 ans, jour pour jour, après la révolte tibétaine de 1959 qui avait abouti à la fuite en Inde du dalaï-lama, des manifestations auront lieu un peu partout dans le monde, lundi, pour ne pas oublier le Tibet.
Le 10 mars 1959, quelque 30 000 Tibétains, selon les estimations, se massent autour du palais d'été du dalaï-lama à Lhassa, pour empêcher son enlèvement par les Chinois qui ont envahi le Tibet neuf ans auparavant. Depuis ce soulèvement, les Tibétains luttent pour que leur cause ne soit pas oubliée.
Leur objectif est de se battre pour que le nom Tibet ne disparaisse pas, notamment des musées, comme cela est a été le cas au Musée Guimet à Paris, et pour qu'enfin l'administration française accepte de les considérer comme Tibétains et pas comme Chinois.
Un effacement amorcé par l'organisme chargé des exilés
En France, cet effacement aurait commencé il y a une vingtaine d’années, notamment à l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra). C’est à ce moment-là que l'organisme, chargé d'accueillir les réfugiés, décide de reconnaître les Tibétains qui arrivaient en France comme Chinois. Arrivée en France il y a 33 ans en tant que réfugiée tibétaine, Pseyang a longtemps servi de traductrice pour les nouveaux arrivants dans cet organisme avant de rendre son tablier.
Elle se souvient de cette bascule qui aurait eu lieu autour des années 2000. "Je suis venue avec un titre de voyage délivré et reconnu par le gouvernement indien, titre avec lequel j'ai fait la demande pour être réfugiée tibétaine, et j'ai été acceptée. Après les années 2002-2005, les Tibétains qui sont venus dans la même situation sont devenus Chinois", témoigne-t-elle.
Dawao est en France depuis plus de 20 ans. Ce n'est pas son vrai nom, car, comme souvent avec les réfugiés, les craintes pour la famille restées au Tibet obligent à la prudence. Intimidations, arrestations pour les proches ne sont pas rares. Dawao a obtenu sa naturalisation en 2007 et il explique qu'il a décidé de ne garder que la nationalité française car sinon l'administration de notre pays l'aurait considéré comme Chinois et non pas comme Tibétain. "J'ai dû beaucoup discuté avec la préfecture, explique-t-il, et cette dernière m'a dit : 'Le Tibet n'existe pas sur la carte. Donc veux-tu garder la nationalité chinoise et avoir deux nationalités, chinoise et française ?'."
"J'ai répondu : 'Qu'est-ce que je vais faire avec la nationalité chinoise ? C'est très insultant pour moi'."
Dawao, réfugié en France depuis plus de 20 ansà franceinfo
Dawao est donc devenu un citoyen français au cœur tibétain. Un choix que n'a pas fait Ténam. Il a vu le jour lors de l'année du lapin (qui correspond à 1975). Ténam est né en Inde, où ses parents ont fui à la fin des années 1960. Son père était dans la résistance qui soutenait le dalaï-lama en exil. Ténam a fait un autre choix que celui de devenir Français : il est apatride.
Mais il dispose d'un trésor particulier : une carte de résident ou apparaît le mot "Tibétain" : "Je sais que beaucoup de mes compatriotes tibétains sont obligés d'accepter d'être classifiés comme réfugiés chinois. Je suis peut-être l'un des rares Tibétains avec une carte de résident qui mentionne que ma nationalité est tibétaine. C'est pour cela que je garde cela précieusement et que je n'ai pas demandé la nationalité française", confie-t-il.
Sur les 10 000 à 15 000 Tibétains qui vivent en France, si l'on prend en compte la dernière génération née dans notre pays et qui possède la nationalité française, peu peuvent revendiquer d'être reconnus comme Tibétains. Et pourtant certains sont vraiment arrivés en tant que Tibétains à Paris. C'est le cas de Ugen. Lui et une vingtaine d'enfants ont été accueillis en France avec la complicité du dalaï-lama et du général de Gaulle. À l’époque, notre pays n'avait pas encore reconnu la Chine populaire. Nous sommes le 19 octobre 1962. "J'avais à peu près 6 ans, le dalaï-lama 27 ans et le président de Gaulle 72 ans, se souvient Ugen. Je suis arrivé en tant que Tibétain".
"La France nous a accueillis, et même fait plus : elle nous a adoptés comme pupilles de la nation française."
Ugen, un Tibétain arrivé enfant en France, en 1962à franceinfo
Dans ce contexte, comment expliquer qu'il soit si difficile pour les Tibétains de prouver leur existence, d'autant que les spécialistes datent l'écriture tibétaine du VIIe siècle, que le Tibet a frappé monnaie, a eu un drapeau, qu'il a même disposé de passeports dans les années 1940 ?
L'erreur des dirigeants tibétains
Selon la tibétologue Françoise Robin, le Tibet aurait commis une "erreur" : celle de ne pas adopter les critères occidentaux, notamment à la fin de la Seconde Guerre mondiale lors de la création de l'ONU. "Pour le Tibet, on parle d'indépendance de facto, parce qu'il n'y a pas eu de déclaration d'indépendance à l'échelle internationale de la part des Tibétains qui n'étaient pas tellement au courant de la manière dont tout cela se mettait en place dans le monde", rappelle-t-elle.
"Les Tibétains n'ont pas exprimé une volonté d'être considérés comme indépendants selon des normes qui ont été fixées plus ou moins par l'Occident."
Françoise Robin, tibétologueà France
Et c'est peut-être ce flou qui a permis à l'administration française de changer sa doctrine et de rayer à son tour le Tibet de la carte du monde. Tous expliquent que si tel est le cas, c’est certainement pour ne pas déplaire à la dictature chinoise. L'Ofpra en tout cas ne souhaite pas s'exprimer sur le sujet pour expliquer la position française. L'organisme signale juste que 2 000 demandes d’asile provenant de Tibétains ont été présentées l'année dernière en France.
Des manifestations auront lieu partout dans le monde le 10 mars, pour ne pas oublier cet anniversaire et pour tenter de sensibiliser à la cause tibétaine. Une manifestation partira de la place de la République à Paris à 14 heures et un grand rassemblement européen se tiendra à La Haye, aux Pays-Bas.
Vous pouvez désormais privilégier l'affichage des articles de franceinfo dans les résultats de recherche Google. Comment ça marche ?
-
"Ce qui s'est passé ne devrait jamais arriver" : ce que l'on sait de la fusillade qui a fait quatre morts dans une école primaire de l'Oregon
-
vidéoDOCUMENT FRANCETV. "Vous devenez fou" : Cécile Kohler et Jacques Paris racontent la "torture blanche", la méthode du régime iranien pour "briser votre esprit"
-
Le budget 2028-2034 de l'Union européenne, un enjeu brûlant à plusieurs milliers de milliards d'euros au menu du Conseil européen qui débute jeudi
-
: Enquête franceinfo
"On l'appelait 'Poutine Girl'" : comment la France verrouille les demandes de visas diplomatiques russes pour limiter les risques d'espionnage
-
Lapsus, avocate polémique et théorie du complot... Qui est Katie Zacharia, la nouvelle porte-parole de la Maison Blanche ?
Shorts
-
Le dernier soir de Céline Dion
vidéo 1 minute 43 -
Ariane Ascaride : "Je venge ma mère tous les jours !"
vidéo 1 minute 31 -
"Good night et à bientôt" : Céline Dion dit au revoir à Paris avant son retour en 2027
vidéo 27 secondes -
Vincent Lindon incarne Jean Valjean dans "Les Misérables".
vidéo 1 minute 58 -
Moteur imaginaire : quand l'art contemporain réinterprète le patrimoine industriel de Renault
vidéo 2 minutes 57 -
Un nouvel espoir de retrouver l’avion d’Amelia Earhart, disparu en 1937
vidéo 1 minute 55 -
Elles sont la “Génération Paty”
vidéo 2 minutes 10 -
Ces adolescents ont essayé de vivre sans leur téléphone pour limiter leur temps d'écran
vidéo 2 minutes 48 -
De nouvelles mobilisations pour demander la libération de Christophe Gleizes
vidéo 2 minutes 12 -
Christophe Gleizes "tient bon" pour être "à la hauteur de ses soutiens"
vidéo 1 minute 29 -
Les frises du Parthénon au cœur du conflit entre Athènes et Londres
vidéo 1 minute 37 -
Streetfighter de retour au cinéma
vidéo 56 secondes -
Thélyson Orélien reconnaît des plagiats, mais conteste l'usage de l'IA dans son roman
vidéo 1 minute 19 -
Le documentaire sur Gaza qui secoue Israël
vidéo 1 minute 50 -
Les salariés du jeu vidéo sont en grève, interview avec un employé d'un grand studio français
vidéo 1 minute 40 -
Sandrine Bonnaire : "L'amnésie traumatique, c'est de la survie !"
vidéo 1 minute 27 -
On craque tous pour ces animaux !
vidéo 1 minute 30 -
Un portrait d’Angela Merkel affole Berlin
vidéo 2 minutes 45 -
La vie sous surveillance du réalisateur russe Pavel Talankin
vidéo 2 minutes 29 -
"On veut qu'ils ouvrent et qu'ils en vivent" : un nouveau métier pour accompagner les restaurateurs
vidéo 2 minutes 57 -
Paul Mirabel (comédien, humoriste) : "J'ai pris une des plus grosses humiliations de ma vie devant la classe"
vidéo 1 minute 28 -
Peut-on vraiment détecter des romans écrits par l'IA ?
vidéo 2 minutes 59 -
A 18 ans, il rappe sur le Nord
vidéo 1 minute 39 -
Céline Dion fait une apparition surprise au défilé L'Oréal pour l'ouverture de la Fashion Week
vidéo 1 minute 11 -
Alban Ivanov : "J'ai toujours manqué de mots"
vidéo 1 minute 16 -
Joey Tempest raconte la naissance de The Final Countdown
vidéo 1 minute 59 -
Polémique autour du livre de Thélyson Orélien : peut-on vraiment détecter un texte écrit par une IA ?
vidéo 1 minute 26 -
Un rempart gallois de plus de 2 000 ans découvert à Paris
vidéo 1 minute 9 -
Comment marche la distribution des films étrangers en France ?
vidéo 2 minutes 12 -
Alec, 12 ans, va nous représenter à l'Eurovision Junior 2026
vidéo 2 minutes 5
Commentaires
Connectez-vous ou créez votre espace franceinfo pour commenter.