Crise entre l'Algérie et la France : on vous explique la polémique autour de l'influenceur Amir DZ, à l'origine de nouvelles tensions diplomatiques
Alger a annoncé dimanche l'expulsion de 12 agents diplomatiques français, provoquant un regain de tensions avec Paris. Une décision en lien avec l'enlèvement présumé d'un influenceur franco-algérien, réfugié politique en France.
Le ton monte entre Paris et Alger, après l'annonce de l'expulsion de douze agents de l'ambassade de France en Algérie par Alger, dimanche 13 avril. Selon le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, "cette décision serait une réponse à l'arrestation de trois ressortissants algériens". Ils sont "soupçonnés" d'être impliqués dans l'affaire de l'enlèvement présumé d'Amir Boukhors, alias Amir DZ, le 29 avril 2024.
Que s'est-il passé ce jour-là ? L'influenceur, opposé au régime du président algérien Abdelmadjid Tebboune, dit avoir été victime d'un enlèvement par quatre hommes, dont deux portaient un brassard orange de police, selon son témoignage. "Ils m'ont menotté et dit qu'un officier de la police judiciaire m'attendait", a-t-il relaté dimanche dans une interview accordée à France 2. Amir DZ raconte ainsi avoir été conduit en Seine-et-Marne, drogué puis enfermé dans un conteneur pendant vingt-sept heures, avant d'être relâché. Selon son avocat, Eric Plouvier, il avait déjà été la cible d'une "agression grave" en 2022, rapporte l'AFP.
Réfugié politique en France depuis novembre 2023, l'homme de 41 ans est connu sous le pseudonyme d'Amir DZ. Il se présente comme un "journaliste d'investigation" et diffuse sur ses réseaux sociaux des vidéos critiques du régime, à plus d'un million d'abonnés. Originaire d'Algérie, il est visé par neuf mandats d'arrêt internationaux, notamment pour des faits d'escroquerie. Deux demandes d'extradition avaient également été déposées par Alger à son encontre en avril 2021 pour "adhésion et affiliation à un groupe terroriste dans le but de répandre la terreur parmi la population", "adhésion à un groupe terroriste subversif et organisation visant à nuire aux intérêts de l'Algérie", "incitation des citoyens à prendre les armes contre l'autorité de l'Etat" et "éloge des actes terroristes", avant d'être refusées en 2022 par la justice française, rapporte Le Figaro.
Un agent du consulat d'Algérie mis en examen
Près d'un an après l'enlèvement de l'influenceur franco-algérien, trois hommes ont été mis en examen à Paris, vendredi, pour "arrestation, enlèvement, séquestration ou détention arbitraire suivie de libération avant le septième jour", "en relation avec une entreprise terroriste", selon le Parquet national antiterroriste (Pnat). Parmi eux figure un agent en poste au consulat d'Algérie à Créteil, selon Bruno Retailleau. "L'enlèvement est avéré, y compris par un individu qui travaille à Créteil au consulat général d'Algérie", a commenté le ministre de l'Intérieur français, dimanche, sur LCI. Même si selon lui, "le lien avec le pays [l'Algérie] n'est pas avéré".
Dès le lendemain, Alger a pourtant vivement réagi. "Ce nouveau développement inadmissible et inqualifiable causera un grand dommage aux relations algéro-françaises", a prévenu le ministre des Affaires étrangères algérien, Ahmed Attaf, après la mise en examen des trois hommes soupçonnés d'avoir enlevé Amir Boukhors. Le ministère a ainsi dénoncé la mise en examen de l'agent consulaire et convoqué en urgence l'ambassadeur de France à Alger.
Les autorités algériennes protestent "sur la forme" comme "sur le fond", reprochant notamment à la France l'arrestation "en pleine voie publique" et la "garde à vue sans notification par le canal diplomatique" de leur agent consulaire. La diplomatie algérienne a également fustigé une "cabale judiciaire inadmissible" reposant "sur le seul fait que le téléphone mobile de l'agent consulaire inculpé aurait borné autour de l'adresse du domicile de l'énergumène" Amir Boukhors, rapporte l'AFP.
Un nom apparu dans une affaire d'espionnage
Par ailleurs, en décembre 2024, le nom d'Amir DZ était déjà apparu dans une autre affaire. Un employé du ministère de l'Economie avait été mis en examen, soupçonné d'avoir transmis à l'Algérie des informations confidentielles sur plusieurs opposants politiques exilés en France, dont l'influenceur.
Chef de secteur à la sous-direction du numérique de Bercy, ce cadre, lui-même franco-algérien, a accédé à des données sensibles par l'intermédiaire d'une assistante sociale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (Ofii), avec laquelle il entretenait une relation, selon un responsable de l'organisme, joint par France Télévisions.
Les informations ont ensuite été communiquées à un diplomate travaillant au consulat d'Algérie de Créteil, rapporte la même source. Toujours selon les informations de France Télévisions, Amir Boukhors a été enlevé par les deux faux policiers, quelques semaines après que son dossier a été consulté par l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Des tensions ravivées par cet épisode
Dimanche 6 avril, le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, avait exprimé la volonté de la France de "tourner la page des tensions actuelles", lors de sa visite à Alger. Mais la diplomatie algérienne voit dans la mise en examen de ses trois ressortissants un "tournant judiciaire inédit dans les annales des relations algéro-françaises" qui "n'est pas le fruit du hasard". Le gouvernement algérien dénonce même "des fins de torpillage du processus de relance des relations bilatérales".
Cette nouvelle crise diplomatique intervient après huit mois de tensions, d'abord provoquées par la décision d'Emmanuel Macron, en juillet 2024, d'apporter son soutien à un plan d'autonomie marocain pour le Sahara occidental. L'Algérie avait alors rappelé son ambassadeur à Paris et gelé les échanges diplomatiques. Les relations se sont encore rafraîchies avec l'arrestation de l'écrivain franco-algérien Boualem Sansal, mi-novembre. Puis, lorsque l'influenceur Doualemn, expulsé par Paris, avait été refoulé par Alger début janvier.
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