Affaire Lyhanna : face à "une colère profonde", la classe politique promet de "prendre ses responsabilités"

Après les manifestations un peu partout en France lundi, c'est la classe politique qui réagit à la mort de la petite Lyhanna. Le Premier ministre et la présidente de l'Assemblée nationale poussent notamment pour examiner au plus vite une loi intégrale sur les violences sexistes et sexuelles.

Article rédigé par franceinfo
Radio France
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Le Premier ministre Sébastien Lecornu à l'Assemblée nationale le 2 juin 2026 (STEPHANE DE SAKUTIN / AFP)
Le Premier ministre Sébastien Lecornu à l'Assemblée nationale le 2 juin 2026 (STEPHANE DE SAKUTIN / AFP)

L'affaire Lyhanna continue de secouer le pays. Après les rassemblements qui ont réuni plusieurs milliers de manifestants dans 160 villes France lundi 8 juin, c’est désormais toute la classe politique qui se saisit du sujet. Le ministre de la Justice Gérald Darmanin a d'abord réuni les procureurs généraux, et c'est désormais au tour du Premier ministre de monter au créneau. Lundi soir, Sébastien Lecornu a écrit à cinq ministres concernés, qu’il réunira mardi matin pour améliorer la législation autour de la protection de l'enfance. Impossible pour le chef du gouvernement de ne pas répondre à "ce drame", qui suscite "l’effroi", écrit-il.

Dans ce courrier adressé à ses ministres, Sébastien Lecornu incite à renforcer l’arsenal de mesures, à commencer par le projet de loi sur la protection des enfants déposé fin mai. Des mesures complémentaires seront ajoutées dans le cadre d’une nouvelle saisine du Conseil d’État, comme l’aggravation des peines pour les auteurs de viol en série ou la modification des règles de prescription. Sébastien Lecornu assure aussi que les crédits alloués aux ministères concernés seront préservés dans le budget de 2027 et devront même être ciblés sur cette priorité. Enfin, le Premier ministre souhaite que la proposition de "loi intégrale" pour renforcer la lutte contre les violences faites aux femmes et aux enfants soit transmise au Conseil d’Etat dans les meilleurs délais.

Une "loi intégrale" et des "efforts budgétaires extraordinaires"

De son côté, la présidente de l'Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, a demandé au gouvernement d'inscrire cette proposition de "loi intégrale" à l'agenda du Parlement en juillet ou septembre. Le texte avait été déposé en novembre par la députée socialiste Céline Thiébault-Martinez et co-signé par une centaine de députés. "Aujourd'hui, l'affaire Lyhanna est une forme de prise de conscience massive et nécessaire pour que ça ne puisse pas se reproduire", a insisté auprès de France Inter et de franceinfo, Céline Thiébault-Martinez.

"C'est un texte qui est nécessaire dans le contexte actuel, mais même indépendamment de ce contexte", estime l'élue socialiste, rappelant que seuls 1% des viols aboutissent à une condamnation par la justice. "On a un nombre de plaintes classées sans suite qui est absolument énorme, puisqu'on est à plus de 80% des plaintes qui sont classées sans suite", ajoute la socialiste. Céline Thiébault-Martinez appelle à donner plus de moyens à la justice, estimant que "notre système n'arrive pas à gérer aujourd'hui l'ensemble de ces dossiers".

Cette loi veut répondre à "une colère profonde", selon le député centriste indépendant du Gers David Taupiac. C'est dans son département que le corps de Lyhanna a été retrouvé. Il l'affirme : "Cette colère profonde demande la vérité, des actions, que chacun prenne ses responsabilités." Pour le moment la réponse de l'État est largement insuffisante, d'après le député écologiste Arnaud Bonnet. "Nous ne pouvons plus nous satisfaire, et c'est ce que nous faisons en travaillant au fond, de petites avancées", estime-t-il. L'émotion est partagée chez les macronistes également. Le député Guillaume Gouffier Valente demande plus de moyens pour la justice : "Nous voulons des efforts budgétaires extraordinaires. Nous sommes capables de le faire dans le secteur de la défense, nous devrions être en capacité de le faire dans notre pays."

La proposition de loi intégrale contre les violences faites aux femmes et aux enfants est soutenue par la quasi-totalité de l'hémicycle. Elle propose entre autres la création de juridictions spécialisées, la suppression des alternatives aux poursuites pour les auteurs de violences sexuelles ou encore la mise en place d'un parcours de soin spécifique pour les enfants victimes.

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