Pourquoi les données géographiques du téléphone de Cédric Jubillar relancent la piste d'une possible préméditation du meurtre de son épouse

Au cours de l'instruction, des données GPS issues du smartphone du peintre-plaquiste ont été identifiées autour du champ de Mailhoc, dans le Tarn, où les restes de Delphine Aussaguel ont récemment été retrouvés. Cédric Jubillar pourrait avoir consulté cette zone sur son application Google Maps le 5 décembre 2020, soit dix jours avant la disparition de l'infirmière.

Article rédigé par franceinfo
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Des gendarmes postés sur la commune de Mailhoc (Tarn), à proximité de la zone de recherches des ossements de Delphine Aussaguel, le 16 juillet 2026. (NAWEL OMARA / MAXPPP)
Des gendarmes postés sur la commune de Mailhoc (Tarn), à proximité de la zone de recherches des ossements de Delphine Aussaguel, le 16 juillet 2026. (NAWEL OMARA / MAXPPP)

Un procès reporté et plusieurs pistes encore à explorer. Conformément à la demande de l'équipe de défense de Cédric Jubillar, le procès en appel du peintre-plaquiste de 38 ans pour le meurtre de son épouse Delphine Aussaguel, prévu en septembre, a été renvoyé au premier semestre 2027 par la présidente de la cour d'assises de Haute-Garonne, mardi 21 juillet.

Cette décision a été prise à l'issue d'une réunion au palais de justice de Toulouse avec l'ensemble des parties, "compte tenu des délais nécessaires à la réalisation des actes restant à entreprendre, au déroulement serein de l'enquête et au respect du contradictoire", a fait savoir la cour d'appel de Toulouse dans un communiqué.

Après cinq ans et demi de mensonges et de dénégations, Cédric Jubillar a fini par avouer, début juillet, dans une lettre adressée à ses avocats, être à l'origine de la mort de son épouse, infirmière de 33 ans, qui avait disparu à Cagnac-les-Mines (Tarn), près d'Albi, dans la nuit du 15 au 16 décembre 2020. Son corps n'avait jusqu'ici jamais été retrouvé.

"Cédric Jubillar n'a jamais eu l'intention de tuer son épouse"

Les ossements de Delphine Aussaguel ont finalement été exhumés le 16 juillet dans le Tarn, grâce aux indications données par Cédric Jubillar la veille. Une magistrate désignée par la cour d'assises de la Haute-Garonne l'a en effet entendu le 15 juillet, à la suite de ses aveux. Le peintre-plaquiste a livré sa nouvelle version des faits, déclarant : "Je reconnais les faits, être l'auteur de la disparition de mon épouse." Il a expliqué avoir étranglé la mère de ses enfants, la laissant "inerte", avant de déposer son corps dans le coffre de leur voiture.

"Je ne savais pas où aller, je n'avais pas d'objectif précis", a-t-il poursuivi, précisant s'être souvenu "avoir vu des monticules de terreau (...) dans le cadre d'un chantier". "Je me suis dit que j'allais la mettre là", a ajouté le trentenaire face à la juge. Cédric Jubillar affirme donc qu'il n'a pas prémédité la mort de Delphine Aussaguel et qu'il a improvisé, la nuit des faits, sans avoir effectué le moindre repérage au préalable.

Des déclarations qui font écho à celles de ses avocats, lors de leur conférence de presse au début du mois. "Il n'avoue pas un meurtre mais avoir donné la mort à son épouse", a ainsi souligné l'un de ses conseils, Pierre Debuisson, face aux médias, déplorant une "énième dispute conjugale". "Cédric Jubillar n'a jamais eu l'intention de tuer son épouse", a ensuite insisté son confrère, Guy Debuisson, dans un entretien à BFMTV, laissant entendre que la défense pourrait contester la notion d'"homicide volontaire" pour privilégier celle de "coups mortels" dans le féminicide de l'infirmière.

Des données de géolocalisation qui interrogent

Pourtant, le téléphone de Cédric Jubillar pourrait raconter une tout autre histoire. Au cours de l'instruction, qui s'est déroulée de fin 2020 à fin 2023, les enquêteurs se sont en effet intéressés aux données de géolocalisation de son smartphone Android. Mais le trentenaire, qui est rapidement devenu leur suspect numéro 1, avait provoqué le blocage de son compte Google en donnant de mauvaises réponses à plusieurs reprises aux gendarmes à sa question de sécurité visant à réinitialiser son mot de passe.

La justice américaine avait alors ordonné à Google de fournir les données du téléphone de Cédric Jubillar aux gendarmes français. Ils ont pu réaliser un relevé des cartes qu'il a consultées sur l'application Google Maps et des positions GPS du trentenaire, entre août et décembre 2020.

Partant de ces données, Le Parisien affirme que Cédric Jubillar aurait été localisé le 5 décembre 2020, sur une zone située à quelques centaines de mètres du champ de Mailhoc, en lisière de la départementale D600, où il a révélé avoir dissimulé le corps de son épouse. Soit dix jours avant sa disparition. L'endroit se trouve à une dizaine de kilomètres de Cagnac-les-Mines, adresse de la maison du couple.

Dans un document judiciaire consulté par franceinfo, plusieurs cartes apparaissent en effet, avec des points de localisation datés du 5 décembre 2020. Mais le document ne précise pas si ces points désignent des lieux dans lesquels le peintre-plaquiste s'est effectivement rendu, ou des zones simplement consultées sur son application Google Maps.

Cédric Jubillar avait-il "prévu le jour et l'endroit" ?

Quoi qu'il en soit, pour Philippe Pressecq, avocat de la cousine de Delphine Aussaguel, cet élément "vient caractériser la préméditation". Il estime ainsi que Cédric Jubillar avait "prévu le jour et l'endroit" et ne croit pas à la version d'un "meurtre par inadvertance". "S'il avait tué celle qu'il explique être la femme de sa vie, il aurait été figé par l'horreur de son geste et n'aurait pas jeté son corps de façon ignoble, avec une telle rapidité, sous un tas de fumier", considère le pénaliste, contacté par franceinfo.

Pas sûr toutefois que ces seules données permettent de caractériser un acte prémédité de la part de Cédric Jubillar, qui pourra fournir des explications pour éclaircir la raison de recherches Google Maps dans cette zone ou de son éventuelle présence sur les lieux. Lors de son procès en première instance à l'automne 2025, plusieurs experts de la téléphonie avaient défilé à la barre, apportant des explications parfois nébuleuses sur les données extraites du smartphone de l'accusé.

Le trentenaire est actuellement renvoyé en appel pour des faits de meurtre par conjoint et encourt la réclusion criminelle à perpétuité, soit le maximum prévu en droit français. Si la préméditation est retenue par les juges, et qu'il est renvoyé pour assassinat, il encourra la même peine.

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