: Interview "On est passé de 26,9°C à 34,6°C en quelques minutes" : en quoi consiste le "heat burst", ce phénomène météo extrême favorisé par la canicule ?
Jeudi matin, très tôt, à Belle-Île (Morbihan), un orage finissant s'est accompagné d'une soudaine hausse des températures, avec de très fortes rafales de vent. Ce phénomène s'observe un peu partout dans le monde et survient la nuit, ce qui le rend d'autant plus impressionnant.
C'est un phénomène extrême favorisé par la chaleur, alors que la France connaît jeudi 25 juin le pic de la canicule, avec 72 départements en vigilance rouge. Un "heat burst" a touché Belle-île (Morbihan) très tôt dans la matinée. "C'est un phénomène assez rare puisqu'on en observe une poignée par an en France", précise à franceinfo Matthieu Sorel, climatologue à Météo-France, spécialiste des phénomènes du ciel.
Franceinfo : A quoi ressemble un "heat burst" ?
Matthieu Sorel : C'est un phénomène qui survient la nuit, lorsqu'un orage est en déclin, et qu'il survole une masse d'air très sèche près du sol. Il continue de pleuvoir sous la base de l'orage, mais l'air est tellement sec dessous que les gouttes d'eau s'évaporent. En s'évaporant, elles vont créer des flux descendants, comme une colonne d'air qui va descendre sous l'orage, et en descendant, elle va prendre de la vitesse, elle va s'assécher brusquement et se comprimer. Donc on va avoir l'effet "pompe à vélo" : l'air, quand il se comprime, chauffe. Cela va expliquer une brusque montée des températures, un brusque assèchement de la masse d'air et des rafales de vent très fortes qui dépassent généralement 100 km/h. C'est exactement ce qu'il s'est passé dans la nuit de mercredi à jeudi dans ce secteur de la Bretagne.
Que s'est-il passé à Belle-Île précisément ?
En quelques minutes, on a observé une température qui est passée de 26,9°C à 34,6°C. Entre 5h50 et 6h18 exactement, et j'insiste sur le côté en pleine nuit : ce n'est pas du tout le soleil qui en est responsable, c'est vraiment le phénomène en lui-même. De manière concomitante avec cette hausse de la température, on a observé une brusque diminution de l'humidité et puis une très nette variation du vent, puisqu'on est passé d'un vent calme à des rafales à 100 km/h très rapidement. Tout ça dans un temps très court, et dans les deux sens.
"Il y a le coup de vent, l'assèchement, la hausse des températures, et quelques minutes plus tard, c'est passé, on retombe très lentement à nouveau dans des températures de 27°C."
Matthieu Sorel, climatologue à Météo-Franceà franceinfo
Ces "heat bursts" sont-ils facilement observables ?
C'est extrêmement localisé parce qu'on est sur des orages en déclin, donc de petites structures. Et il faut avoir un peu de chance pour les observer et il faut une station météo dessous, ce qui explique la rareté d'observation de ce phénomène. Ils ont plutôt lieu l'été parce qu'il faut que la masse d'air soir très sèche en basse couche, dans les premiers mètres du sol. Les canicules sont donc un facteur aggravant.
Est-ce un phénomène prévisible ?
Ces "heat bursts" sont prévisibles la veille pour le lendemain : avec nos modèles de prévisions météorologiques, on avait vu qu'il y avait un risque, la nuit dernière, d'observer sur le nord-ouest du pays des phénomènes de "heat burst" à plusieurs endroits. L'orage s'est ensuite déplacé sur le sud de la Bretagne et on a observé ce phénomène sur d'autres stations météo de façon un peu moins spectaculaire, notamment sur la côte sud du Finistère et du Morbihan.
Y a-t-il des endroits où c'est plus fréquent ?
C'est beaucoup mieux documenté aux Etats-Unis - il faut dire qu'il y a une énorme communauté de passionnés d'orages - mais c'est susceptible d'arriver partout. On en a quelques-uns par an en France. On a par exemple observé un des "heat bursts" les plus emblématiques au Cap Béar (dans le sud des Pyrénées-Orientales), le 15 juin 2022. La température est passée de 25°C à 37°C à 2 heures du matin. La rafale de vent associée a atteint 134 km/h. Et pour l'anecdote, ces 37°C qu'on a mesurés, c'est un record mensuel de température maximale à la station météo, c'est-à-dire qu'il n'a jamais fait aussi chaud au mois de juin au Cap Béar. Un record observé à 2 heures du matin, je le rappelle, ce qui est relativement insolite, d'autant plus pour un mois de juin.
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