: Reportage "Ces risques sont de plus en plus présents pour la population" : comment des catapultes permettent de tester les dispositifs anti-éboulement
Avec le dérèglement climatique, le risque d'éboulement s'accroît, mettant en danger la vie d'automobilistes ou de certains foyers. Pour lutter contre ces aléas, des chercheurs utilisent des catapultes pour tester les dispositifs anti-éboulement.
Chaque année, les éboulements de roches font des dégâts, voire des victimes. En août dernier, en Haute-Savoie, deux jeunes vacanciers ont notamment perdu la vie, après que leur voiture a été percutée par un bloc qui s'était détaché d'une paroi. Face à ce risque, des entreprises mettent au point des dispositifs pour protéger routes et habitations, qui sont testés à Bron, près de Lyon.
À la manœuvre, des chercheurs spécialistes des risques rocheux. Leur métier consiste à projeter des rochers contre des murs ou dans des filets. Ils ont pour cela recours à une catapulte, qui servait il y a quelques années aux crashs test de voitures. Mais pour ces tests, les rochers ont remplacé les mannequins.
Un bloc de béton projeté à 50 km/h
C'est ainsi un bloc de pierre de 300 kilogrammes qui se retrouve projeté. Patrick Joffrin directeur du laboratoire Risque rocheux et ouvrages géotechniques (RRO) de l'université Gustave Eiffel, décrit le processus : "Le charriot-porteur va être entraîné par la catapulte jusqu'à la plateforme extérieure vers le mur là-bas. On va l'arrêter brutalement, de la même façon qu'on arrête un avion sur un porte-avions".
"Le bloc va, lui, être brutalement libéré à la vitesse d'arrêt du charriot."
Patrick Joffrin directeur du laboratoire RROà franceinfo
Dans cette simulation, le bloc en béton est projeté à une vitesse de 50 km/h. La cible du jour est un merlon, un mur de protection non maçonné. "Le cœur de cet ouvrage, c'est du sol compacté avec à l'intérieur un laçage, un peu comme les lacets d'une chaussure, mais avec des bandes très résistantes, explique Patrick Joffrin. Il a été réparé une fois et ce qu'on fait aujourd'hui, c'est un test de résilience : après réparation, on vérifie qu'il a encore toutes ses capacités d'absorption d'énergie et ces capacités de protection."
Des "risques de plus en plus présents"
L'essai s'avère concluant : le mur a résisté à l'impact. Ce type de dispositif peut ainsi être installé en bord de route et éventuellement remplacer les filets de protection accrochés aux parois. Mais dans ce laboratoire, les ingénieurs de recherche comme Anne-Sophie Colas, testent également la résistance des habitations. "On voulait savoir quel type d'endommagement on pouvait s'attendre à avoir sur des bâtiments en briques, en pierre ou en béton", détaille-t-elle. Le but étant d'observer si "ce type d'aléas va produire un dommage localisé" ou si "toute la structure risque de s'effondrer". D'autant qu'avec le dérèglement climatique, ces aléas risquent de se multiplier, rappelle Patrick Joffrin.
"On a constaté qu'il y avait une corrélation entre les événements climatiques majeurs et les effondrements rocheux. Les épisodes pluvieux trop violents, notamment, sont en général succédés d'éboulements."
Patrick Joffrinà franceinfo
Pour le directeur de laboratoire, il est clair que les recherches dans ce domaine vont devoir accélérer, car il y a selon lui "un vrai besoin de trouver des solutions de parades contre ces risques de plus en plus présents pour la population". Et cette protection a un coût : en Savoie par exemple, le budget pour protéger les routes des éboulements a doublé en 10 ans.
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