: Reportage "La dynamique est ici" : à leur université d'été, les insoumis et Jean-Luc Mélenchon en opération séduction des écologistes avant la présidentielle
Lors de leurs universités d'été, près de Valence (Drôme), les insoumis ont multiplié les gestes en direction des écologistes, dont plusieurs députés ont fait le déplacement. Pour les convaincre de rallier sa candidature, le patron de LFI veut "incarner la candidature écolo".
"Nous pouvons gagner cette élection !" Louis Boyard, député du Val-de-Marne, le martèle avec conviction, au quatrième et dernier jour des Amfis, les universités d'été de La France insoumise (LFI), dimanche 23 août, à Châteauneuf-sur-Isère (Drôme). En tête à gauche dans les sondages pour la présidentielle à huit mois de l'échéance, le candidat insoumis Jean-Luc Mélenchon a toutefois besoin de séduire d'autres électorats. Lors de leur rentrée politique, les insoumis ont tenté de mettre toutes les chances de leur côté pour obtenir le ralliement des écologistes.
Cet été, marqué par les vagues de chaleur successives, les mégafeux et les alertes pour sécheresse, donne l'occasion de mettre sur la table les points de convergence entre les deux partis, qui s'accordent sur la nécessité d'une "bifurcation écologique". "Il faut créer l'Etat écologique", lance Jean-Luc Mélenchon dimanche midi, devant quelques milliers de personnes rassemblées au bord d'un étang pour la clôture du rassemblement militant. A la tribune, le fondateur de LFI aborde longuement la pollution, le réchauffement climatique, et les écorégions, sa réforme territoriale supposée faciliter la planification écologique. Et dévoile une nouvelle mesure, la "conscription écologique", pour lutter notamment contre les incendies.
LFI veut "incarner la candidature écolo"
Autant de sujets censés plaire à l'électorat écologiste et permettre à LFI d'"incarner la candidature écolo", résume Manuel Bompard. Les conférences et tables rondes organisées dans ce cadre champêtre ont aussi mis en avant plusieurs sujets chers au parti de Marine Tondelier, qui tenait ses propres universités d'été à une centaine de kilomètres de là, près de Grenoble (Isère). Signe que des échanges ont lieu, plusieurs députés du groupe écologiste et social sont venus, dont la cheffe de file des députés écologistes, Cyrielle Chatelain. "On vote ensemble à l'Assemblée nationale 82% du temps", a martelé son homologue LFI, Mathilde Panot, dans un amphithéâtre rempli. "Il y a plusieurs possibilités : une candidature écologiste à la présidentielle ou rejoindre une dynamique plus large", a exposé Cyrielle Chatelain, avant de s'entretenir en privé avec Jean-Luc Mélenchon.
Certains écologistes ont déjà fait leur choix, comme la députée Sandrine Rousseau. "La candidature de Marine Tondelier [patronne des Ecologistes] ne décolle pas dans les sondages, et on ne peut pas rajouter des candidatures à gauche", a-t-elle déclaré samedi sur franceinfo. Mais des divergences demeurent entre les deux partis, notamment sur l'Europe, les Verts défendant une UE fédérale quand les insoumis critiquent les traités européens et la règle interdisant de dépasser 3% de déficit public, fixée par Bruxelles.
D'autres ont été refroidis par certains propos du tribun insoumis, comme le sénateur et ex-candidat à la présidentielle en 2022 Yannick Jadot, qui a pointé vendredi à Grenoble ses "complaisances avec l'antisémitisme ou avec le régime chinois". Comme lui, une partie des écologistes est tentée de soutenir les socialistes, et Raphaël Glucksmann, dont l'annonce de candidature est attendue pour dimanche soir. Face à la division de ses troupes, la secrétaire nationale des Verts continue d'appeler à l'union. "Le sujet, ce n'est pas qui va se mettre derrière qui", a-t-elle affirmé sur LCI samedi.
Des insoumis "impatients" d'engranger des soutiens
Dans les rangs insoumis, on trouve le tempo un peu lent. "Nous sommes impatients", a lancé Mathilde Panot à Cyrielle Chatelain, vendredi. "Le bilan est plutôt positif, juge un cadre insoumis au sujet des échanges avec les Verts. On espère bien qu'à un moment ou un autre ils vont venir nous aider". Les écologistes pourraient organiser un vote de leurs adhérents afin de trancher cet épineux dilemme. "Je ne vais pas me précipiter", assure Jean-Luc Mélenchon à franceinfo au sujet des ralliements, fidèle à son animal totem, la tortue.
"C'est ma technique, je fais pareil avec les écolos : 'si vous trouvez que c'est intéressant ce qu'on raconte, décidez !'"
Jean-Luc Mélenchonà franceinfo
En coulisses, LFI maintient la pression sur les écologistes. "Si certains veulent rejoindre la campagne de Jean-Luc Mélenchon, on est prêts à ouvrir les discussions en matière de gouvernement, d'accord aux législatives, et même de points de programme, mais le préambule c'est le soutien à la candidature insoumise", prévient-on au sein de la direction. "Pour agréger à gauche, il faut continuer à faire ce qu'on fait", assure Eric Coquerel, président LFI de la commission des finances de l'Assemblée nationale. "C'est décisif, les Amfis. On est devenus un mouvement de masse", s'enthousiasme-t-il, alors que le mouvement revendique "plus de 10 000" participants au meeting de clôture drômois. "Quand les écolos viennent ici, ils voient cette mobilisation, et ça compte". Outre l'affluence, le mouvement mise aussi sur ses soutiens dans les milieux artistiques, avec la présence de la comédienne Anna Mouglalis ou du romancier Pierre Lemaitre, et de nombreux concerts, pour mettre en avant son pouvoir d'attraction.
La crainte de revivre l'échec au premier tour de 2022
"C'est normal qu'ils mettent la pression, mais personne ne refusera un soutien, même tardif, dans cette présidentielle, avec une qualification pour le second tour qui peut se jouer à quelques milliers de voix", temporise un élu écologiste. Les mélenchonistes redoutent en effet de revivre le scénario de 2022, où il leur avait manqué 420 000 voix pour accéder au second tour face à Marine Le Pen, tandis que Yannick Jadot en recueillait 1,6 million et Fabien Roussel 800 000. Or les communistes ont opté pour une candidature autonome en 2027, tandis que les socialistes maintiennent leur primaire, pour laquelle Raphaël Glucksmann fait figure de favori. L'eurodéputé Place publique pourrait récolter le vote d'une partie des électeurs de gauche anti-Mélenchon.
"Qu'il fasse pour le mieux", a commenté sur franceinfo le tribun insoumis, s'adressant aussi aux socialistes : "Par pitié, faites ce que vous voulez, mais faites quelque chose, car six mois avant, vous ne savez toujours pas ce que vous allez faire faire, ni quelle est votre ligne, ni quel est votre candidat." Lors de son discours de 45 minutes dimanche, Jean-Luc Mélenchon, souvent cruel avec son ancienne famille politique, n'a décoché aucune flèche contre le Parti socialiste, réservant ses coups à Emmanuel Macron, dont il a étrillé le bilan, et Marine Le Pen, avec qui "la collusion est complète".
Galvanisés par ces quelques jours de rassemblement, les militants insoumis ont bon espoir d'être rejoints par les électeurs écologistes. "La dynamique écologique est ici, j'espère que les militants écologistes le comprendront", a affirmé l'activiste écologiste Marie Chureau, invitée à s'exprimer avant Jean-Luc Mélenchon. "Plus on tergiverse, plus on attend, et moins on a de place pour parler du programme", regrette Christophe Bedrossian, membre des Verts populaires, collectif créé par d'anciens adhérents écologistes qui ont rallié LFI. A ses côtés, Laure Tachoires, une "purgée" par LFI, comme elle se présente, espère que l'électorat vert finira par glisser un bulletin Mélenchon dans l'urne. "C'est une question de pragmatisme : pour être élu président, il faut être un peu connu. Qu'on l'aime ou pas, la dynamique est du côté de Jean-Luc Mélenchon, c'est la seule option pour gagner en 2027", pense-t-elle.
"C'était un discours rassembleur", salue Sarah*, 28 ans, maillot bleu floqué "Mélenchon 27" sur le dos, comme son amie Zara, venue avec elle d'Avignon. En quittant le parc, les jeunes femmes espèrent que ce meeting donnera envie aux écologistes et plus largement à toute la gauche de rejoindre la campagne. "Il ne faut pas que les voix s'éparpillent, il faut mettre l'ego de côté".
* Le prénom a été modifié.
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