Enquête Municipales : en Corse, le RN s'associe avec un ancien indépendantiste

Article rédigé par Pierrick Bonno
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3min
Une personne vote au second tour des élections législatives, le 19 juin 2022, à Bastia. (PASCAL POCHARD-CASABIANCA / AFP)
Une personne vote au second tour des élections législatives, le 19 juin 2022, à Bastia. (PASCAL POCHARD-CASABIANCA / AFP)

Le Rassemblement national se prépare pour les élections municipales et s'associe avec Mossa Palatina, jeune parti nationaliste fondé par un ancien indépendantiste, qui a fait de la prison pour une tentative d'attentat contre la sous-préfecture de Corte. Une stratégie que le RN compte bien reproduire dans d'autres régions à forte identité.

C'est entre deux barres HLM des quartiers sud de Bastia que Nicolas Battini nous donne rendez-vous. Il est le nouveau partenaire corse du Rassemblement national. Le RN a en effet fait alliance avec un tout jeune parti nationaliste, Mossa Palatina, fondé par l'ancien indépendantiste qui a fait de la prison. Une stratégie à moins de 100 jours des élections municipales assumée par le parti de Jordan Bardella, qui compte bien reproduire l'expérience dans d'autres régions à forte identité.

À 32 ans, Nicolas Battini est donc candidat à la mairie de Bastia avec le soutien du RN, malgré un casier judiciaire tout sauf vierge : il a effectué six ans de prison à son actif pour une tentative d'attentat contre la sous-préfecture de Corte. Dans le coffre de la voiture bélier, ce 1er avril 2012, une bombe n'explosera pas. "Que tout le monde se rassure, il n'y a pas eu de mort, veut tempérer Philippe Olivier, député européen et conseiller de Marine Le Pen. Il y a eu une voiture contre une porte de préfecture. Donc il faut ramener les choses à leur juste proportion", reformule l'élu RN.

"Réconciliation"

Douze ans plus tard, Nicolas Battini, qui se définit lui-même comme "identitaire, populiste et trumpiste", assure ne plus être anti-Français."Pour moi, le nationalisme corse n'est pas la volonté de se libérer de la France coloniale, mais la volonté de trouver des alliés qui, en France, nous permettront d'être reconnus et de promouvoir des politiques actives d'Etat qui défendront notre culture et notre identité", assure-t-il à franceinfo. Oublié donc l'indépendantisme : le candidat à la mairie de Bastia cherche la "réconciliation".

D'ailleurs, cette réconciliation, les Bastiais la "réclament", assure-t-il. Pour le prouver, le nationaliste nous emmène chez un couple de retraités qui le soutient. Sous les néons de la petite cuisine d'Alex, ancien agent hospitalier, on mélange le Corse et le Français. Dans les deux langues, on prend pour cible les immigrés. "Beaucoup de Corses se sentent de moins en moins chez eux, sous-titre le candidat à la mairie de Bastia. Ce que dit Alex, c'est ce que peuvent vous dire énormément de gens qui font partie des classes populaires." Contrairement à Marine Le Pen et Jordan Bardella, Nicolas Battini n'hésite pas à mentionner le "grand remplacement", qui menacerait la France.

"Des idées totalement incompatibles"

Pour s'implanter en Corse, le RN est prêt à quelques contorsions, à commencer par la reconnaissance inédite pour le parti des identités régionales. Pour assurer cette alliance avec Mossa Palatina, Philippe Olivier stipule qu'ils sont "autonomistes, qui sont corsistes évidemment, mais absolument pas antifrançais". L'important à mettre en avant, pour lui, c'est la notion d'un "combat commun".

Qu'en pensent ceux qui n'ont pas renoncé à l'indépendance de la Corse ? Dans son bureau d'avocat, l'ancien président de l'Assemblée locale Jean-Guy Talamoni, est plus que sceptique quand à ce "combat commun". "D'un côté, vous avez ce courant, Mossa Palatina, qui revendique ce statut de descendant corse, c'est-à-dire un droit du sang en Corse. De l'autre, vous avez le RN qui n'a jamais cessé de dire, y compris en Corse qu'un Français, quand il arrive en Corse, est chez lui...", expose-t-il.

Des idées "totalement incompatibles" pour ce nationaliste corse, qui a passé presque 30 ans à l'Assemblée de Corse. Et de conclure : "Aux élections, on sait que toutes sortes d'acrobaties peuvent conduire à des résultats". Le RN et Mossa Palatina comptent d'ailleurs reconduire leur alliance pour les territoriales, élections cruciales en Corse. Ce sera en 2028.