Grève du 5 novembre : "Les remontées sont très fortes, parce que la grève va être très forte demain", assure Thomas Vacheron, secrétaire confédéral de la CGT

Publié Mis à jour
Liste des vidéos similaires

Article rédigé par franceinfo - Édité par l'agence 6Medias
France Télévisions

Le responsable syndical rappelle sur le plateau du "Duel" d'"Avant le 20h", mercredi 4 novembre, que cela "fait plus d'un an qu'il n'y a pas eu une grève interprofessionnelle du public et du privé, des jeunes et des retraités" et estime qu'il "faut continuer" la mobilisation initiée par la jeunesse "pour transformer l'essai". Richard Ramos, député MoDem du Loiret, lui répond.

Ce texte correspond à une partie de la retranscription du duel ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder dans son intégralité.


Perrine Storme : Évidemment, demain, tout le monde scrutera les chiffres de cette mobilisation qui sont essentiels pour instaurer un rapport de force avec le gouvernement. Selon les renseignements, l'État s'attend à entre 500 000 et 700 000 manifestants, hors agglomération parisienne. Quelles sont les remontées de votre côté ? Est-ce que vous vous attendez à une mobilisation massive ?

Thomas Vacheron : Les remontées sont très fortes, parce que la grève va être très forte demain. En fait, demain, il va y avoir plusieurs spécificités. Déjà, ça fait plus d'un an qu'il n'y a pas eu une grève interprofessionnelle du public et du privé, des jeunes et des retraités. Ça fait plus de 20 ans qu'il n'y a pas eu une mobilisation de la jeunesse aussi importante, et il y a de quoi être en colère, on a entendu les jeunes depuis des semaines, qui ne l'avaient pas été, il a fallu qu'ils se mobilisent d'une manière extraordinaire pour qu'enfin le gouvernement réponde pour partie. Donc, la mobilisation est utile puisque le gouvernement bouge. Il faut continuer pour transformer l'essai. Et enfin, j'arrive de Bruxelles. J'étais avec mes collègues européens. Tous les syndicats européens soutiennent la mobilisation en France parce qu'ils savent que ce qui se joue ici va avoir des répercussions ailleurs.

Vous espérez que ça fasse tache d'huile aussi en Europe. En tout cas, il y a des revendications qui sont communes ?

Oui. Par exemple, là, nos amis et les salariés de Belgique, dans le privé, et c'est demain le gros enjeu, ils ont quelque chose de très important : quand les prix augmentent, les salaires augmentent aussi. Il n'y a pas de tassement sur les prix. Et c'est très important économiquement, parce que ça permet à un pays comme la Belgique, qui est industrialisé, voisin du nôtre, d'avoir une inflation inférieure et une croissance supérieure. Ça permet quoi ? C'est que concrètement, quand les prix augmentent, les salaires augmentent aussi, on ne perd pas en niveau de vie. Et ça, c'est une victoire très importante qu'on veut leur attaquer chez eux. Nous, on veut la gagner ici.

Je reviens sur les chiffres, parce qu'ils sont essentiels, et j'imagine que c'est toujours compliqué de se risquer à donner un chiffre. Néanmoins, ce sera une journée test pour le gouvernement, mais une journée test pour les syndicats sur leur capacité à mobiliser. On se souvient que pendant les grandes manifs contre la réforme des retraites : au pic des manifestations en 2023, on avait atteint, selon les syndicats, trois millions de personnes dans la rue. Est-ce que vous pensez que vous serez en capacité demain de fédérer autant ?

En fait, ce qu'il va y avoir demain, c'est que, première chose, c'est la plus grosse grève depuis les retraites, c'est certain. La deuxième, c'est qu'en fait, il va y avoir plus de grévistes que de manifestants. J'étais avec des salariés, et je suis sur différentes boucles, on en discutera, qui organisent leur grève dans leur entreprise, puisque nous, on met au pot quelque chose d'important. Tous les syndicats appellent en même temps : demain, tout le monde peut faire grève, et on le redit, le droit du travail, c'est quelque chose qu'on discute le moins dans les médias. C'est le droit le moins appris, le moins compris, le moins étudié, le moins enseigné. Pourtant, c'est celui qui régit notre vie au quotidien. Sur le droit de grève, qui est un droit constitutionnel, demain, je le dis : tout le monde peut faire grève, même une heure. Et pourquoi je dis même une heure ? C'est que demain, dans plein d'entreprises, j'étais avec des salariés de la sous-traitance, dans la maroquinerie, qui me disaient : "Ça coûte cher, notre problème c'est la vie chère, mais on va mettre au pot, nous aussi, on va faire une heure de débrayage." C'est-à-dire : "on perd une heure de salaire", ils vont sortir de leur entreprise, soit en début de poste, soit en milieu de poste, pour perturber la production, clairement, mais pour que ça ne coûte pas trop cher.

Mais en une heure, ça a vraiment un impact ?

Quand on est en changement de poste, si celui de fin de matinée fait une heure, celui de début d'après-midi fait une heure, ça fait déjà deux heures, et il n'y a plus les changements, etc. Mais surtout, ils et elles, et je pense à elles.

Ca ne se jouera pas dans la rue, vous êtes en train de dire que ça jouera davantage dans les…

En fait, ça va jouer à plusieurs endroits, parce qu'il y a le gouvernement qui doit entendre la voix des salariés et il y a le patronat. Demain, c'est dans les entreprises. Et du coup, c'est aussi pour ça que celles-là…

Les images qui seront diffusées, ce seront celles de la rue…

Mais il y a les images et il y a la réalité. Et donc ce qui est très important, et c'est pour ça que moi je vous remercie qu'on soit aussi entendus sur la diversité des modalités d'action, ça va être très puissant. Et pourquoi très puissant ? Et je termine là-dessus. On s'est vus il y a un mois, je crois que vous m'avez dit un mois ou un mois et demi, je ne sais plus. J'ai dit ici, avant qu'il y ait les manifestations du samedi, que la colère populaire était extrêmement importante, qu'on n'était pas entendus, que les gens ne parlaient que de salaires, de vie chère, et je le dis aussi pour les retraités, qui à partir de 1 260 euros, seraient impactés par le prochain budget. Les raisons de la colère étaient ensemble. J'ai dit : "Il y aura des mobilisations", pas parce que je pronostique, mais parce que j'entends les gens, j'écoute. Je n'ai pas la prétention de connaître tout le réel, mais les réels. Et ce qu'on a dit il y a un mois et demi, s'est transformé les samedis ; il y a eu plus de deux millions de personnes les samedis qui ont participé. Demain, vous verrez, il y aura des centaines de milliers de grévistes dans le public et dans le privé, et tout va se jouer, pour la première fois depuis 1968, vous m'entendez bien, une grève va déterminer une augmentation de salaire, notamment sur le SMIC et le point d'indice. Il n'y a pas eu de coup de pouce du SMIC depuis 2012, sous le début du quinquennat de François Hollande, 14 ans sans coup de pouce. Mais il n'y a pas eu d'augmentation du SMIC depuis 1968.

Il y a une revalorisation automatique chaque année, mais ce que vous réclamez, c'est une revalorisation supplémentaire de l'ordre de 150 euros net par mois pour la CGT, c'est 100 euros net par mois pour la CFDT. Vous dites : "On ne veut pas de clopinettes". Vous, Richard Ramos, à Matignon, si je vous mettais à la place de Sébastien Lecornu, comment vous répondriez à cette colère ? Jean-Pierre Farandou, le ministre du Travail, a dit : "Une revalorisation du SMIC est sur la table." Il n'a pas précisé le montant. Est-ce qu'il faut accepter ? Est-ce que vous, vous accepteriez cette demande des syndicats, en tout cas concernant le SMIC ?

Richard Ramos : D'abord, ce qu'il faut reconnaître, c'est que la mobilisation sociale, elle n'a jamais été aussi forte. Je veux dire, il faudrait être aveugle, sourd pour ne pas voir que vous avez des gens qui travaillent et qui n'arrivent pas à vivre de leur travail. Donc déjà, c'est le premier des éléments.

Déjà, vous partagez le constat. Maintenant, sur les solutions ?

Oui, mais c'est important de partager le constat parce que si on ne partage pas ce constat-là, on est hors-sol. Et donc, ça, c'est la réalité. Et donc, ça veut dire que je pense qu'il faut faire un effort envers les travailleurs…

Cliquez sur la vidéo pour regarder le duel en intégralité.

Vous pouvez désormais privilégier l'affichage des articles de franceinfo dans les résultats de recherche Google. Comment ça marche ?