Joan Baez continue son engagement à travers la poésie : "Honnêtement, la démocratie, c'est peut-être terminé"

Tous les jours, une personnalité s'invite dans le monde d'Élodie Suigo. Lundi 8 décembre 2025, l'auteure, compositrice et interprète Joan Baez. Elle publie un recueil de poèmes, "Quand tu verras ma mère, invite-la à danser", aux éditions Points.

Article rédigé par Elodie Suigo, Étienne Presumey
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 4min
Joan Baez, le 12 avril 2025, à Los Angeles. (ROBYN BECK / AFP)
Joan Baez, le 12 avril 2025, à Los Angeles. (ROBYN BECK / AFP)

Quand on voit Joan Baez, il nous est impossible d'accepter qu'elle a 84 printemps, tant son regard et son sourire n'ont jamais sombré. Aucune violence ou injustice n'a eu raison d'elle et de son engagement qu'elle a, malgré l'adversité, toujours continué de rêver. Elle a d'ailleurs dit, "Tu peux tuer des rêveurs, mais tu ne peux pas tuer le rêve". Elle publie un recueil de poésie Quand tu verras ma mère, invite-la à danser aux éditions Points, dans la collection Poésie.

franceinfo : Vous démarrez cet ouvrage avec un prologue intitulé "La poésie et moi". Vous nous parlez de formules indisciplinées, de pensées vagabondes, qu'est-ce qui vous a donné envie, de vivre cette vie de vagabonde ?

Joan Baez : C'est un livre que j'ai créé il y a longtemps. Donc il y a plusieurs raisons qui sont liées aux époques de ma vie et aux étapes de ma vie. Là, c'était une période où je découvrais mon enfance en profondeur, c'est ça qui est ressorti de là. C'est quelque chose qui m'a permis d'en arriver à la période où je suis aujourd'hui, où les poèmes que j'écris maintenant sont beaucoup plus politiques. Mais à l'époque, c'était très personnel et ça me plaît, j'aime le résultat.

Votre mère est au centre de votre attention, semble-t-il, depuis votre plus tendre enfance. Est-ce qu'elle est votre exemple, votre base ?

Oui, ma mère, c'était avant la révolution des femmes.

"Ma mère était déjà une femme puissante et pendant des années, j'ai compris que j'avais hérité de cette force et je ne me battais pas pour les droits des femmes."

Joan Baez

à franceinfo

J'essayais simplement d'être un exemple, d'être forte et de partager cette force avec les autres femmes.

Vous affrontez Donald Trump dans ce recueil, vous parlez d'un ver qui a mangé une partie de son cerveau et qui a absorbé l'empathie. Est-ce que la démocratie est vraiment en danger, pour vous ?

Honnêtement, la démocratie, c'est peut-être terminé. C'est peut-être la fin de la démocratie parce qu'ils sont tellement malins et la propagande est tellement puissante. Toute ma vie, j'ai entendu des gens dire, "Pourquoi est-ce que personne n'a arrêté Hitler ?" Eh bien, voilà pourquoi, parce qu'il y avait des gens qui le vénéraient et il avait des gens qui le suivaient. Les autres n'étaient pas assez puissants pour résister et la majorité des personnes ne faisaient pas attention. Pour ceux qui comprenaient réellement ce qui se passait, ça devenait de plus en plus dangereux de dire quelque chose, de faire quelque chose et c'est exactement ce qui se passe aux États-Unis.

Votre maître à penser entre guillemets, parce qu'on ne vous a jamais réellement indiqué quoi penser, c'est Martin Luther King. Vous l'avez accompagné et observé de nombreuses fois. Il représentait ce qui, pour vous, nécessitait un engagement.

Oui, ma première rencontre avec le docteur King, c'était lors d'un rassemblement de lycéens. Ça avait lieu tous les ans, c'était pour parler de politique, de non-violence, de changement politique, de transition politique. J'ai été profondément bouleversé par ce que faisait cet homme et j'ai compris que ce qui se passait, les boycotts des bus dans le Mississippi, par exemple, c'était vraiment en train de se faire. Je ne suis pas sûre de l'avoir recroisé tant que ça, il était encore très jeune, il avait 29 ans, mais c'est vraiment le souvenir que je garde.

"Martin Luther King a été la première personne que j'ai rencontrée qui faisait à grande échelle ce que moi, je pensais vouloir faire."

Joan Baez

à franceinfo

Ce qui a changé finalement dans tout ce parcours, c'est la notion de plaisir. Vous acceptez enfin de prendre du plaisir.

Je me souviens qu'il y a des années, je ne comprenais pas cette idée de m'amuser et j'avais une copine qui ne parlait que de ça. Elle m'a dit, "Mais pourquoi est-ce que tu ne t'amuses pas ?" Et je ne savais même pas de quoi elle parlait. J'ai commencé à travailler dessus, à m'améliorer, à rire davantage et à m'amuser. Je me souviens qu'une fois, on parlait au téléphone et elle avait tellement l'habitude que je ne m'amuse pas, qu'elle commence à me faire des propositions et j'ai dit, "Attends, mais tu ne m'écoutes pas, je m'amuse !" Je ne me suis peut-être pas amusé au début, mais je suis en train de le faire. C'est pour ça d'ailleurs que j'ai rejoint un cirque, pour danser, pour faire la folle, pour vraiment m'amuser.

Quand on regarde les photos, il y a quelque chose qui saute aux yeux, c'est qu'à aucun moment votre sourire ne s'efface. Comment avez-vous fait, malgré les abus, les abus sexuels, les difficultés, les guerres, pour le garder ? Quel est votre secret ?

Je ne sais pas, je crois que c'est juste là tout le temps ! Mon état naturel, l'état naturel de mon visage, c'est comme ma mère, c'est toujours une forme de sourire ou au moins une esquisse de sourire.

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