Reportage
Analyse chimique, plan en 3D... Des archéologues commencent à étudier l'épave la plus profonde jamais découverte dans les eaux françaises

Début avril, au large de Ramatuelle (Var), une plongée à plus de 2 500 mètres de profondeur a permis, grâce à un robot sous-marin, de prélever des restes d'une épave d'un navire de commerce du XVIe siècle, notamment des pichets et une assiette en céramique.

Article rédigé par franceinfo
Radio France
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Des restes du navire "Camarat 4", l'épave la plus profonde référencée dans les eaux françaises, lors d'une plongée entre le 6 et le 8 avril 2026. (SEBASTIEN CHENAL / MARINE NATIONALE / DEFENSE / DRASSM)
Des restes du navire "Camarat 4", l'épave la plus profonde référencée dans les eaux françaises, lors d'une plongée entre le 6 et le 8 avril 2026. (SEBASTIEN CHENAL / MARINE NATIONALE / DEFENSE / DRASSM)

Mettez vos bottes et vos gilets de sauvetage, on vous embarque pour aller explorer une épave en Méditerranée. Pas n'importe quelle épave, la plus profonde jamais découverte dans les eaux françaises : un navire de commerce du XVIe siècle, qui gît par 2 500 mètres de profondeur, découvert en 2025. Les archéologues viennent juste d'y débuter leur travail d'enquête.

Nous sommes au large de Ramatuelle (Var), sur la passerelle du Jason, navire d'assistance affrété par la Marine française. "Je suis en train de me positionner. On est à environ 45 kilomètres de la côte, quasiment à l'aplomb de l'épave", précise le commandant Simon Rigal. Une épave baptisée le Camarat 4, découverte par hasard l'an dernier, raconte l'enseigne de vaisseau, Romain, en charge des opérations pour la Marine. "C'était une zone de travail, il n'y avait pas de caractère particulier, c'était de l'entraînement, détaille-t-il. On s'est aperçu qu'on avait ce qu'on appelle un écho intéressant et il s'est avéré que c'était cette belle épave Camarat 4."

Un pichet prélevé sur la cargaison du navire "Camarat 4", lors d'une plongée entre le 6 et le 8 avril 2026 dans les eaux françaises au large de Ramatuelle (Var). (SEBASTIEN CHENAL / MARINE NATIONALE / DEFENSE / DRASSM)
Un pichet prélevé sur la cargaison du navire "Camarat 4", lors d'une plongée entre le 6 et le 8 avril 2026 dans les eaux françaises au large de Ramatuelle (Var). (SEBASTIEN CHENAL / MARINE NATIONALE / DEFENSE / DRASSM)

Il est temps d'enquêter pour en savoir plus sur cette épave dont on a seulement quelques images. Le premier maître Florian pilote la descente du robot sous-marin spécialisé dans l'exploration des grands fonds. "C'est ce qu'il y a de plus gros en termes de robot. Il y a plusieurs tailles, celui-ci est le plus gros", indique-t-il. Le seul en France à pouvoir plonger à 2 500 mètres. "C'est une chance, car la plongée humaine est impossible à cette profondeur", relève Marine Sadania, archéologue au Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines (Drassm).

Un membre du groupe d'intervention sous la mer (GISMER) télépilote un robot capable d'aller à plus de 2 500 mètres sous le niveau de la mer, sur le lieu de l'épave. (SEBASTIEN CHENAL / MARINE NATIONALE / DEFENSE / DRASSM)
Un membre du groupe d'intervention sous la mer (GISMER) télépilote un robot capable d'aller à plus de 2 500 mètres sous le niveau de la mer, sur le lieu de l'épave. (SEBASTIEN CHENAL / MARINE NATIONALE / DEFENSE / DRASSM)

Et 2 500 mètres plus bas, filmée par la caméra du robot, apparaît, dans une eau entre le bleu turquoise et le bleu foncé, l'épave, enfoncée dans la vase, ou plutôt quelques éléments restants de l'épave. "On voit les chaudrons, les assiettes, ce qui est jaune. À l'angle à droite de l'image, ce sont les assiettes, le premier chaudron", détaille-t-elle. Le robot filme aussi une ancre, six canons et la cargaison : des assiettes et plus de 200 pichets, sur lesquels on aperçoit encore parfaitement des motifs géométriques, 500 ans plus tard.

Un site préservé de tout pillage

"Il s'agit d'un navire de commerce. Il y a notamment une série de pichets et d'assiettes qui nous permettent de proposer cette première hypothèse de datation du XVIe siècle, explique Marine Sadania. On pense que le navire aurait fait un dernier chargement dans un port en Italie du Nord. La destination du bateau est encore difficile [à déterminer] : est-ce qu'il va vers Marseille, un port de redistribution, ou est-ce qu'il part vers une autre destination ? C'est une première campagne et le début de l'enquête, on se pose plus de questions qu'on a de réponses."

Aussi profond et difficile à atteindre, le site est en tout cas intact, préservé de tout pillage. En trois jours de mer, les archéologues ont pu réaliser pour cette première phase de travail une photogrammétrie, c'est-à-dire un plan en 3D, des restes de l'épave. Ils ont également remonté trois pichets et une assiette en céramique dont ils vont réaliser une analyse chimique.

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