Ursula von der Leyen (2/4) : immortelle malgré les casseroles qui s'accumulent

Considérée comme l'une des femmes les plus puissantes du monde, Ursula von der Leyen influence directement la vie des Européens par ses décisions. Sa personnalité et son parcours restent pourtant méconnus. Qui est vraiment Ursula von der Leyen ? Retour sur le parcours et les zones d'ombre d'une figure aussi influente que controversée de la politique européenne.

Article rédigé par franceinfo - William Gay Costa
Radio France
Publié
Temps de lecture : 3min
La présidente allemande de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, lors d'une conférence de presse annonçant les noms des nouveaux commissaires européens, le 10 septembre 2019 à la Commission européenne à Bruxelles. (KENZO TRIBOUILLARD / AFP)
La présidente allemande de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, lors d'une conférence de presse annonçant les noms des nouveaux commissaires européens, le 10 septembre 2019 à la Commission européenne à Bruxelles. (KENZO TRIBOUILLARD / AFP)

Le "conclave" dure depuis maintenant trois jours en ce mois de juillet 2019. Celui-ci n'a pas lieu au Vatican, mais à Bruxelles, où les dirigeants européens sont réunis pour distribuer les postes clés de l'Union. Les fonctions les plus importantes sont en jeu, à commencer par celle de président de la Commission européenne, mais ça coince

Alors que les discussions s'enlisent, Emmanuel Macron refuse la candidature de l'Allemand Manfred Weber, qui a mené les conservateurs à la victoire aux élections européennes. Pas assez expérimenté, estime le président français, et un peu sans saveur pour occuper une fonction aussi stratégique, selon lui. C'est finalement le président de la République qui propose un nom inattendu : Ursula von der Leyen, alors ministre allemande de la Défense.

"C’est pour moi une très bonne candidature. D’abord, parce que c’est une dirigeante d'expérience. C’est une femme qui a une culture européenne très profondément ancrée. Enfin, c’est une parfaite francophone"

Emmanuel Macron

Emmanuel Macron, qui la connaît depuis deux ans, se montre enthousiaste, tout comme elle : "C'est tellement d'honneur. Merci pour la confiance que vous m'accordez."

L'affaire du "plagiat"

En réalité Emmanuel Macron vient de la sauver politiquement. Un temps très populaire, elle est désormais largement rejetée dans son pays, devenant ainsi la ministre la plus impopulaire du gouvernement Merkel : seul un Allemand sur trois estime qu'elle ferait une bonne présidente de la Commission, selon un sondage pour la télévision publique. Ursula von der Leyen pâtit de ses casseroles qui se sont empilées ces derniers temps.

La première affaire remonte à 1990. À cette époque, Ursula von der Leyen est étudiante en médecine et rédige sa thèse : Un travail de 62 pages dactylographiées consacré à une protéine permettant de diagnostiquer les grossesses à risque.

Une affaire qui la rattrape 25 ans plus tard, lorsqu'elle est accusée de plagiat pour avoir recopié des passages entiers sans citer correctement leurs auteurs, une accusation particulièrement grave en Allemagne, qui avait déjà poussé un de ses prédécesseurs à la démission. De son côté, elle conteste les faits et demande l'ouverture d'une enquête.

"Aujourd'hui, le conseil de l'université s'est réuni pour statuer sur le plagiat découvert dans la thèse de madame von der Leyen. Le Conseil décide de ne pas révoquer son titre de docteur."

Université Gottfried Wilhelm Leibniz de Hanovre

"Elle n'a pas eu l'intention de frauder", conclut l'université. "Il s'agissait plutôt d'un travail bâclé", reconnaît elle-même Ursula von der Leyen, qui conserve finalement son poste au gouvernement et survit à cette affaire avant d'en affronter une autre.

Le scandale McKinsey

McKinsey est cabinet privé que les gouvernements rémunèrent pour ses conseils. La France a eu son scandale McKinsey, l'Allemagne aussi, et Ursula von der Leyen en est devenue l'une des figures associées. Son ministère y a largement eu recours, parfois de manière abusive, dénoncent ses opposants. L'opposition évoque des contrats opaques, à prix d'or, et une gestion désastreuse des armées. Sur le terrain : manque de munitions pour les soldats, avions et hélicoptères de la Luftwaffe cloués au sol.

Dans ce contexte, les humoristes de la télévision publique finissent par s'emparer du sujet et prennent Ursula von der Leyen en grippe, la surnommant "Uschi", diminutif d'Ursula. La ministre de la Défense en prend pour son grade, tout comme son management.

Une nouvelle enquête est ordonnée par le Parlement, qui réclame les données de son téléphone afin de vérifier qu'il n'y a pas eu d'entourloupe. Mais elles ont été effacées : "Procédure de sécurité normale", répond simplement le ministère. Cela n'ira pas plus loin et elle ne sera, dès lors, jamais vraiment inquiétée. Mais son téléphone va refaire parler de lui.

"Pfizergate"

Cette fois, elle est devenue présidente de la Commission. Alors en pleine crise du Covid, l'Europe cherche à sécuriser l'approvisionnement en vaccins, et Ursula von der Leyen sort son portable pour négocier directement par SMS, des contrats à plusieurs milliards d'euros, avec le patron du labo Pfizer.

Le New York Times le révèle. Le journal réclame par ailleurs les messages. "Ils n'ont pas été archivés", répond cette fois la Commission, une explication jugée insuffisante par la justice européenne. Malgré les critiques et les théories du complot innombrables, ils n'ont toujours pas été dévoilés.

Un "Pfizergate" qui pousse des eurodéputés d'extrême droite à déposer une motion de censure pour la chasser de son poste, en vain : Ursula von der Leyen parvient à survivre encore une fois.




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