"Il n'a plus de ressorts dans l'opinion" : Emmanuel Macron peut-il calmer la grogne sociale en occupant le terrain médiatique ?
Moins d'une semaine après une conférence de presse surprise, le chef de l'Etat va de nouveau s'exprimer jeudi soir lors d'une interview télévisée, dans un contexte géopolitique extrêmement tendu dont les répercussions en France font craindre un automne social.
Il avait promis de revenir rapidement s'exprimer devant les Français. Après sa conférence de presse du 18 septembre organisée à l'issue d'une rencontre avec les forces politiques, et dans la foulée de ses rendez-vous à New York à l'occasion de l'Assemblée générale des Nations unies en début de semaine, revoilà Emmanuel Macron à la télévision. Le chef de l'Etat répondra, jeudi 24 septembre, aux questions des journalistes de France 2 et TF1 pendant une grosse trentaine de minutes.
Le président de la République, qui vit ses derniers mois à l'Elysée, est à nouveau plongé dans une double crise. D'abord la guerre en Ukraine, qui n'en finit pas, tandis que les attaques hybrides russes se multiplient en Europe. Ensuite, le conflit au Moyen-Orient, qui a des conséquences économiques directes en France, notamment avec l'envolée des prix des carburants ces dernières semaines. Face à la grogne sociale qui ne cesse de monter, le gouvernement de Sébastien Lecornu a annoncé mardi plusieurs mesures pour faire face à la flambée des prix à la pompe. Suffisant pour contenir la colère ?
Le chef de l'Etat n'avait en tout cas d'autre choix que de s'exprimer, assure son entourage. "Les Français vivent dans leur chair les conséquences des crises internationales, explique-t-on. Le rôle du président est de leur rendre compte de son action internationale pour les protéger tant sur le plan du pouvoir d'achat que sur celui de la sécurité."
"Il est dans son rôle alors que le pays est très inquiet"
Dans le camp macroniste, les troupes présidentielles font bloc derrière cette nouvelle sortie médiatique. "Emmanuel Macron est le seul à avoir une vue à 360° sur la situation géopolitique et les menaces militaires", assure un conseiller de l'exécutif.
"Emmanuel Macron est chef de l'Etat, des armées et garant du bon fonctionnement des institutions. Il est logique qu'il s'exprime devant les Français."
Un conseiller de l'exécutifà franceinfo
"Je reste persuadée que dans les périodes de crise internationale, la parole du président compte, abonde une ministre. Il n'y a pas de raison qu'elle ne compte pas cette fois-ci." Cette interview se justifie, appuie également le politologue Bruno Cautrès : "Le chef de l'Etat est dans son rôle en s'exprimant au moment où le pays est très inquiet, avec cette flambée des prix du pétrole et ces mauvaises annonces économiques."
Lors de sa conférence de presse de vendredi, Emmanuel Macron avait vanté "un exercice de transparence" en tenant informé les forces politiques et les candidats à la présidentielle de la situation géopolitique. "Quand on écoute certains responsables politiques, on se dit que le président a raison de leur expliquer l'ampleur du problème, assure Antoine Armand, maire Renaissance d'Annecy (Haute-Savoie) et ancien ministre. Le futur chef de l'Etat va arriver dans un contexte qu'on n'a pas connu depuis trente à cinquante ans."
Si l'ensemble des forces politiques avait répondu à l'invitation élyséenne, tous ne voient pas d'un très bon œil cette nouvelle prise de parole d'Emmanuel Macron, en pleine campagne présidentielle. "Il se comporte clairement comme s'il imaginait se succéder à lui-même et être le seul capable de sortir le pays de l'ornière, ce qui n'est pas une manière de valoriser les candidats du bloc central", raille le président LFI de la commission des finances, Eric Coquerel. "Il essaie clairement d'imposer un tempo lié à la question internationale", embraye le député LFI Antoine Léaument, qui critique "l'absence de mesures permettant de faire face à la crise". "Personne chez nous, par ailleurs, ne nie que la question internationale soit un enjeu central. Il fallait, par contre, prendre conscience plus tôt que se mettre dans la roue des Etats-Unis menait dans le mur."
"Je redoute qu'il alimente cette colère sociale"
Du côté du Rassemblement national, le parti semble opérer un changement de doctrine sur la politique étrangère. Dernier exemple en date ce week-end, avec un communiqué au ton inhabituellement virulent à l'encontre de la Russie, accusé d'"acte hostile" après la prise de contrôle de filiales locales de groupes français. "La politique étrangère de la France (...) ne saurait être déterminée à Moscou", insistent, d'une même voix, Marine Le Pen et Jordan Bardella. Une vraie lettre de rupture avec le régime de Vladimir Poutine, qui a vertement réagi.
Mais cet alignement sur les arguments du pouvoir contre la Russie n'empêche pas le RN de poursuivre ses attaques frontales contre Emmanuel Macron. "Ce type est un cabotin qui essaie de se faire remarquer par une agitation indécente. Il incarne à la fois l'agitation et l'impuissance, la manipulation et la malfaisance, fustige un très proche de Marine Le Pen. Tout est en roue libre : l'Etat dont il est le chef, le gouvernement dont il est l'inspirateur, les comptes publics dont il est le compositeur."
Les partis de gouvernement sont plus mesurés. "La situation économique et géopolitique est extrêmement préoccupante", assure un important cadre du Parti socialiste, qui concède que le président a raison de s'exprimer à deux reprises. "L'exercice de transparence est indispensable, mais je crains que le président ne puisse s'empêcher de se remettre dans le jeu de la politique nationale, confie le député Aurélien Rousseau, engagé auprès de Raphaël Glucksmann. Je redoute qu'il alimente cette colère sociale que l'on sent monter. Or, c'est dangereux pour la fonction présidentielle."
Le chef de l'Etat a pourtant bien prévu de s'exprimer sur les conséquences en France des crises internationales. "Il répondra à toutes les questions sur les craintes et les angoisses des gens, fait savoir son entourage. Il ne faut pas y voir des stratégies de désamorçage de grogne ou je ne sais quoi, mais simplement un président qui fait son devoir et ne réfléchit qu'à cette aune, lui qui ne peut se représenter."
"Un coup d'épée dans l'eau"
Emmanuel Macron est-il toutefois encore en capacité de faire passer des messages dans l'opinion publique, lui qui a totalement manqué son second quinquennat, marqué par une dissolution ratée ? Peut-il encore modifier la perception qu'ont les Français de sa présidence, lui qui est tombé à un niveau record de 16% seulement d'opinions favorables dans le dernier baromètre d'Ipsos ? "Il n'a plus de ressorts dans l'opinion, tranche Bruno Cautrès. Cette intervention, c'est un coup d'épée dans l'eau, mais cela reste son rôle institutionnel de s'exprimer."
"Tout le monde a intégré que, dans sept mois, Emmanuel Macron ne sera plus là. Il y a beaucoup de déception et de désapprobation de sa politique."
Bruno Cautrès, politologueà franceinfo
"Je ne crois pas qu'il soit en capacité de désamorcer quoi que ce soit car, très majoritairement, son rejet persiste. Les gens savent pertinemment que sa politique est pour beaucoup dans la situation du pays", enfonce Eric Coquerel.
Le chef de l'Etat va pourtant s'astreindre à expliquer que la hausse des carburants est la conséquence du contexte international. "Les mobilisations sociales sont toujours légitimes, mais elles sont efficaces quand elles ont un débouché qui est à la main du gouvernement, avait-il fait remarquer vendredi. Lorsqu'elles protestent contre les conséquences de phénomènes qui ne sont pas le résultat d'une action gouvernementale, elles disent une souffrance, mais elles produisent moins une solution." "On l'accuserait presque d'être derrière la hausse des carburants", soupire un conseiller du pouvoir, qui voit en la personne d'Emmanuel Macron "un bouc émissaire facile".
Il n'est pas certain que l'argument suffise. D'autant que la situation politique française reste, par ailleurs, extrêmement précaire et le restera jusqu'au bout du quinquennat. Le gouvernement de Sébastien Lecornu s'apprête à affronter, une nouvelle fois, l'épreuve budgétaire début octobre. Si le RN a semblé lancer quelques signaux en faveur d'une non-censure, rien ne dit que ce scénario tienne jusqu'au bout. "Si le gazole monte à 3 euros le litre, comment le RN pourrait-il ne pas censurer ? Si le groupe de Marine Le Pen fait tomber le gouvernement, le président de la République sera de nouveau dans l'œil du cyclone", anticipe un ex-ministre. La fin de mandat d'Emmanuel Macron n'est pas encore écrite, et elle pourrait connaître encore bien des soubresauts.
Vous pouvez désormais privilégier l'affichage des articles de franceinfo dans les résultats de recherche Google. Comment ça marche ?
-
L'évacuation de la ville d'Olechky, un exemple réussi mais encore isolé de cessez-le-feu humanitaire entre l'Ukraine et la Russie
-
audio"Je m'inquiète de ce que les producteurs vont faire de mon image" : en Chine, les acteurs sont de plus en plus remplacés par des IA
-
Armes biochimiques, cyberattaques géantes, perte de contrôle... Ce que dit le dossier d'entrée en Bourse d'Anthropic sur les dangers de l'IA
-
Chances d'une vague démocrate, enjeu pour Donald Trump et pour 2028... L'article à lire pour tout comprendre aux midterms, les élections de mi-mandat aux Etats-Unis
-
Défaillance technique, négligence humaine... Où en est l'enquête sur la catastrophe ferroviaire en Espagne ?
Shorts
-
Les réseaux sociaux au coeur des manifestations
vidéo 2 minutes 3 -
Nouvelle mobilisation avant une semaine à risques
vidéo 2 minutes 5 -
“Pour Le Grand bleu, la colline était plus haute que ce que je pensais”
vidéo 1 minute 53 -
Auprès des habitants de Trappes sous le choc
vidéo 2 minutes 56 -
Des remèdes de grand-mère vraiment inoffensifs ?
vidéo 2 minutes 28 -
Paris, Marseille, Bordeaux... Des dispersions sous tension après la fin des défilés lors de la mobilisation du 31 octobre
vidéo 1 minute 18 -
Un engin explosif touche un gendarme mobile en fin de manifestation
vidéo 32 secondes -
"Ça dépasse les bornes", les retraités solidaires de la mobilisation
vidéo 1 minute 34 -
Le cortège parisien défile dans le calme et approche de la porte de Charenton
vidéo 25 secondes -
Le secret de longévité des chauves-souris
vidéo 2 minutes 17 -
Se soigner soi-même : quels pièges ?
vidéo 2 minutes 34 -
Trois personnes retrouvées mortes dans l'incendie d'un immeuble à Clermont-Ferrand
vidéo 1 minute 38 -
Crise politique sans précédent en Pologne
vidéo 1 minute 44 -
Qui se cache derrière les vols d’hafnium ?
vidéo 3 minutes 14 -
"Le racisme, on ne le combat pas avec des symboles marketing", dit Prisca Thevenot, députée Ensemble pour la République des Hauts-de-Seine
vidéo 1 minute 48 -
Des détenus refusent de regagner leurs cellules à la prison de Grenoble-Varces
vidéo 1 minute 20 -
Mobilisation du 31 octobre : le Conseil d'État confirme l'interdiction du parcours Bastille-Nation à Paris
vidéo 50 secondes -
Des gilets jaunes contre des CRS sur Fortnite
vidéo 1 minute 39 -
Expo : Agatha Christie, la femme aux mille vies
vidéo 58 secondes -
Élections législatives en Israël : la coalition de Benyamin Nétanyahou en tête, sans majorité
vidéo -
Hommage à Trappes : la Marseillaise retentit
vidéo 1 minute 12 -
Attentat raciste à Trappes et à La Verrière : des hommages séparés
vidéo 1 minute 51 -
Des milliers de personnes contre le racisme
vidéo 1 minute 53 -
Peut-on interdire les masques d’Halloween demain ?
vidéo 2 minutes 7 -
C'est quoi l'IGPN, la "police des polices" ?
vidéo 2 minutes 5 -
2000 mètres sous les mers, des fonds inexplorés
vidéo 2 minutes 24 -
Élections de mi-mandat aux États-Unis : Donald Trump en danger
vidéo 2 minutes 29 -
Cortège de la CGT autorisé : "On va faire appel", annonce Laurent Nunez
vidéo 56 secondes -
Des manifestations, le jour d'Halloween, qui inquiètent les autorités
vidéo 2 minutes 14 -
Bloquer des comptes en masse : la stratégie politique brésilienne qui s'invite en France, est-elle efficace ?
vidéo 2 minutes 25
Connectez-vous ou créez votre espace franceinfo pour commenter.