Reportage "La guerre agricole se prépare" : à Rungis, Annie Genevard appelle à produire davantage

La ministre de l'Agriculture a lancé lundi les Conférences de la souveraineté alimentaire, alors que la France importe désormais davantage de produits agricoles qu'elle n'en exporte.

Article rédigé par Edouard Marguier
Radio France
Publié
Temps de lecture : 3min
La ministre de l'Agriculture, Annie Genevard, prône un "grand réveil alimentaire", à Rungis, le 8 décembre 2025. (JULIEN DE ROSA / AFP)
La ministre de l'Agriculture, Annie Genevard, prône un "grand réveil alimentaire", à Rungis, le 8 décembre 2025. (JULIEN DE ROSA / AFP)

"Si nous sommes réunis ici, c'est que la guerre agricole se prépare." La phrase a été prononcée par la ministre de l'Agriculture, Annie Genevard, lundi 8 décembre, au marché de Rungis, en lançant les Conférences de la souveraineté alimentaire. Promises par la loi d'orientation agricole de mars, elles se dérouleront sur plusieurs mois, par filières de production et au niveau régional. Les conclusions sont attendues en juin et doivent définir une stratégie agricole nationale sur dix ans.

Annie Genevard appelle à "un grand réveil alimentaire", car notre balance commerciale alimentaire est désormais déficitaire : nous importons plus d'aliments qu'on en exporte. Sur les neuf premiers mois de l'année, le déficit sur les produits agricoles atteint 350 millions d'euros. Il y a deux ans, c'était encore largement l'inverse 8 milliards d'euros d'excédent.

Par exemple, notre pays achète à l'étranger plus d'un poulet sur deux, ou encore la quasi totalité des tomates qui servent à l'industrie, et les exportations subissent les mesures de protectionnisme des Etats-Unis ou la Chine, notamment. Il faut donc agir vite et produire davantage, plaide la ministre de l'Agriculture. "Quand je dis qu'il faut prendre conscience que nous menons une guerre agricole, c'est une guerre pour la conquête, la reconquête de notre souveraineté", affirme Annie Genevard.

"Moi, je ne suis pas en train de vous dire qu'il faut être dans le protectionnisme. La France n'est pas une île, il faudra aussi s'appuyer sur des importations européennes."

Annie Genevard, ministre de l'Agriculture

à Rungis

"Les pays européens ne sont pas nos ennemis, ce sont nos partenaires, bien sûr. Or, nous, nous ne produisons plus assez. Il y a trop de contraintes qui pèsent sur l'acte de production en France", ajoute la ministre. Elle veut donc des actes forts pour que la France reste la plus grande puissance agricole européenne.

Annie Genevard a été applaudie après son discours. Il est temps, disent la plupart des intervenants, comme ceux de la filière fruits et légumes. Un légume sur deux est importé, ce qui écœure depuis longtemps Marc Guérin, producteur dans le nord du Finistère. "Il y a de belles ambitions, il y a de beaux discours et de belles paroles. Mais c'est ce qu'on dit depuis dix ans et c'est ça qui me déçoit, regrette Marc Guérin.

"Il faut nous écouter plus rapidement et les choses iraient peut-être mieux dans un premier temps."

Marc Guérin, producteur dans le nord du Finistère

à franceinfo

Pour lui, il faut tout mettre sur la table et revoir surtout les incohérences européennes. "Quand vous payez un salarié 13 euros de l'heure en France, en Italie, il est à 6 euros. Et c'est un pays qui fait les fruits et légumes comme nous, assure-t-il. Sur les molécules phytosanitaires : 400 molécules en Europe, 280 en France. Il y a une liste de 400 molécules autorisées par l'Efsa (Autorité européenne de sécurité des aliments), pourquoi ne s'appliquent-elles pas à l'ensemble des pays ?", interroge encore le maraîcher.

L'Efsa autorise effectivement davantage de produits que son équivalent français, l'Anses, l'agence nationale de sécurité sanitaire, accusée de surtransposer les règles de Bruxelles.

Un seul syndicat présent pour le lancement des discussions

Les conférences de la souveraineté alimentaire imposent aux filières de définir une stratégie pour augmenter la production d'ici dix ans, en prenant en compte le contexte international qui se tend et le réchauffement climatique. Les premiers résultats sont attendus pour février, au moment du Salon de l'agriculture, et tout devra être bouclé l'été prochain.

Les syndicats agricoles sont invités à y participer, mais un seul était présent aujourd'hui à Rungis, celui des Jeunes agriculteurs. Son président, Pierrick Aurel, joue le jeu, et espère rapidement "une déclinaison opérationnelle" de la planification agricole. "Pas dans un an, dans deux ans, dans trois ans, mais dans quelques mois, à la fin de ces conférences alimentaires. Si ce n'est pas le cas, évidemment, on le criera haut et fort et on se fera entendre comme on sait le faire", prévient-il.

La FNSEA a boudé le lancement de ses conférences pour la souveraineté alimentaire, dénonçant une opération de communication, mais sera bien présente aux discussions. Quant à la Coordination rurale, elle boycotte la totalité de ces conférences et la Confédération paysanne, troisième syndicat, attend de voir ce qui va se décider dans dix jours à Bruxelles. Les dirigeants de l'Union européenne se prononceront pour ou contre le traité de libre échange avec les pays sud-américains du Mercosur, qui prévoit des importations de produits agricoles.

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