: Reportage Les secrets du festival "Le temps d'aimer la danse" de Biarritz pour toucher tous les publics
Il se déploie jusqu'au 21 septembre dans toutes les salles de spectacle et les espaces publics de Biarritz mais aussi dans 18 communes du Pays basque. Sa programmation volontairement éclectique vise à abolir toutes les frontières. Alors on danse ?
Il est un peu plus de midi dans le Jardin Public de Biarritz, où la 36e édition du festival "Le temps d'aimer la danse" a commencé la veille avec Summerland, la dernière création du chorégraphe Benjamin Millepied. Sous un soleil radieux, des dizaines de spectateurs viennent s'installer sur les bancs et les pelouses entourant le grand podium dressé au milieu du parc. À 12h30, comme chaque jour jusqu'au 21 septembre, une répétition publique permet d'assister aux dernières séances de travail des artistes programmés durant le festival. Ce jour-là, Led Silhouette, un duo de chorégraphes navarrais présente trois extraits de Halley, un spectacle inspiré par la célèbre comète.
Claude, 81 ans, arrive de Poitiers et nous raconte qu'elle vient au festival "depuis 20 ans au moins" sans jamais se lasser. Elle goûte "la programmation, les répétitions publiques, les spectacles gratuits et les films à la médiathèque". Cette année, elle a réservé huit spectacles dont celui-ci. "Je suis contente de voir la répétition avant, explique-t-elle, on comprend mieux les intentions du chorégraphe et puis on fait déjà connaissance avec les danseurs. On les repère et on a envie de les revoir". Elle raconte que "souvent, ils reprennent un mouvement, ils expliquent, c'est vraiment pédagogique."
Sa voisine de banc, Christine, 75 ans, apprécie aussi qu'au festival, "il y ait un atelier danse accessible pour des amateurs". Son amie lui a offert le stage "Gaga", nom d'une technique d'improvisation mise au point par le chorégraphe Ohad Naharin. Camille, 41 ans, habite à Biarritz depuis une dizaine d'années. Elle est professeure de théâtre et pratique la danse en amatrice. "Je viens voir les répétitions publiques des spectacles auxquels je ne peux pas assister, n'étant pas disponible à toutes les dates. Dans un spectacle de danse, il faut que tout soit parfait, il y a quelque chose de l'ordre de l'excellence et ce qui est intéressant, avec la répétition, c'est de voir comment on améliore, de comprendre le travail d'un chorégraphe."
La jeune femme a payé ses places pour les spectacles 30 euros. "Je trouve que c'est hyper correct parce que ce sont de grosses compagnies, il y a beaucoup de danseurs sur scène". Elle précise qu'il y a aussi "plein de trucs gratuits" et adore en particulier la Gigabarre. Cette barre en plein air, sur le promenoir de la Grande Plage de Biarritz réunit chaque année des centaines de participants. Elle est programmée les 13 et 20 septembre à 11h. "L'an dernier, j'avais une femme de 70 ans qui dansait devant moi et une petite fille de 8 ans derrière, se souvient Camille. Je trouve ça merveilleux."
Ancien danseur de la compagnie, Arnaud Mahouy est secrétaire général du Centre chorégraphique national- Malandin Ballet Biarritz. Il accompagne Thierry Malandain, qui quittera ses fonctions à la fin de l'année, sur la programmation et la coordination artistique du festival. Pour lui, la volonté d'ouverture à tous les publics se manifeste effectivement à travers deux grands symboles : Gigabarres et répétitions publiques. "Ce concept de barre géante, aujourd'hui repris dans le monde entier, c'est une grande idée, née ici", appuie-t-il. "C'est magnifique de voir des pratiquants amateurs mélangés aux professionnels des compagnies invitées au festival qui se prennent au jeu. Il y a même des surfeurs qui sortent de l'eau, posent la planche et viennent avec leur combinaison !"
Tous les matins, pendant la durée du festival, des classes entières sont accueillies à Biarritz. "Il y a au moins une dizaine d'écoles de l'agglomération qui participent. Les enfants visitent d'abord l'exposition sur la danse souletine à la Médiathèque, l'une des formes de la danse basque. Ensuite, ils ont un atelier de danse pratique dans un studio dédié, et ça se termine par une rencontre avec une compagnie au Jardin Public", explique Arnaud Mahouy. Aiguiser leur regard et leur goût pour la danse, leur apprendre à faire silence et à respecter les artistes dès le plus jeune âge, lui semble fondamental. "On a la chance d'être au sein de la plus grande agglomération de France, 158 communes, et en même temps l'une des plus jeunes. Il y a une dynamique et une ambition très fortes, depuis cinq ans, de déploiement du festival au niveau du territoire du Pays basque français et espagnol."
Autrefois, le festival se déroulait uniquement dans les trois théâtres de Biarritz. Cette année, il est présent dans 18 autres villes du territoire et ne se déroule pas seulement dans des lieux dédiés au spectacle. "On a la chance au Pays Basque d'avoir des frontons où l'on joue à la pelote, avec des murs et des gradins. Ce sont des théâtres naturels pour y faire de l'art et de la danse, en plus du sport. Grâce au festival, la danse a pris possession de ces espaces", raconte Arnaud Mahouy. Désormais, un spectacle programmé au "Temps d'aimer" peut être itinérant et proposer 4 ou 5 représentations aux quatre coins du Pays Basque.
Pour démocratiser l'accès à la danse et attirer de nouveaux spectateurs, le festival utilise aussi les Jai Alai, d'immenses gymnases avec des milliers de places où l'on joue à la pelote basque. "Ce sont des lieux extrêmement populaires où les gens se rassemblent, relate Arnaud Mahouy. Or ce qui manque à l'intérieur du Pays Basque, ce sont de grands théâtres. Ils sont tous sur la côte. C'est l'une des frontières culturelles du territoire." L'équipe du festival transforme donc ces gymnases en théâtres, installe une scène, des rideaux, des projecteurs pour y inviter de grandes formations. Le Malandain Ballet Biarritz y a déjà dansé ainsi que le ballet de Metz à plusieurs reprises. Cette année, c'est une compagnie basque, Bilaka Kolektiboa, qui se produira, parmi d'autres troupes, dans ces lieux ouverts à tous.
"On s'est rendu compte que c'est vraiment une façon d'amener les gens à la danse. On y voit un public qui ne pousserait pas les portes de la gare du Midi à Biarritz, se réjouit l'ancien danseur. On se dit que si on fait les bonnes choses, aux bons endroits, on touche un public qui ne voit pas nécessairement cette danse là".
300 artistes et 50 techniciens sont mobilisés pendant le festival, financé en grande partie par la Ville de Biarritz, la communauté d'agglomération, les collectivités locales et des mécènes privés, notamment le Fonds Haplotès. Budget global : "un peu plus d'un million d'euros", selon Arnaud Mahouy. Chaque année, un tarif solidaire à 13 euros est proposé aux jeunes de moins de 18 ans, aux étudiants de moins de 26 ans, aux demandeurs d'emploi et aux bénéficiaires des minima sociaux. Le prix des places grimpe à 42 euros maximum, quand le spectacle compte de nombreux danseurs.
L'an dernier, "Le temps d'aimer la danse" a attiré 35 000 personnes. "Pour nous, le succès, c'est qu'il y a un monde fou partout, se réjouit Arnaud Mahouy. Dans les salles, on voit toutes les générations, tous les milieux sociaux, ce qui est loin d'être le cas dans tous les festivals. Aujourd'hui, on a un public curieux, qui va tout voir, du flamenco comme du contemporain, du hip-hop comme du classique. C'est la grande réussite du festival".
"Le temps d'aimer la danse" du 10 au 21 septembre 2026 à Biarritz et dans 18 communes environnantes. 80 rendez-vous sont proposés (spectacles, répétitions, projections de films et de documentaires, ateliers, expositions, bal, conférences, rencontres professionnelles).
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