Reportage Festival de la fiction de La Rochelle : le public ovationne la série "Le Charles" tournée sur le porte-avion Charles de Gaulle

Article rédigé par Carine Azzopardi
France Télévisions - Rédaction Culture
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 5min
Image de la série "Le Charles", projetée en avant-première au Festival de la fiction de La Rochelle. (M6/PRIME VIDEO)
Image de la série "Le Charles", projetée en avant-première au Festival de la fiction de La Rochelle. (M6/PRIME VIDEO)

Un meurtre, une disparition, près de 2 000 personnes enfermées à bord d’un porte-avions nucléaire : la série a transformé les contraintes de ce bâtiment militaire en moteur dramaturgique.

L'immense salle de la Coursive, en plein centre-ville de La Rochelle, était presque pleine pour la première projection mercredi soir, 16 septembre, de la nouvelle série Le Charles co-produite par M6 et Prime Video, et tournée entièrement en mer sur le porte-avions Charles de Gaulle. Et elle lui a réservé un triomphe.

S'offrir ce décor spectaculaire, c'était un rêve de gosse pour le créateur de la série, Henri Debeurme. Un rêve qu'il a confié un jour à la PDG d'UGC, Brigitte Maccioni, sans savoir qu'il allait ainsi entamer une sacrée aventure : "Elle m'a dit qu'elle était sur le porte-avions trois jours plus tôt, raconte-t-il, qu'elle faisait partie de la réserve citoyenne, et que donc, elle pouvait peut-être trouver le numéro du commandant. Ça s'est vraiment passé comme ça. Ensuite, on s'est mis à l'écriture."

Un huis clos spectaculaire

La série se déroule entièrement à bord, en huis clos : alors que la situation internationale se détériore, Héléna Duval, jouée par Elodie Yung, est nommée commandant en second de Daniel Devred (Jacques Gamblin). Leur mission : sécuriser le canal de Suez car un porte-conteneurs français vient tout juste d'être coulé par le tir d'un groupe non identifié.

"Une étincelle, et tout s'embrase", explique le commandant lors de son premier briefing, "cette fois, ce n'est plus seulement une mission de dissuasion pour le Charles." Mais à peine nommée, Héléna Duval doit faire face à une situation exceptionnelle : un membre de l'équipage est retrouvé mort, et selon toute vraisemblance, il ne s'agit pas d'un suicide. C'est le début d'une chasse à l'homme sur le Charles de Gaulle, où il faut à la fois préserver le secret auprès de l'équipage et vis-à-vis de l'extérieur, alors que la mission ne peut être abandonnée.

Equipe de la série "Le Charles" au Festival de la Fiction de La Rochelle le 16 septembre 2026. (AURORE MARECHAL / GETTY IMAGES)
Equipe de la série "Le Charles" au Festival de la Fiction de La Rochelle le 16 septembre 2026. (AURORE MARECHAL / GETTY IMAGES)

L'intérêt de la série présentée au Festival de la fiction n’est pas seulement d’avoir réussi à poser des caméras sur ce navire stratégique. C’est surtout d’avoir trouvé dans son fonctionnement même la matière d’un huis clos policier. La série joue ainsi avec une règle vieille comme le roman noir : si le coupable est forcément dans la pièce, chaque personnage devient suspect.

Tournées en Méditerranée alors que le porte-avions nucléaire français était en plein exercice, les images de la série autour, sur et à l'intérieur du navire sont impressionnantes, et valent le coup d'être vues sur grand écran. La tension est très bien rendue, alors que les équipes n'ont pas eu des conditions de tournage d'une série normale, et pour cause : "Nous étions en train de tourner alors que les rafales décollaient du pont, explique Henri Debeurme, et sur le pont nous avions très peu de temps pendant qu'ils changeaient de matériel. Le tournage a été un chaos impossible, tout changeait quinze fois par jour."

Un clin d'œil à "Top Gun"

Une économie de plans, qui ne nuit pas à l'efficacité du montage selon Alexandra Robin, qui est venue assister à la projection en professionnelle, elle-même étant réalisatrice : "Vu les contraintes de tournage avec notamment les séquences sur le tarmac, ils n'ont pas pu faire cinquante plans, la réalisation a été faite avec une grande intelligence avec des plans qu'on pourrait considérer comme simplistes, mais finalement qui sont très efficaces", nous confie-t-elle à l'issue de la séance.

La série se veut par ailleurs un clin d'œil à Top Gun avec ses plans en vol, clin d'œil assumé par le chef des cuisines qui sermonne ses troupes dans le premier épisode : "Ici c'est Top Gun, pas Top Chef !" Mais contrairement au film avec Tom Cruise, on voit ici réellement comment fonctionnent les coulisses du porte-avions, ce qui n'est pas le moindre mérite de la série.

Je ne suis pas forcément friande de l'univers marin, ce n'est pas mon lieu de prédilection. Mais là ils ont su m'intéresser et m'accrocher du début à la fin.

Eulalie

A Franceinfo Culture

Des images spectaculaires, une intrigue qui fonctionne, et des spectateurs pour la plupart conquis. "Ça se veut ambitieux et ça marche très bien. C'est un thriller mais il y a quand même un peu de légèreté, c'est super, c'est vraiment beau à voir, des très belles images, des très beaux plans, un casting très chouette. Ça donne envie de voir la suite. C’est très intrigant", s'enthousiasme Solveig. Son amie Clothilde, festivalière également, acquiesce : "C'est beaucoup mieux à voir sur grand écran, c'est vrai. En plus, c’est très en phase avec l'actualité parce que c'est le canal de Suez, c'est le Charles de Gaulle, j'espère ça donnera envie aux gens de le voir."

À La Rochelle, parmi les spectateurs, il y a forcément aussi des professionnels qui jugent mal le travail de leurs pairs. C'est de bonne guerre. "Ne donnez pas mon nom, nous dit ce scénariste d'une cinquantaine d'années, mais moi je n'ai pas aimé, je trouve qu'il y a beaucoup de scènes un peu tape à l’œil, et qu'il y a trop de ralentis." Mais l'homme reconnaît tout de même qu'"il y a une grande ambition là-dedans, qui manque un peu trop souvent dans les séries françaises. C'est une ambition très culottée de tourner sur un porte-avions mais je trouve que c'est le danger justement : que le côté un peu spectaculaire du porte-avions ne prenne un peu trop le pas sur l'intrigue."

D'autres, au contraire, ne boudent pas leur plaisir de voir une série française qui sort de l'ordinaire, comme David : "Moi j'ai adoré. J'ai trouvé ça cool. Déjà, c'est un huis clos au milieu de nulle part et puis c'est hyper vivant, et surtout le porte-avions, on n'a pas l'habitude de voir ça. Il y a de belles images et de bons acteurs." Au casting entre autres, Patrick Mille (Le comte de Monte-Cristo), et Alban Lenoir (Lucky Luke) renforcent encore la crédibilité de la fiction.

Antoine Gouy, également acteur dans Le Charles, charrie le créateur et le réalisateur de la série : "Il faut vraiment avoir un cerveau de malade pour imaginer se confronter à des difficultés aussi folles en tournant une série sur un porte-avions." L'équipe confie penser en permanence aux "marins fabuleux" qui les ont accueillis, et qui, quelques semaines après le tournage, ont été déployés au Moyen-Orient du côté du détroit d'Ormuz, soulignant leur "totale dévotion" à leur mission. Le public a également adressé une ovation à ces hommes de l'ombre.

Affiche de la série "Le Charles". (PRIME VIDEO)
Affiche de la série "Le Charles". (PRIME VIDEO)

Le Charles, série en 6 x 52 minutes, créée par Henri Debeurme et Mathilde Arnaud, avec Elodie Yung, Alban Lenoir, Patrick Mille, Jacques Gamblin… Diffusée sur Prime Video et M6 fin 2026.

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