Entretien "On se sent investis d'une responsabilité", soutient le footballeur palestinien Yaser Hamed avant le match "pour la paix" contre le Pays basque

L’équipe de Palestine affronte la sélection non-officielle du Pays basque, samedi, à Bilbao, dans un match amical "pour la paix", selon les organisateurs, devant près de 50 000 personnes.

Article rédigé par Hortense Leblanc
France Télévisions - Rédaction Sport
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 6min
Le footballeur palestinien Yaser Hamed, à Bilbao, le 14 novembre 2025. (Hortense Leblanc)
Le footballeur palestinien Yaser Hamed, à Bilbao, le 14 novembre 2025. (Hortense Leblanc)

Les drapeaux de la Palestine et du Pays basque flottent fièrement sur la façade d'une résidence universitaire de Bilbao, où la sélection palestinienne à pris ses quartiers pour quelques jours. Les Lions de Canaan, le surnom de ses joueurs, vont disputer un match en Europe pour la première fois de leur histoire, samedi 15 novembre, contre la sélection du Pays basque, non reconnue par la Fifa. 

Ils ont été invités par la fédération basque à jouer ce match "pour la paix", à San Mames, le stade de l'Athletic Bilbao, qui va faire le plein pour la rencontre alors que les bénéfices seront reversés à des ONG qui viennent en aide au peuple palestinien. Dans un contexte géopolitique qui reste tendu, la partie sera hautement symbolique pour les joueurs palestiniens. Surtout pour Yaser Hamed, défenseur central qui évolue à Al-Gharafa (34 sélections), mais qui est né au Pays basque et a été formé à Bilbao. Franceinfo: sport l'a rencontré. 

Franceinfo: sport : Pour votre équipe, que signifie ce premier match en Europe, contre le Pays basque ?

Yaser Hamed : Pour nous, ce premier match en Europe est très important. En portant nos couleurs, c'est l'occasion de transmettre un message très important au monde entier, pour trouver une solution de paix en Palestine. Il y a aussi un enjeu de récolter le plus d'argent possible pour aider notre pays. C'est très émouvant, incroyable, et on espère vivre ce moment historique avec beaucoup de monde. 

Depuis le début de la réponse israélienne aux attaques du 7 octobre 2023, dans un contexte de guerre à Gaza, la fierté de porter le maillot palestinien est-elle décuplée ? 

Je défends les couleurs de la sélection depuis 2019, et c'est vrai que les deux dernières années ont été les plus dures pour la Palestine. On se sent investis d'une responsabilité quand on porte ce maillot, encore plus ces derniers temps, car nous sommes les représentants de millions de personnes qui ne peuvent pas donner de la voix. On veut forcément faire de notre mieux pour amener la Palestine le plus haut possible et les aider.

La situation à Gaza s'est calmée ces dernières semaines avec le cessez-le-feu, mais pour vous, est-ce difficile de vous concentrer sur le football ?

C'est sûr que les actualités sont dramatiques, tragiques. Personnellement, j'ai perdu des membres de ma famille, comme tous mes coéquipiers. Ce sont des moments difficiles, donc on essaye de se soutenir tous ensemble. Mais au final, nous sommes des joueurs de foot professionnels, on doit mettre cela un peu de côté ou alors s'en servir comme d'une motivation supplémentaire sur le terrain, pour se battre sur chaque ballon avec le cœur, et placer la Palestine le plus haut possible.  

Quand votre sélection se réunit, où le fait-elle ? Est-il possible de se réunir en Palestine ? Depuis quand votre équipe n'a-t-elle pas joué en Palestine ? 

Je pense que c'était en 2021 (le 24 juin 2021, contre les Comores). Je me souviens aussi avoir joué un match historique contre l'Arabie Saoudite, en qualifications pour le Mondial. Jouer avec ton public, c'est incroyable, et pour nous c'est un handicap de ne pas avoir le soutien de nos supporters. On n'a pas leur énergie. Aujourd'hui, on se réunit toujours dans d'autres pays. Le Qatar est l'un des pays qui nous accueille le plus, et pour moi c'est comme ma deuxième maison. Le Koweït et la Jordanie aussi, on reçoit des équipes là-bas et au final on s'y sent comme à la maison.

Ces derniers mois, le Pays basque a particulièrement montré son soutien au peuple palestinien, comme lors de la Vuelta. Cela vous a touché ?

Oui, nous avons reçu du soutien de toute l'Espagne, et spécialement au Pays basque où ça a été spectaculaire. Depuis que nous sommes arrivés à Bilbao, nous avons été très bien accueillis. Dès l'aéroport, beaucoup de monde nous a témoigné son soutien, et ce que nous allons vivre samedi à San Mames va être incroyable. Je pense que ce sera la première fois qu'une telle chose va se produire, j'espère que les images vont faire le tour du monde, tout comme notre message de vivre ensemble.

"J’espère qu’il y aura un avant et un après ce match pour la Palestine."

Yaser Hamed, footballeur palestinien

à franceinfo: sport

On dit pourtant parfois que le football ne doit pas être politique, pensez-vous que le match de demain peut avoir un impact ? 

Oui, le football est un sport très très populaire à l'échelle mondiale. C'est un outil pour nous, toujours de manière pacifique, pour élever notre voix pour la Palestine, pour aider notre peuple. Les Palestiniens suivent beaucoup le foot, ils nous suivent depuis la Palestine, même depuis Gaza, on a leur soutien qui est précieux. 

Jouer ce match au Pays basque est-il aussi un moyen pour vous de remercier le peuple basque pour son soutien ? 

Clairement. C'est la première fois que l'on vient jouer en Europe, et il y a toujours eu une bonne relation entre le Pays basque et la Palestine. Il y a ce sentiment d'identité partagé, de liberté aussi, beaucoup de similitudes. Donc nous voulons remercier le Pays basque pour ce soutien extraordinaire, jamais vu, donc nous sommes très contents et motivés pour ce match. Et on espère qu'à son tour, la sélection du Pays basque sera reconnue, que ce match pourra l'aider à l'être, et qu'elle pourra tenter un jour de se qualifier pour le Mondial.

Parfois, les matchs amicaux ne le sont pas tant, il peut y avoir de la rivalité. Mais samedi, on peut parler d'un match amical entre deux vrais amis ? 

Oui, même s'il n'y aura plus d'amis une fois que l'arbitre aura sifflé le coup d'envoi. Les deux sélections vont essayer de gagner, mais l'important c'est que tout le public soit content et passe un bon moment, le meilleur gagnera. Il y aura plus de 50 000 personnes, qui vont aussi agiter notre drapeau palestinien, c'est quelque chose qui va être incroyable et unique. Ma famille et mes amis seront là aussi, je pense qu'on aura les émotions à fleur de peau, ce sera un moment très émouvant, on en aura des frissons.