"Une forme d’esclavage moderne" : ce que l'on sait de la plainte d'une famille pour "trafic d'êtres humains" contre le joueur du PSG Lucas Hernandez

Cette famille de cinq ressortissants colombiens travaillait pour l'international et son épouse depuis 2024. Aujourd'hui, elle accuse le couple de l'avoir employée en dehors de tout cadre légal.

Article rédigé par franceinfo avec AFP
France Télévisions
Publié
Temps de lecture : 4min
Lucas Hernandez lors d'un match du PSG contre Lille, le 16 janvier 2026, au Parc des Princes, à Paris. (VICTOR JOLY / AFP)
Lucas Hernandez lors d'un match du PSG contre Lille, le 16 janvier 2026, au Parc des Princes, à Paris. (VICTOR JOLY / AFP)

L'avocate des plaignants, Lola Dubois, dénonce une situation qui "s'apparente à une forme d'esclavage moderne". Le joueur du PSG et de l'équipe de France Lucas Hernandez et son épouse, Victoria Triay, sont accusés de trafic d'êtres humains et de travail dissimulé après la plainte d'une famille colombienne, révélée par Paris Match, et confirmée par le parquet de Versailles à l'AFP, mercredi 21 janvier. L'enquête a été confiée à la brigade de recherches de Saint-Germain-en-Laye, a précisé le ministère public. 

Un père, une mère et leurs trois enfants, employés pendant près d'un an par le défenseur international du club parisien et son épouse, affirment avoir travaillé pour eux en dehors de tout cadre légal. Le couple Hernandez conteste les faits. Voici ce que l'on sait de cette affaire. 

Une première arrivée en France "en situation irrégulière"

La rencontre entre le couple Hernandez et la famille ayant déposé plainte date de juin 2024, relate Paris Match : à l'époque, Victoria Triay fait la connaissance de Marie (son prénom a été modifié par le magazine), qui est alors son infirmière, en Colombie. L'épouse de Lucas Hernandez propose à Marie de venir travailler pour eux en France, rapporte la jeune femme de 27 ans, et lui promet qu'elle obtiendra "des documents légaux dans les six mois".

Marie explique être arrivée en France en septembre 2024. Elle a alors pris ses fonctions au domicile du couple dans les Yvelines. "Je suis arrivée en situation irrégulière. Les documents n’avaient pas encore été préparés. Elle [Victoria Triay] disait qu’ils parlaient avec leurs avocats pour m’aider, mais rien n’a jamais été fait", détaille-t-elle à Paris Match.

"Aucun jour de repos ni vacances"

D'après le récit de Marie, sa mère, son père et ses deux frères sont ensuite arrivés par vagues, entre septembre et octobre 2024. Marie et sa mère, âgée de 48 ans, ont été employées comme femmes de ménage, cuisinières et nourrices, rapporte l'hebdomadaire. La jeune femme affirme qu'elles étaient toutes deux payées 2 000 euros mensuels pour travailler du lundi au dimanche, "24 heures sur 24" pour Marie et "de 9 heures à 21 heures" pour sa mère.

Le père de Marie et ses deux frères étaient employés comme agents de sécurité et de gardiennage. Ils travaillaient "de 8 heures à 20 heures, du lundi au dimanche", selon Paris Match, pour des rémunérations allant de "500 à 1 000 euros" pour le fils mineur et jusqu'à 3 000 euros par mois pour le père. "Au total, chaque membre de la famille effectue des semaines oscillant entre 72 et 84 heures de travail, voire davantage, sans aucun jour de repos ni vacances", rapporte le journal.

Les trois hommes affirment par ailleurs avoir été contraints de porter des armes pour protéger la famille Hernandez : "un pistolet d’alarme SIG Sauer P320, un Taser et du gaz lacrymogène", cite l'hebdomadaire. Marie atteste que, lors d'une tentative de cambriolage en décembre 2024, son père a "dû tirer" pour faire fuir les malfaiteurs.

Pas de fiches de paie, des salaires versés en liquide

Ces embauches n'auraient fait l'objet "d'aucune déclaration préalable, ni sociale, ni fiscale", pointe Paris Match, rapportant qu'aucune fiche de paie n'était établie et que les salaires étaient versés en liquide. Ces conditions de travail, malgré des "avantages en nature" liés à l'opulence et au train de vie du couple, combinées à la "vulnérabilité économique" de la famille, font que leur situation "s'apparente à une forme d'esclavage moderne", estime leur avocate, Lola Dubois, auprès de l'AFP. Les plaignants affirment avoir reçu de la part du couple Hernandez de "fausses cartes d’identité espagnoles", destinées à "donner l’apparence d’une situation parfaitement légale".

"Ils exploitent les immigrés et leurs familles, promettent une régularisation qui n’arrive jamais et nous traitent comme des esclaves".

Marie, l'une des plaignantes

à "Paris Match"

L'avocate de la famille colombienne précise que des contrats de travail ont bien été établis "un an après la prise de poste", en octobre 2025, mais estime qu'ils l'ont été "pour donner l'impression d'une situation régulière".

Le couple Hernandez assure avoir été "manipulé"

Dans un communiqué à l'AFP, le champion du monde français 2018 et son épouse affirment de leur côté avoir été "manipulés" et n'avoir "jamais agi avec une intention malveillante ni dans le mépris de la loi". "Ces personnes ont partagé notre vie avec respect et dignité", écrivent-ils, qualifiant les faits d'"épreuve profondément douloureuse".

Ils évoquent une "confiance trahie" et déclarent, au sujet des membres de cette famille, les avoir "aidés, soutenus et crus" lorsqu'ils leur "ont assuré être en cours de régularisation de leur situation. Cette affaire est désormais traitée par les voies juridiques appropriées, là où les faits (...) ont leur place", souligne le couple, appelant "à la décence, à la retenue et au respect". Contacté par l'AFP, le PSG n'a pas réagi dans l'immédiat.

Vous pouvez désormais privilégier l'affichage des articles de franceinfo dans les résultats de recherche Google. Comment ça marche ?

ajouter comme source préférée (Nouvelle fenêtre)