: Récit Ski de bosses : quatre jours en apnée pour Perrine Laffont, entre renaissance olympique et nouvelle désillusion aux Jeux de Milan Cortina
Après avoir décroché le bronze en milieu de semaine, à Livigno, sur l'épreuve du ski de bosses, la championne olympique 2018 a connu une nouvelle désillusion, samedi, lors de la course parallèle.
Quatre jours pour toucher le ciel, et retomber brutalement. Elle l'avait annoncé avant même de s'élancer : ces Jeux olympiques de Milan Cortina seraient une succession "d'ascenseurs émotionnels". A Livigno, Perrine Laffont en a fait l'expérience la plus crue. Mercredi, la Française retrouvait les sommets d'un podium olympique avec une médaille de bronze arrachée au bout du suspense en ski de bosses. Samedi 14 février, elle s'effondrait à nouveau au pied de la boîte, quatrième en parallèles, comme sur les bosses à Pékin quatre ans plus tôt. Entre renaissance et rechute, larmes de joie et de désillusion, récit d'une semaine à double tranchant.
La résurrection olympique : du bronze qui vaut de l'or
Mercredi 11 février. Perrine Laffont ne dispute pas seulement une finale olympique. Elle affronte deux mois de doutes, une blessure qui a tout remis en question, et cette petite voix intérieure qui s'était déjà manifestée à Pékin. "Il y a encore deux mois, on ne savait pas où on allait, il y avait beaucoup de doute, confiera-t-elle plus tard. On ne savait même pas si ça allait le faire pour les Jeux." Tout au long de la journée, la tension est palpable. Pas tant dans les résultats que dans les émotions. Chaque passage semble peser plus lourd que le précédent. Quand la Française termine au bord de l'élimination, elle s'excuse presque. "Pardon les gars, j'ai raté", glisse-t-elle au staff, persuadée que l'histoire va s'arrêter là.
Puis, le scénario bascule. Le destin s'en mêle. Une dernière chance s'ouvre, avec un maintien inespéré parmi les huit qualifiées. Et Perrine Laffont change de posture. Moins de démonstrations, plus de contrôle. "Ce n'était pas le run le plus spectaculaire de sa carrière, mais c'était celui qu'il fallait faire", résumera son entraîneur Albert Bédouet. Un run de survie. Un run de championne.
Quand le verdict tombe, la médaille de bronze à la clé, les émotions débordent. Les larmes arrivent avant même la compréhension. "Je vais avoir du mal à le réaliser", avoue-t-elle, submergée. "Ça a été un ascenseur émotionnel. Comme quoi, il faut toujours y croire jusqu'au bout." Ce bronze, elle ne le vit pas comme une médaille au rabais, mais comme une victoire intérieure : "Il vaut tout l'or du monde", insiste-t-elle.
Autour d'elle, les proches craquent à leur tour. Sa mère parle d'"or diamant", tellement fière, soulagée, de voir sa fille, "une vraie combattante", renaître de ses cendres.
"Depuis quatre ans et la désillusion de Pékin, il a fallu passer par des moment difficiles pour en arriver là aujourd’hui. Il a fallu l'avaler... [elle se coupe, très émue] Elle ne s'est pas avalée tout de suite. Il a fallu au moins deux ans !"
Dominique, la mère de Perrine Laffontà franceinfo: sport
Son grand-père "Dédé", déjà présent en 2018 à Pyeongchang, nous avoue même n'avoir jamais vécu une compétition aussi éprouvante, "le cœur n'ayant jamais connu un tel palpitant" devant les runs de sa petite-fille. Huit ans après son titre olympique, Perrine Laffont est de retour sur un podium des Jeux. Une résurrection.
Le parallèle, ou le retour brutal de ses démons
Trois jours plus tard, le décor tranche largement. Le ciel blanc s'est refermé sur la station lombarde. La neige tombe sans discontinuer, la visibilité est mauvaise, la piste devient piégeuse et de nombreuses skieuses chutent ou sortent de piste. Cette fois, il ne s'agit plus d'une finale au long cours, mais de duels secs, sans appel. Le ski de bosses parallèles, pour la première fois au programme olympique, ne pardonne rien.
En début de journée, on apprend que Perrine Laffont ne se sent pas bien, et des larmes coulent avant même son entrée en lice. Comme si le corps et la tête refusaient de suivre le même chemin. En demi-finale, elle sort du tracé, presque incrédule. Le visage se ferme. Il ne reste plus qu'une petite finale, et l'espoir fragile d'une nouvelle médaille de bronze.
La pire des places, encore
Face à l'Américaine Elizabeth Lemley, championne olympique en bosses trois jours plus tôt, la bataille est totale. Perrine Laffont domine, mais commet une nouvelle erreur, sur le premier saut. Le verdict est terrible : 18-17 contre elle. Quatrième. Encore. Au pied du podium, comme à Pékin en 2022. Effondrée, épuisée, la Française peine à comprendre : "Je gagne largement au temps, mon ski est propre… C'est dur d'accepter un sport à jugement dans ces moments-là", lâche-t-elle, avant de fondre en larmes. Cette fois, les larmes de la détresse.
Cette quatrième place ravive les démons du passé, malgré tout le travail entrepris depuis quatre ans. L'introspection, la reconstruction, l'accompagnement mental, les nouvelles méthodes, jusqu'à la danse classique pour retrouver d'autres sensations. Ça avait fonctionné mercredi. Samedi, ça n'a pas suffi. Battue, et presque abattue, Perrine Laffont, les yeux toujours aussi rougis, se souvient dans un moment de lucidité, ce qu'elle a dû endurer pour en arriver là.
"C'est sûr que toutes les filles qui sont sur le podium, ça fait deux mois qu'elles s'entraînent, quand moi j'ai été blessée. Donc on ne joue pas dans la même cour."
Perrine Laffont, 4e du ski de bosses parallèles aux JO 2026en zone mixte, le 14 février 2026
"La quatrième place, c'est la pire", souffle, désabusé, son coach Albert Bédouet qui veut tout de même retenir le positif de cette semaine hors du commun. "Mais quelle championne ! Blessée en début de saison, médaillée olympique en simple, encore à un point du podium en parallèle…" A Livigno, Perrine Laffont aura tout vécu. La lumière et l'ombre. L'ivresse et la chute. Les Jeux olympiques dans ce qu'ils ont de plus beau… et de plus cruel.
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