Jean-Pierre Jeunet dit "merci à Netflix", qui diffuse dès vendredi son prochain film "BigBug" boudé ailleurs
Le réalisateur français dont le prochain long-métrage sort vendredi en streaming, étrille un monde du 7e art dominé par le "marketing" et dit "merci à Netflix".
Après neuf ans d'absence, le réalisateur français Jean-Pierre jeunet est de retour. Pas sur grand écran mais sur Netflix, le géant américain du streaming, qui diffuse à partir de vendredi 11 février son nouveau long-métrage, BigBug. Cette comédie dystopique sur fond de guerre entre humains et robots, avec Elsa Zylberstein, Isabelle Nanty et Dominique Pinon (deux de ses acteurs fétiches), "presque personne n'en a voulu en France", déplore-t-il.
"J'ai frôlé la dépression, j'étais très déprimé à l'idée de ne pas pouvoir tourner", confie à l'AFP le réalisateur du film culte Le fabuleux destin d'Amélie Poulain (2001), un des plus gros succès commerciaux mondiaux pour un film français.
"Trop décalé donc trop risqué" lui a-t-on rétorqué
Pour Jean-Pierre Jeunet, la sortie de BigBug, qui se déroule en 2045 et met en scène un soulèvement de robots dans un monde où l'intelligence artificielle est omniprésente, a été un parcours du combattant.
"Concrètement, personne n'en a voulu en France. J'ai entendu les mêmes mots, les mêmes phrases que pour Delicatessen (1991, son premier long-métrage, ndlr) et pour Amélie: c'est trop bizarre, trop décalé. Donc trop risqué", affirme-t-il. Alors que le projet s'apprête à tomber à l'eau, le réalisateur de 68 ans reçoit un coup de fil du géant américain du streaming : "ils ont dit oui au projet en 24 heures. Merci Netflix!", dit-il.
Avec Jean-Pierre Jeunet, Netflix s'offre un nouveau grand nom du cinéma mondial dont la filmographie cumule près de 21 millions d'entrées rien qu'au box-office tricolore. D'Alfonso Cuaron en 2018 avec Roma, au western de Jane Campion The Power of the Dog, actuellement en tête des nominations aux Oscars, en passant par The Lost Daughter de Maggie Gyllenhaal d'après un roman de Elena Ferrante, Netflix investit plus que jamais dans le 7e art.
Si les derniers films du réalisateur n'ont pas connu les succès des précédents (moins de 700.000 entrées pour T.S. Spivet (2013) contre près de 4,5 millions pour Un long dimanche de fiançailles (2004) ou près de 9 millions pour Amélie Poulain), le nom du réalisateur bénéficie d'une aura au sein du cinéma mondial.
Pour Jeunet "le monde change, il faut s'adapter"
Pourtant, la plateforme continue d'être mal vue par nombre de réalisateurs pour qui la sortie en salles de leur films est un préalable indispensable avant d'atterrir sur les plateformes. Un faux débat pour Jean-Pierre Jeunet pour qui "les choses ne se remplacent pas, elles s'additionnent": "les plateformes n'ont pas remplacé le cinéma, qui n'a pas remplacé le théâtre. Il y aura toujours des films en salles pour les grands films. Le monde change il faut s'adapter".
Et de dénoncer l'hypocrisie d'une industrie où "le marketing a pris le pouvoir et maintenant, les décisionnaires sont des gens qui sortent d'écoles de commerce et qui vous expliquent comment faire un film".
"Un demi-milliard de spectateurs potentiels"
Mais surtout pour le réalisateur, finie l'angoisse de la sortie en salles: "Dès qu'un film sort, on a les yeux rivés sur le nombre d'entrées. Quand on vous dit il y a 200 spectateurs, c'est une catastrophe. Là, il y a un demi-milliard de spectateurs potentiels puisqu'ils ont (environ 220) millions d'abonnés. Si 1% le regarde, ça fait beaucoup de monde", souligne-t-il.
"Quand j'ai commencé à signer avec Netflix, on se moquait de moi. On me disait : tu devrais pas et aujourd'hui, tout le monde m'appelle pour me dire qu'ils ont envie d'y aller", dit-il.
S'il assume avec BigBug une rupture sur la forme, le fond reste du Jeunet tout craché: "Ceux qui aiment mon travail vont adorer; ceux qui ne l'aiment pas vont adorer détester", ironise-t-il. Surnaturel, enfance, imaginaire : Jean-Pierre Jeunet revient à ses sujets fétiches avec une obsession, "faire des films qui sont plaisants et ludiques". Et d'enfoncer le clou : "il y a deux sortes de réalisateurs: ceux qui se renouvellent constamment, mais qui n'ont pas de style. Et il y a ceux qui font toujours le même film, en quelque sorte: Tim Burton, Woody Allen ... Je m'inscris plutôt dans cette tradition. Au risque de lasser plus vite, c'est vrai".
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