Festival de Cannes 2025 : Jafar Panahi dédie la projection de son film "Un simple accident" à "tous les artistes iraniens qui ont dû quitter l'Iran"
Le film "Un simple accident", nouvel acte de résistance du réalisateur iranien Jafar Panahi, était présenté en compétition mardi après-midi à Cannes.
Après Trois visages en 2018, Prix du scénario à Cannes, le réalisateur Jafar Panahi fait son retour en compétition avec Un simple accident, un film bouleversant sur les conditions des prisonniers "politiques" dans les geôles du régime des mollahs.
À l'issue de la projection, le réalisateur, ému, a dédié cette séance cannoise "à tous les artistes iraniens contraints de quitter leur pays, dispersés partout dans le monde, et dont je ne doute pas qu'ils peuvent faire des films bien plus forts, bien plus beaux que les miens", a assuré Jafar Panahi.
Au côté de son équipe, acteurs et actrices en larmes, il a déclaré se sentir "saisi d'une étrange sensation", proche de celle qu'il a ressentie quand il a été libéré de prison, après sa détention entre le 11 juillet 2022 et le 3 février 2023.
"Quand j'ai été libéré, mes amis m'attendaient à la sortie, mais je ne pouvais pas me réjouir en pensant à tous ceux qui étaient restés derrière ces grands murs. Aujourd'hui, je ressens un peu la même chose. Il m'est difficile de me sentir heureux et libre, en sachant que tant de gens sont encore enfermés entre les murs des prisons", a-t-il ajouté.
Dans ce nouveau film, tourné clandestinement à Téhéran, le réalisateur raconte le martyre des prisonniers iraniens à travers une épopée en camionnette. Dans cette estafette se trouve un homme que Vahid, un ouvrier autrefois arrêté parce qu'il réclamait simplement qu'on lui paie son salaire, a reconnu comme son tortionnaire, au petit grincement de la prothèse de sa jambe. L'homme a torturé, humilié, violé.
Comment rester humain ?
Dans la camionnette, avec Vahid, une future mariée, dans sa robe, son mari, leur photographe et un autre homme, tous anciennes prisonnières et anciens prisonniers, qui ont eu à subir la violence de celui qu'ils appelaient "La guibole". Ils l'ont tous reconnu, mais ils attendent ses aveux.
Cette quête de la vérité prend une tournure rocambolesque, aux détours de laquelle le réalisateur iranien en profite avec une pointe d'ironie pour croquer les travers de la société iranienne, notamment la corruption, qu'il dénonce a coup de savoureux running gags.
L'homme enfermé dans le coffre de la camionnette a une petite fille et une femme sur le point d'accoucher. C'est à la suite d'un simple accident, en voiture et en famille, qu'il a été reconnu par Vahid. Que décideront les victimes pour réparer le passé ? Comment ne pas céder à la haine, comment ne pas être "comme eux" ? Comment rester humain ? C'est toute la question posée par ce film qui touche à l'universel, et qui ferait une si belle Palme d'or.
Jafar Panahi sait mettre de la beauté, de la drôlerie, de la poésie pour dire avec toute la puissance du 7e art les tragédies humaines. L'art comme acte de résistance prend avec son cinéma profondément humaniste tout son sens. "J'espère de tout cœur voir advenir ce jour où nous pourrons tous rentrer en Iran et construire main dans la main notre pays", a conclu le réalisateur avant de quitter la salle, ovationné par le public.
La fiche
Genre : Drame
Réalisation : Jafar Panahi
Titre original "Yek Tasadef Sadeh"
Avec : Vahid Mobasheri, Maria Afshari, Ebrahim Azizi
Pays : France, Luxembourg, Iran
Durée : 1h41
Sortie : 10 septembre 2025
Distributeur : Memento
Synopsis : Après un simple accident, les événements s'enchaînent...
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