Mangas : la fin de "Captain Tsubasa", son adaptation en film, le foot business... Yôichi Takahashi nous dit tout

Japan Expo Sud a lieu jusqu’au 23 février 2025 au parc Chanot, à Marseille. Yôichi Takahashi, l’auteur du manga "Captain Tsubasa" ("Olive et Tom") sera présent pour cette 15e édition. franceinfo l’a rencontré.

Article rédigé par Laetitia de Germon
Radio France
Publié
Temps de lecture : 6min
Yôichi Takahashi, l'auteur du manga "Captain Tsubasa" (Olive et Tom) (© Japan Expo / Games of Com)
Yôichi Takahashi, l'auteur du manga "Captain Tsubasa" (Olive et Tom) (© Japan Expo / Games of Com)

Yôichi Takahashi, l’auteur du manga Captain Tsubasa, dont l’adaptation en animé en 1983 a donné naissance à la série culte Olive et Tom, a annoncé sa retraite en 2024. Il continue malgré tout à dessiner son manga qu’il veut absolument terminer. "J’ai pris ma retraite, mais je publie toujours dans des magazines. Je continue les histoires de Tsubasa sur internet, je dessine juste avec des croquis" sans coloration.

franceinfo : Vous avez conclu "Captain Tsubasa" avec "Rising Sun". Aviez-vous envisagé un autre arc narratif ?

Yôichi Takahashi : Il n’y avait pas d’autres histoires que Rising Sun. Je l’ai conçue parce qu’il fallait apporter une fin à Tsubasa, parce que j'ai pensé qu’à mon âge il fallait que je puisse m'arrêter, parce que je ne peux pas continuer à encrer indéfiniment les dessins. Par contre, je peux continuer à dessiner au crayon, d'où l'idée de continuer malgré tout en publication web.

Captain Tsubasa : Rising Sun Finals (à ne pas confondre avec le précédent arc Captain Tsubasa: Rising Sun The Final) (© 高橋陽一/集英社)
Captain Tsubasa : Rising Sun Finals (à ne pas confondre avec le précédent arc Captain Tsubasa: Rising Sun The Final) (© 高橋陽一/集英社)

Est-ce que pendant ces 40 ans vous avez été confrontés à des difficultés particulières ?

Je dessinais des mangas par bloc de 20 pages qui étaient prépubliées dans des magazines, tous les mangas fonctionnent avec ce système de prépublication. Moi, c'était dans Shonen Jump, et il y a toujours ce système d'enquête où les lecteurs disent quel manga ils ont préféré ou pas, telle semaine. C'est selon l'ordre de préférence que l'ordre d'apparition des mangas dans le magazine se fait. Cela a toujours été très très dur de, non seulement être capable de tenir ce rythme, mais en plus d'être dans cette lutte, cette compétition, parce que lorsqu'on tombe en défaveur des lecteurs, les magazines sont très froids et implacables. Ils arrêtent le manga même en cours d'histoire. C'est assez dur. Il y a des histoires que je n'ai pas pu faire à cause de ce système. Je suis très content d'avoir réussi à survivre malgré tout aussi longtemps avec ce système là, mais il y avait des frustrations.

Pourquoi ce choix de continuer votre manga sur internet ? Est-ce un moyen d’aller au bout de votre histoire avec moins de pression ?

Le système d’enquête ne m'a pas vraiment affecté sur Rising Sun parce que c’est un manga que j'ai prépublié dans mon magazine. Ce qui était embêtant avec Rising Sun c’est que je n’arrivais pas à avancer assez vite dans l'histoire, parce que ce qui me prenait de plus en plus de temps avec l'âge, c'est d'encrer, de finaliser les planches. Avec ce système-là, de prépublication de croquis, j'arrivais à avancer trois fois plus vite. Ce qui fait que je pense que je pourrais terminer l'histoire à un moment en utilisant ce système. Là, on est à la demi-finale des Jeux olympiques et je pense qu’on va pouvoir aller jusqu’au bout.

Captain Tsubasa : Rising Sun Finals (© 高橋陽一/集英社)
Captain Tsubasa : Rising Sun Finals (© 高橋陽一/集英社)

Comment occupez-vous vos journées ?

En termes d’activités artistiques, ce manga est la seule chose que je fais, au-delà je gère une équipe de foot. J'en suis le dirigeant, le représentant, donc j'ai pas mal d'activités liées à ce club. Cela fait maintenant 11 ans que ce club existe, ses activités augmentent au fur à mesure et l'objectif c'est d'atteindre la J1 League (le championnat du Japon de football professionnel masculin).

"Le foot est vraiment devenu un gros business où l'argent a pris une énorme place. L'idéal ce serait que les enfants qui jouent au foot réussissent à ramener cette pureté quand ils grandiront."

Yôichi Takahashi

à franceinfo

Le foot a beaucoup évolué, que ce soit dans le comportement des joueurs ou dans la gestion des clubs. Qu’en pensez-vous ?

Il est vrai que le foot est vraiment devenu un gros business où l'argent a pris une énorme place. Ce n'est pas quelque chose qui me plaît forcément. Après, il faut savoir que le foot est quelque chose qui est fait à grande échelle. Il y a l'activité professionnelle, il l'activité en haut, mais il y a toujours aussi une très grande activité amateur au niveau du foot. Par exemple, on a des clubs où les enfants participent et qui ont encore justement cette approche qui est pure et que le business a un peu enlevé. L'idéal ce serait que ces enfants réussissent à ramener cette pureté dans le foot quand ils grandiront.

Je pense que ce serait dommage que le football perde toutes ses valeurs. Je pense que l'une des raisons pour laquelle le foot continue à encore à susciter les passions, c'est parce que il en perdure, l'idée, ce serait vraiment bien que les clubs réussissent à rester fidèles à ces principes et surtout, j'espère qu'ils arriveront à mettre en avant les joueurs et le reste ensuite.

Pensez-vous qu’il y aura un jour un film sur "Captain Tsubasa" qui se déroulerait dix ans après la fin de l’histoire et où on découvrirait ce que sont devenus les personnages ?

Il y a des projets comme celui-là pour lesquels j’ai été contacté. Il y a des discussions qui vont dans ce sens. J’aimerais bien que cela arrive, donc c’est en cours. Il y aurait peut-être un côté spin-off et avec les effets spéciaux de maintenant ce serait bien de voir les techniques de Tsubasa et des autres joueurs apparaître en live.

Qu'est-ce que cela vous fait de rencontrer autant de fans en dehors du Japon ?

La France est vraiment le deuxième pays après le Japon à suivre les mangas et les fans français sont vraiment passionnés ça me fait toujours plaisir de les voir. Il y a 2 ans déjà j'étais venu pour un événement à Monaco et j'avais vu leur passion, je suis vraiment toujours ravi et très honoré de pouvoir voir à quel point ils aiment mes œuvres. Cela me surprend toujours de voir autant de fans. Il y a des fans parfois pour des dédicaces qui viennent avec les premières éditions japonaises. Je me demande toujours comment ils ont réussi à les obtenir.

Yôichi Takahashi est présent à Japan Expo Sud jusqu’au 23 février 2025 au parc Chanot, à Marseille.