France Info au cœur de la Silicon Valley : entre business et rêve d'immortalité

REPORTAGE par Célia Quilleret lundi 10 novembre 2014 15:34, mis à jour le mardi 11 novembre 2014 à 07h29
Carin Watson de la Singularity University
Carin Watson est l'une des responsables de la Singularity University. Cette salle est remplie de robots et d'imprimantes 3D. © C.Quilleret /RF

France Info a décidé de se plonger au coeur de la Silicon Valley. Il y a là-bas deux des meilleures universités mondiales, Stanford et Berkeley. Ce sont des universités très innovantes. Mais il n'y a pas qu'elles. A 50 kilomètres au sud de San Francisco, se cache sur le campus de la NASA la "Singularity University".

Un endroit un peu particulier. Ce n'est pas une université académique mais plutôt un temple du progrès technologique. Il s'agit ni plus ni moins d'inventer le monde de demain pour "changer la vie d'un milliard d'êtres humains".
  
Cette "Singularity University" a été créée par les tenants du transhumanisme, un courant de pensée qui vise à augmenter les capacités humaines grâce à des robots notamment. La "singularité" désigne le moment où l'intelligence artificielle dépassera l'intelligence humaine. Ce pourrait être en 2030. L'un des créateurs de cette université, Ray Kurzweil, est très connu en Californie. Il est aujourd'hui directeur de l'ingéniérie de Google. Le slogan de l'université, affiché en grand, est "change or die", en toute simplicité, c'est-à-dire "change, ou sinon tu meurs".

Singularity University : 3D
Dans cette école, on apprend qu'on peut imprimer des organes en 3D pour les greffer. © C.Quilleret / RF

 
C'est une école du progrès qui forme des milliers d'étudiants et de chefs d'entreprise. Trois mille sont déjà passés par là. Ils viennent pour des sessions de dix semaines, assistent à des conférences des grands gourous de la Silicon Valley et ils travaillent dans des laboratoires remplis de robots et d'imprimantes 3D. L'idée est par exemple d'imprimer un organe humain en 3D pour le greffer, ou, pourquoi pas, de relier le cerveau à un ordinateur par un câble pour sauver la mémoire humaine. Dans l'idée, rien n'est interdit, pourvu que le monde progresse, mais sur place, le discours est bien rôdé. Pour Carin Watson, l'une des responsables de la Singularity university, le but est "d'attirer un public très large, des jeunes qui ont envie de créer et des chefs d'entreprises". "Notre projet ne fonctionne que si vous avez des gens différents qui travaillent ensemble pour créer les changements que l'on veut voir créer", explique-t-elle.
 
Cette "Singularity university" est largement financée par la NASA, Google, et d'autres entreprises de la vallée. Un stage de dix semaines coûte 30.000 euros mais il y a des bourses. Sami Ben Hassine en a profité. Ce Tunisien qui vit à Paris a suivi cette formation en 2013 avant de lancer sa start-up à Paris. Il a créé une application qui s'appelle "The Fabulous", et qui propose à ses clients un suivi quotidien sur-mesure pour protéger leur santé, leur bien-être. Cette expérience l'a beaucoup marqué : "On nous répète jour et nuit qu'on peut changer le monde, témoigne-t-il, on nous emmène visiter Google et là on nous dit qu'il faut viser la lune". Il est revenu différent. Dans cette école, l'éthique est abordée de façon marginale. La seule question est en effet de savoir si un jour les robots seront capables de se retourner contre les hommes qui les ont créés.
 

Singularity University : \\\"Change or die\\\"
Il s'agit du slogan de cette université, véritable temple du progrès : "change or die, change ou sinon tu meurs" © C.Quilleret / RF

Un état d'esprit largement présent dans la Silicon Valley

Si cet exemple est le plus caricatural, la plupart des étudiants rêvent de changer le monde dans la région. Sur le campus de Stanford, une université sept fois plus grande, quasiment tous les étudiants ont une idée de start-up en tête, et ils ont des dollars dans les yeux. L'accélérateur de start-up de l'université a réussi à lever 80 millions de dollars en deux ans pour soutenir les projets des étudiants, c'est-à-dire plus d'un million de dollar par start-up, des sommes impensables en France.

"85% des projets de start-up réussissent", affirme Andrew Scheuermann, l'un des responsables de cet accélérateur. Les secteurs porteurs sont l'informatique, les applications mobiles et les biotechnologies. "L'environnement attire moins les investisseurs", confie-t-il. Mais à chaque fois, il est question de technologies "exponentielles", c'est le terme qui revient en permanence dans la Silicon Valley. L'un des créateurs de la "Singularity university" prévoit la fin de la pauvreté pour 2035, un autre prédit que les bébés qui naîtront en 2029 auront une chance sur 2 d'être immortel... On y croit ou pas, mais cet état d'esprit irrigue toute la Silicon Valley.

Silicon Valley : entre business et rêve d'immortalité. Le reportage de Célia Quilleret

 
 

Fin octobre, un voyage d'études dans la Silicon Valley a été organisé par le magazine l'Etudiant, avec Educpros. Une vingtaine de responsables d'universités, d'écoles de commerce et d'ingénieurs ont découvert pendant une semaine le fonctionnement de la "Singularity University", de Stanford et de Berkeley. Ils se sont également rendus dans des entreprises phares du secteur comme Google, Oracle, Autodesk ou Coursera.