Un rapport européen inquiétant sur les dangers des pesticides pour les abeilles

par Julien Baldacchino jeudi 17 janvier 2013 00:35, mis à jour le jeudi 17 janvier 2013 à 05h20
La disparition des abeilles serait extrêmement grave pour les écosystèmes
Maxppp

Pour la première fois, l'agence européenne de sécurité des aliments accable trois pesticides, soupçonnés d'avoir un impact létal sur les abeilles. Si les apiculteurs voient dans ce rapport une raison d'espérer, les fabricants de pesticides dénoncent des "pressions politiques".

La Commission européenne
pourrait décider d'interdire certains pesticides au niveau européen. L'autorité
européenne de sécurité des aliments, l'EFSA, lui a remis ce mercredi un rapport
sur l'impact des pesticides sur les abeilles. Ce rapport présente "des
conclusions inquiétantes sur l'impact de trois types de produits sur le nectar
et le pollen
", explique Frédéric Vincent, porte-parole du Commissaire
européen en charge de la santé.

Trois néoincotinoïdes sont
visés ; ils sont contenus dans plusieurs pesticides très utilisés, dont le
Cruiser, qui sert de traitement de semence notamment pour les plans de colza et
de maïs. Ces molécules désorienteraient les abeilles, au point qu'elles ne
parviendraient plus à regagner leurs ruches et finiraient par mourir. La
mortalité des abeilles, pourtant essentielles à l'écosystème car elles
favorisent la pollinisation, a augmenté de 5% à 30% en une quinzaine d'années.

Un rapport "pas
digne de l'EFSA
" ?

La Commission
"prendra les mesures qui s'imposent" lors d'une réunion fixée le 31
janvier prochain. Objectif : arrêter une ligne de conduite sur l'utilisation de
ces pesticides au niveau de toute l'UE, alors que certains pays ont déjà
règlementé leur usage. En France par exemple, le Cruiser OSR n'est plus
autorisé pour le traitement du colza, mais reste disponible pour le maïs. Une
interdiction ravirait les apiculteurs, qui ont déjà obtenu l'interdiction de
deux autres pesticides.

L'aboutissement de 15 ans de combat pour les apiculteurs reportage d'Anne-Laure Barral 

Mais les laboratoires chimiques
n'entendent pas se laisser faire. Alors que la Commission européenne doit leur
adresser "cette semaine" une lettre, l'allemand Bayer et le suisse
Syngenta, principaux fabricants, ont d'ores et déjà critiqué les conclusions de
ce rapport. Bayer avance que la mortalité des abeilles est avant tout due à la
présence d'un acarien parasite. Du côté de Syngenta, le directeur opérationnel
John Atkin affirme que "l'EFSA s'est tourvée sous pression politique pour
produire une évaluation hâtive et insuffisante
". "Ce rapport n'est
pas digne de l'EFSA et de ses scientifiques
" ajoute-t-il, précisant que le
laboratoire fera tout pour défendre l'utilisation de ses produits.