Malgré le feu vert européen, l'aquaculture française ne veut pas des farines animales

par samedi 16 mars 2013 15:47, mis à jour le samedi 16 mars 2013 à 16h00
Dado Ruvic Reuters

Soucieux de rassurer les consommateurs, échaudés par les récents scandales alimentaires comme celui de la viande de cheval, les aquaculteurs français ont décidé de ne pas nourrir leurs poissons avec des farines animales, bien que la Commission européenne les y autorise.

Les farines animales? "Nos consommateurs français n'en veulent pas, nous sommes donc contre leur réintroduction", assène Stéphane Dargelas, du groupe Aqualande, leader européen dans l'élevage et la transformation de la truite. Malgré l'autorisation par la Commission européenne de réintroduire des farines de porc et de volaille en Europe à partir du mois de juin pour l'alimentation des poissons d'élevage, pas question pour les aquaculteurs français de s'y mettre.

"Cette décision de Bruxelles fait du tort à notre profession", déplore Stéphane Dargelas, "car elle risque de créer la confusion dans l'esprit de certains consommateurs et de les détourner des rayons". Outre le scandale récent sur la traçabilité de la viande, les consommateurs français sont très à cheval quand on aborde la farine animale. Les souvenirs de la crise de la vache folle perdurent.

"La France est le seul pays européen où l'annonce de la réintroduction de farines animales dans l'élevage aquacole a suscité une telle campagne médiatique" hostile, reconnaît Arnault Chaperon, aquaculteur depuis 1977.

Mise en place d'un label certifiant la qualité

Pour y remédier, le Comité interprofessionnel des produits d'acquaculture (Cipa), opposé aux farines, propose une solution simple : la mise en place d'un étiquetage rapide et systématique des produits aquacoles certifiés par une charte de qualité qu'il vient de mettre en place.

Cette proposition va dans le même sens que la volonté gouvernementale. François Hollande avait annoncé en marge du Salon de l'agriculture que "la France n'introduirait pas ces protéines animales en ce qui la concerne". Et le gouvernement français, qui a déploré le feu vert bruxellois, souhaite aussi la mise en place d'un label précisant l'absence de farine animale.

"On n'a rien à cacher et on est fier de notre métier", assure le président du Cipa, Marc Lamothe

Marc Lamothe, le président du Cipa, se félicite par exemple du fait que ces "truites, bars, dorades, turbots et esturgeons se retrouvent sur les étals du poissonnier moins de 72 heures après avoir été pêchés, car nous ne travaillons que sur commande". En parallèle de l'engagement de ne pas introduire de farines animales dans l'alimentation de leurs poissons, le Cipa s'engage dans une démarche de préservation de l'environnement.

Bruxelles a autorisé la réintroduction des farines animales en Europe à partir du mois de juin pour l'alimentation des poissons d'élevage, arguant de l'éradication quasi complète de la maladie de la cache folle. L'utilisation des farines animales pour les ruminants avait été interdite en 1997 et elle avait été étendue aux poissons en 2001.