Un collectif veut mesurer lui-même la pollution radioactive

par Cécile Mimaut samedi 7 février 2015 18:14, mis à jour le dimanche 8 février 2015 à 17h00
mesure radioactivité
Une dizaine d’associations qui vivent près d’anciennnes mines d'uranium demandent à être équipées d’appareils de mesure de la radioactivité. Photo d'illustration © Maxppp

L'an dernier, une assistante maternelle de Haute-Vienne découvrait que sa maison était contaminée par d’anciens résidus radioactifs. Depuis, les autorités ont fait des mesures près des 200 anciens sites miniers français, sans trouver de nouveaux cas inquiétants. Mais cette affaire a relancé la méfiance des associations de riverains qui demandent aujourd'hui à pouvoir faire elles-mêmes des mesures.

Aujourd’hui, le village de Saint-Pierre, dans le Cantal, est très verdoyant. Son ancienne mine ressemble à une colline. Là où se trouvait l’usine, il y a maintenant une base de loisirs avec un lac, un mur d’escalade, un camping. La mairie et Areva estiment qu’il n’y a pas de risques pour les lotissements. "Je ne suis pas d’accord. Ils ont mal limité la zone. Il y a trois maisons avec de forts taux de radon", tempête George Haag de l’association locale "Nos enfants et leur sécurité". Déterminé à faire fermer cet endroit, il en a fait le combat de sa vie depuis 15 ans.

Le groupe Areva, qui est chargé du contrôle et du réaménagement des anciens sites, a l’habitude d’affronter son discours. Il a tenté une action en justice après avoir perdu en première instance. Il attend l’appel en juin prochain. "Le cas de Saint-Pierre est particulier parce que l’uranium est à fleur de sol et c’est la radioactivité naturelle de la région qui donne ces résultats élevés", explique Christophe Neugnot, porte-parole de l’activité minière d’Areva.

Un collectif d'associations demande à contrôler lui-même la radioactivité près de mines pourtant fermées depuis près de 20 ans . Le reportage d'Anne-Laure Barral

Mais la détection en mars dernier de gaz radioactif dans la maison d'une assistante maternelle près de Limoges, en Haute-Vienne a montré qu’il y avait parfois des surprises, même pour Areva. Du coup, une dizaine d’associations qui vivent aussi près d’anciens sites demandent à être équipées d’appareils de mesure de la radioactivité. "C’est parce que les associations se sont mobilisées que l’on a vu les problèmes", explique Arlette Maussan, du collectif des "Bois noirs dans la Loire". A Saint-Priest-la-Prugne, sur un ancien site, des Hollandais ont eu la mauvaise surprise de découvrir qu’ils avaient acheté un terrain plutôt radioactif. "C’est pas écrit dans les cadastres", souligne Arlette.

"Areva est celui qui fait les contrôles et qui se prescrit les travaux à faire ensuite"...

Areva se veut rassurant, mais les interprétations des associations différent. "Ils font des mesures à un mètre du sol, et pas à certains endroits. Nous on connait le terrain, on sait qu’un garagiste va rester toute sa journée couché sur le sol sous une voiture, ou qu’il y a des petits dans une maison", expliquent les membres du collectif "Mines d’uranium". A chaque fois, ils font appel à la CRIIRAD, la commission de recherche indépendante d’information sur la radioactivité créée après Tchernobyl. "L’Etat ne fixe pas la barre assez haut. Areva est celui qui fait les contrôles et qui se prescrit les travaux à faire ensuite. Ça ne va pas", estime Bruno Chareyron, responsable du laboratoire.

Même si le collectif a été reçu par des responsables de l’autorité de sûreté nucléaire et du ministère, pas sûr qu’il obtienne satisfaction. Mesurer la radioactivité serait réservé aux professionnels ? Pourtant, au Japon, des centaines de collectifs de citoyens se sont créés après Fukushima pour justement faire des mesures dans l’environnement et apprendre à limiter les risques.

►►► EN SAVOIR PLUS | Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire