En situation de faillite, la maison Air France est au pied du mur. Les jours à venir seront décisifs. L'avenir et la pérennité de la compagnie dépendra de la position des organisations syndicales, à accepter ou refuser le plan de réduction des coûts proposés par Alexandre de Juniac, son PDG.
Nous ne reviendrons pas sur les chiffres, les 10% d'effectifs en moins d'ici fin 2013, largement commentés cette semaine mais plutôt sur les maux dont souffre la compagnie française.
Air France fait partie de ces compagnies qui ont crée le transport aérien mondial. C'est à la fois, un avantage et un inconvénient. Pendant longtemps, compagnie étatique, compagnie porte drapeaux, Air France a manqué d'humilité, comme ont manqué d'humilité, toutes les grandes compagnies historiques, British Airways, Lufthansa ou KLM en Europe.
Protégées sur leur propre territoire, les dirigeants de ces " majors " ont pendant longtemps nié l'arrivée sur le marché de nouveaux acteurs redoutables et l'avènement des " Low cost ", Ryanair ou Easy qui ont tout simplement réduit à néant le moindre espoir de rentabilité sur le court et moyen-courrier. Si les quelques 5000 suppressions d'emplois annoncées par Alexandre de Juniac devraient permettre de réduire de 20% les coûts de la compagnie, Air France ne rattrapera pas, le différentiel de productivité des " low cost " estimé à plus de 30%.
C'est donc sur le long courrier et le service qu'Air France va devoir désormais concentrer la plupart de ses efforts. Elle devra se débarrasser d'habitudes, d'avantages, nous ne parlons pas ici de salaires, qui n'ont plus raison d'être dans le contexte actuel.
Sous l'influence du pouvoir politique, Air France, a pendant trop longtemps, cherché à préserver à tout prix la paix sociale, alors que certaines réformes étaient nécessaires pour faire face à la concurrence.
Les salariés de la compagnie n'y sont pas pour grand chose, ils sont victimes des lourdeurs d'un système, d'un modèle économique qui n'est plus adapté. Entre 2002 et 2005, British Airways, s'était retrouvée dans la même situation Air France.
A l'époque, la compagnie britannique avait du supprimer près de 12 000 emplois et externaliser une grande partie de son activité court-moyen courrier. A une autre échelle Lufthansa connaît les mêmes difficultés et envisage, de son côté de supprimer près de 3500 emplois. D'autres ont disparu, Sabena, Swissair, Malev en Europe, TWA, Pan Am, dans un passé plus lointain aux Etats-Unis.
La tâche d'Alexandre de Juniac ne sera pas simple, si l'Etat, pourtant très minoritaire dans le capital, tente de dicter ce qui est bon ou mauvais pour Air France et ce qu'il doit faire pour ne fâcher le pouvoir politique. Il va devoir créer un nouvel état d'esprit plus positif et obtenir la coopération volontariste des syndicats.
La compagnie a de nombreux atouts, mais elle est au bord du gouffre. Reste à savoir si l'ensemble de ses salariés l'ont aujourd'hui compris, et qu'ils ne se risqueront pas des mouvements sociaux qui pourraient être fatales à la compagnie. Car cette fois, le contribuable ne sera plus là pour renflouer les pertes.

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