Le Français de l'hiver, c'est lui. A 23 ans, Jason Lamy Chappuis bouclera ce week-end à Oslo une saison de rêve. Champion olympique en février à Vancouver, détenteur du Globe de cristal depuis le week-end dernier, le combinard du Bois d'Amont, né dans le Montana, est revenu, à l'occasion d'un court passage à Paris, sur ces consécrations. Et donne déjà rendez-vous à l'année prochaine.
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Le Français de l'hiver, c'est lui. A 23 ans, Jason Lamy Chappuis bouclera ce week-end à Oslo une saison de rêve. Champion olympique en février à Vancouver, détenteur du Globe de cristal depuis le week-end dernier, le combinard du Bois d'Amont, né dans le Montana, est revenu, à l'occasion d'un court passage à Paris, sur ces consécrations. Et donne déjà rendez-vous à l'année prochaine. Jason, avez-vous eu le temps de redescendre sur terre depuis Vancouver ? Non, pas vraiment. Je suis repassé chez moi seulement deux jours, juste le temps de refaire les sacs et de repartir en Coupe du monde (à Lathi en Finlande). Puis je suis à peine rentré que me voilà à Paris avant de repartir à Oslo. Ça me plait parce que je vis des choses hors du commun. J'essaie d'en profiter. Vous êtes de passage à Paris pour faire votre grande tournée médiatique. Cet exercice vous plait-il ? Je ne me force pas. J'apprécie parce que je parle de mon sport et ça me tient à coeur. Et puis il faut en profiter, il faut surfer sur cette vague médiatique avant que ça ne retombe et qu'on ne parle plus que de foot avec la Coupe du monde. On se bat pendant des années pour ça, pour que notre sport soit reconnu. Vous êtes vous-même devenu quelqu'un. Comment gérez-vous cette notoriété nouvelle ? Ça fait plaisir. J'ai reçu des messages de partout, de Bretagne, de Paris... Mes cousins m'embêtent un peu en m'appelant « Monsieur le champion olympique ». Mais pour eux ou pour le reste de ma famille, je n'ai pas changé. Je suis pareil. "J'aurais aimé partager ça avec mes potes de l'équipe de France" Vous dites que vous êtes quelqu'un de normal mais par définition un champion n'est pas comme les autres. Qu'est qui vous définit comme champion ? La passion que j'ai pour mon sport. Que ce soit en course ou à l'entraînement, j'ai toujours la même passion. A chaque entraînement, je me fais plaisir. Et puis, le fait de définir des objectifs me permet de me dépasser. Après Turin, je visais Vancouver. Et quand je partais à l'entraînement, je savais pourquoi. Vous êtes pour parler de ces Jeux Olympiques, de cette médaille d'or. Y a-t-il une image qui reste gravée depuis ce 14 février ? Il y a des tonnes d'images mais ce que je retiens surtout, c'est ce dernier kilomètre de ski de fond. Il y a tellement de choses qui passent dans la tête. Quand le Japonais attaque, je me dis que ça va être dur. Mais les jambes répondent, donc la médaille de bronze est jouable. Puis l'argent. Et quand l'Américain pioche dans la dernière ligne droite, je gagne centimètre par centimètre. Et après, c'est indescriptible. Sur le coup, on a l'impression que vous accueillez ça presque normalement...Quand on est dans la course, on ne rend compte de rien. C'est après, quand j'ai vu les images de la folie de Bois d'Amont où ils étaient tous devant le grand écran, quand j'ai revu les images avec les commentaires... C'est là que je me suis rendu compte de l'ampleur de la chose. Derrière, vous restez sur deux grosses déceptions, en relais et sur grand tremplin. Votre titre vous a-t-il aidé à digérer ? La plus grosse déception, c'est le relais. On n'était pas loin. Quatrième, c'est la médaille en chocolat, la place la plus ingrate aux JO, celle qui passe aux oubliettes. Ça a surtout été dur par rapport aux copains de l'équipe (Francois Braud, Sébastien Lacroix et Maxime Laheurte). On s'entraîne ensemble, on vit 200 jours par an ensemble, on forme vraiment une équipe. J'aurais aimé partager ça avec eux. C'est sûr que l'individuel, c'est super. Mais ce n'est pas pareil quand les potes ont raté leur course. D'ailleurs, ils ont été supers avec moi, ils ont fait la fête avec moi. Mais ce n'est pas pareil qu'une médaille par équipe. "Sotchi en 2014. Après, on verra" Avez-vous le sentiment d'avoir été volé sur le grand tremplin (*) ? Oui, mais je ne suis pas le seul. On est cinq ou six à penser la même chose. Et puis, ça a été plus facile à digérer pour moi grâce à ma médaille d'or. J'étais vraiment déçu et en colère sur le coup. Mais d'autres, comme Felix Gottwald ou Magnus Moan, sont plus à plaindre que moi. Vous venez de mettre la main sur le Globe de cristal après avoir décroché l'or olympique. Laquelle de ces deux récompenses est la plus savoureuse ? Ce sont deux choses différentes. Le Globe est venu petit à petit. Je m'y attendais un peu (il était largement en tête de la Coupe du monde depuis fin janvier, ndlr) donc la joie a été moins explosive. Sportivement, je suis plus fier d'avoir le Globe. Mais émotionnellement, ce qui s'est passé le 14, la médaille d'or olympique, ça n'a rien de comparable. Dans dix ans, je pourrai dire : « j'ai été champion olympique ». Pour le grand public, une médaille olympique, c'est universel. Le titre olympique, le Globe de cristal, allez-vous réussir à vous motiver pour les années à venir ? Ça va être dur. Cette saison a tellement été extraordinaire que la prochaine sera forcément moins bien. Je vais partir en vacances aux Etats-Unis pendant un mois et demi, ça me permettra de faire le vide. Tous les ans, c'est pareil, on se sent fatigué en fin de saison parce que c'est long d'être sollicité tous les week-ends entre novembre et mars. Mais j'ai encore des objectifs : les championnats du monde à Oslo l'année prochaine où j'aimerais convertir mes deux médailles de bronze de 2009 en or et les Jeux Olympiques de Sotchi en 2014. C'est cet objectif qui va me permettre de m'y remettre. Je suis encore motivé par ces Jeux. J'ai vécu tellement de moments inoubliables à Vancouver que j'ai envie de les revivre. Après on verra. En quoi ce retour aux sources, dans le Montana, vous nourrit-il ? Ce qui me plait, c'est surtout de changer d'environnement, sortir du ski. Je vois autre-chose là-bas, j'ai un oncle qui est gérant d'un ranch, ça permet de prendre du recul. Quand je rentre en France, je suis prêt en général pour repartir à l'entraînement. (*) Les six derniers du concours de saut ont dû faire face à des conditions difficiles, ruinant leurs chances de médailles.
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