Dans l'affaire des prothèses PIP, des centaines de Sud-Américaines s'apprêtent à porter plainte en France, et à demander elles aussi, à être explantées gratuitement de leurs prothèses mammaires défectueuses. Du côté de l'enquête, l'ex-patron de PIP, Jean-Claude Mas, n'est toujours pas mis en examen.
La bataille judiciaire ne fait que commencer © Reuters Eric Gaillard
Jean-Claude Mas, 72 ans, ancien vendeur de saucissons reconverti en Géo-Trouvetou, roi de la prothèse mammaire, est aujourd'hui déchu en son royaume. Poly Implant Prothèse, son entreprise varoise a été liquidée il y a près de deux ans. Lui, est désormais visé par deux enquêtes judiciaires, pour "tromperie aggravée" et "homicide involontaire", après la mort d'une porteuse d'implants qui a succombé à un lymphome. Mais Jean-Claude Mas n'est toujours pas mis en examen. Il n'est même pas sous contrôle judiciaire. Il a juste été entendu par les gendarmes, à qui il a d'ailleurs avoué sa supercherie, sans remords. Extrait d'un PV d'audition : "je le savais que ce gel n'était pas homologué, mais je l'ai sciemment fait, car le gel PIP était moins cher". Ce que défend sans complexe non plus, son avocat, maître Yves Haddad, lors d'une de ses très rares interviews, au micro de Florence Sturm. "C'est un problème de prix de revient, donc de coût, et de bénéfice. C'est une démarche capitaliste, et c'est comme ça !"
"Ce n'est pas au toucher qu'on se rend compte d'un implant"
C'est comme ça que Jean-Claude Mas a rempli des centaines de milliers de prothèses mammaires PIP d'un silicone industriel et déjoué tous les contrôles sanitaires, en cachant des documents, et des containers. Les chirurgiens, qui ont implanté ce silicone trafiqué dans le corps de leurs patientes se disent aujourd'hui trahis. Bruno Alfandari, le président du Syndicat National de Chirurgie Plastique, a été le premier à porter plainte contre PIP. "Il est évident que lorsqu'on pose des implants, on fait confiance à l'entreprise qui fabrique. On est effarés. Tous mes confrères qui ont utilisé ces implants l'ont fait de toute bonne foi, parce qu'ils pensaient que c'était de très bons implants. C'est pas au toucher qu'on se rend compte de ce que donne un implant". Sauf que les prothèses PIP se sont rompues plus que les autres. Et qu'elles étaient bien plus irritantes. Les chirurgiens auraient dû être nombreux à alerter l'Afssaps, l'Agence des produits de santé, tempête le député PS Gérard Bapt, rapporteur de la mission Santé à l'Assemblée Nationale. Les signalements se sont pourtant comptés sur les doigts d'une main en 2007, à peine 21 ruptures déclarées en 2008, les déclarations par centaines ne sont arrivées qu'après la médiatisation du scandale, en 2010.
TÜV ne contrôlait les prothèses PIP que sur papier
Alors, les chirurgiens ont-ils une part de responsabilité pour avoir tardé à déclarer ce scandale sanitaire ? L'organisme qui a certifié ces prothèses défectueuses, est lui aussi montré du doigt aujourd'hui. TÜV, c'est son nom a la réputation d'un label sérieux. Mais il est aujourd'hui attaqué par l'avocat de plusieurs distributeurs étrangers de PIP. Maître Olivier Aumaître, du cabinet parisien Kahn et associés juge franchement abberrante, la façon dont ces prothèses PIP ont été certifiées conformes pour la vente et l'implantation, avec la norme CE. "Mes cliens sont tout comme moi stupéfaits de découvrir que depuis plus de dix ans TÜV n'aurait fait qu'un contrôle sur dossier papier et n'aurait pas estimé nécessaire d'examiner une seule fois ne serait-ce qu'une seule des centaines de milliers de prothèses mammaires qui ont été vendues de par le monde". TÜV, le certificateur allemand, rétorque que la législation européenne ne lui demandait rien de plus que ce contrôle sur papier.
A L'Afssaps, le nouveau directeur, le professeur Dominique Maraninchi, arrivé après le scandale, reconnaît qu'il faut changer le système. "A travers ce drame, on voit que la réglementation sur les dispositifs médicaux ne protège pas suffisamment la sécurité sanitaire, et que la certification est insuffisante". Il renvoie lui aussi la balle à l'Europe, estimant qu'il faut changer la directive européenne, ce que dit aussi le Ministre de la Santé, qui n'a pourtant rien prévu de plus dans la dernière réforme du médicament, débattue cet hiver, alors que ce scandale PIP était déjà connu.
Elles sont 400 000 à 500 000 victimes, au moins, dans le monde
Pendant que chacun se rejette la faute, 30 000 Françaises attendent avec angoisse et impatience qu'on leur retire leurs prothèses PIP défectueuses, ce qui prendra au moins un an, disent les chirurgiens français, qui devront peut-être opérer bientôt des Sud-Américaines. Des centaines de Sud-Américaines victimes de PIP s'apprêtent à déposer plainte en France, et réclamer réparation à l'Etat Français. Ce qui est une première judiciaire. Elles sont 400 000 à 500 000 victimes, au moins, dans le monde. Beaucoup de femmes qui avaient déjà été meutries par un cancer, beaucoup de jeunes filles aussi pour qui, se faire poser des prothèses est en gage de réussite sociale, pour sortir de la misère. C'est le cas de beaucoup de Brésiliennes. Le Brésil va recenser cette semaine toutes les femmes porteuses de prothèses mammaires.
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