Des éthylotests obligatoires pour tous, et beaucoup d'interrogations. À partir de dimanche, tous les propriétaires de voitures et de deux roues de plus de 50 cm3 devront systématiquement disposer d'un alcooltest sous peine d'amende.
Les alcooltests sont obligatoires dans les voitures à partir de dimanche © Maxppp - Jean Luc DOLMAIRE
La prévention plutôt que la répression, c'est le sens de cette mesure. Les automobilistes qui ne savent pas s'ils ont trop bu pourront ainsi se tester avant de démarrer. Si vous êtes positifs, vous ne prenez pas le volant, vous évitez un contrôle de police et surtout un accident. Jusque là, c'est clair, simple et a priori utile.
Mais ça l'est moins si l'on entre dans le détail. Nous avons le choix de nous équiper d'un éthylotest, utilisable plusieurs fois, qui coûte une centaine d'euros plus des frais d'entretien annuels. Ou d'alcooltests jetables, coût moyen entre un et deux euros. C'est évidemment cette option qui va être choisie très majoritairement. Ces modèles ont une durée de vie limitée : 2 ans. Et ils ne résistent ni au froid, -10 degrés. Ni à la chaleur, + de 40 degrés. La loi stipule qu'ils doivent bénéficier de la norme NF.
Un marché important
Or des millions de modèles inondent le marché actuellement sans en bénéficier. Et puis, quand vous achetez votre alcooltest, prenez-en deux. Si vous vous testez, vous prenez la route dans la foulée, la police vous contrôle, il faut avoir dans la voiture un modèle neuf en état de fonctionner, ce qui ne serait plus le cas puisque vous venez de l'utiliser.
Si vous ne remplissez pas toutes les conditions, ce sera 11 euros d'amende, à partir du 1er novembre. D'ici là, tout le monde doit donc s'équiper. Et c'est un marché énorme : environ 36 millions de véhicules concernés. Deux éthylotests à chaque fois. Donc 72 millions au total. Et renouvelables régulièrement. C'est le jackpot pour les fabricants. Et il n'y en a que deux avec la norme NF, l'un est Sud-Africain, largement minoritaire, l'autre est Français basé dans l'Hérault, Contralco.
Des soupçons de conflit d'intérêt
L'année dernière, cette firme a produit 24 millions d'alcooltests, cette année ce sera plus de 50 millions. Pour une progression du chiffre d'affaires de plus de 15 millions d'euros. "De nouveaux équipements et de nouvelles machines vont arriver dans le courant de l'été", explique le directeur commercial, Guillaume Neau. "Il nous faudra alors former et embaucher encore quelques personnes. Nos effectifs vont ainsi passer de moins 70 personnes à plus de 200 d'ici fin Juillet."
Des affaires florissantes mais des des soupçons de conflit d'intérêts parce qu'une association, I-Tests, a milité auprès des élus et du ministère de l'Intérieur pour cette mesure. Dans son organigramme, on ne trouve que des professionnels du secteur, les patrons de Contralco notamment. Et à sa tête, Daniel Orgeval. Bénévole dans l'association mais salarié à mi-temps de Contralco pour 3.000 euros par mois.
Accusé de lobbying, il répond : "On peut dire que c'est du lobbying même si je ne sais pas trop ce que cela veut dire. Je suis un autodidacte. J'ai sûrement été persuasif. En tout cas, sans intérêt particulier, l'objectif n'est absolument pas de faire de l'argent au titre de l'association avec cette mesure. Si les entreprises en bénéficient, c'est tant mieux. Quant à ces accusations de conflit d'intérêt, je note qu'en règle générale, ce sont les gens de la profession qui défendent la profession. Les danseuses étoile de l'Opéra ne parlent pas au nom des patrons pêcheurs."
Autre information qui pose question : l'un des vice-présidents de cette association de lobbying est aussi membre du comité qui décerne la norme NF des éthylotests. Pour la commission parlementaire, qui avait proposé cette mesure, il n'y a pas de lobbying. Le rapporteur affirme qu'I-tests n'a eu aucune influence dans le choix de cette mesure. Il précise d'ailleurs que la loi en elle même date de 1970, elle n'a simplement jamais été appliquée faute de décret. C'est le cas maintenant.
Le scepticisme des associations
"Si amélioration il y a, c'est un progrès", note Philippe Houillon, député UMP du Val d'Oise et rapporteur de la commission parlementaire. "Il ne faut pas confondre une bonne mesure et des gens, le cas échéant, qui auraient intérêt à promouvoir cette mesure. Des intérêts financiers par exemple. A partir du moment où il y a un produit à acheter, ça intéresse des entrepreneurs, il y a de l'argent à gagner. Ca ne me parait pas complètement anormal. Ca ne vient pas contradiction avec le caractère d'intérêt général de la mesure."
La Ligue contre la violence routière n'est pas du tout de cet avis. Sa présidente est pourtant généralement très favorable à ce genre de mesure. Cette fois, Chantal Perrichon n'y croit pas : "C'est une mesure absurde qui vise à donner bonne conscience aux politiques. 80% des accidents mortels ont lieu avec une alcoolémie supérieure à 1,2 grammes. Ceux-là savent pertinemment qu'ils sont au-dessus de la limite et ils ne seraient pas testés avant de prendre le volant."
Evitez de boire avant de conduire, c'est le plus simple. Et en attendant, équipez vous de deux alcooltests norme NF, à partir de dimanche la loi l'impose.

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