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Un nom, un visage et une histoire pour le tueur présumé de Toulouse et Montauban

le Jeudi 22 Mars 2012 à 09:15
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L'histoire du tueur présumé de Toulouse et Montauban se construit jour après jour dans la presse, on en sait un peu plus sur son passé, avec aussi déjà des interrogations sur la façon dont l'enquête a été menée pour l'identifier.

Presse 22/03/12 © Radio France - Jean-Christophe Martin

L'invitée de l'Hyper revue de presse : Marie-Pierre Subtil, rédactrice en chef du magazine 6 Mois, le numéro trois paraît aujourd'hui, on le trouve en librairie. 6 Mois, c'est le magazine qui prend son temps, et justement on va évoquer le traitement d'une actualité brûlante comme celle de Toulouse et au contraire ce luxe dont dispose l'équipe de 6 Mois, le luxe du temps pour préparer ses reportages.

Un visage dans la presse...

Le présumé tueur de Toulouse a désormais un visage, un nom et une histoire... La photo de Mohamed Merah, vous la découvrez ce matin à la Une du Figaro, du Parisien, de Vaucluse-matin, de la Nouvelle République, du Dauphiné ou encore de Sud Ouest. Le tueur a un visage, il a aussi une histoire qui se construit au fil des pages ce matin dans la presse... Et décidément il se confirme que Mohamed Merah n'était pas un inconnu des services de police. Selon le Figaro, son nom arrivait même en tête de liste des individus de sa région connus pour leurs liens avec l'islamisme radical. Damien Delseny souligne lui aussi dans le Parisien et Aujourd'hui en France que le patronyme Merah est loin d'être inconnu des services de renseignement.

Pour comprendre, il faut remonter à 2006... A l'époque, c'est le début d'une longue enquête sur ce qu'on a appelé le "groupe de Toulouse"... Ce réseau réunit des djihadistes dont certains souhaitent rejoindre l'Irak pour y combattre les Américains, d'autres veulent mener des actions sur le sol français. Dans l'entourage de ce groupe figure justement le frère aîné de Mohamed Merah, Abdelkader, qui apparaît à l'époque dans la liste des personnes à surveiller.  

Dans l'enquête qui va suivre, les policiers anti-terroristes et les RG entament un long travail de surveillance autour d'une maison de l'Ariège. Dans cet endroit reculé, un émir franco-syrien anime une communauté fréquentée par de jeunes fondamentalistes de la région. L'enquête débouche sur une série d'arrestations dans des cités toulousaines et les enquêteurs parle de groupe structuré.Les suspects sont condamnés à des peines de six mois à six ans de prison. Ils ont depuis été libérés, et les enquêteurs vont maintenant se pencher sur les liens qu'ils ont pu conserver avec les frères Merah. Une enquête qui pourrait apporter des réponses à l'une des questions toujours sans réponse dans cette affaire, la question d'éventuelles complicités ou de l'existence d'un réseau qui aurait financé ou aidé Mohamed Merah à passer à l'acte.

Une autre question posée dans la presse et sur internet, cette fois sur l'enquête elle-même pour identifier le tueur de Toulouse et Montauban...

Libération raconte comment les enquêteurs sont remontés jusqu'à Mohamed Merah. Avec dans un premier temps des adresses IP, ces adresses qui identifient un ordinateur. Mohamed Merah avait donc répondu à une annonce de vente de scooter passée par l'une de ses futures victimes. Dans cette liste obtenue le samedi, un demi-millier d'adresses IP d'acheteurs potentiels. Le nom de Merah apparaît, mais à ce stade, pas d'adresse connue.

Or, selon Patricia Tourancheau dans Libération, il semblerait que l'un des fichiers de la DCRI n'a été croisé avec le listing des adresses IP non pas immédiatement mais seulement deux jours plus tard, soit le lundi. Un retard lourd de conséquences, ce retard, écrit Libération, peut apparaître comme une négligence dans l'enquête. Le lundi matin, quatre personnes dont trois enfants étaient victimes de la tuerie de l'école juive Ozar-Hatorah à Toulouse.  

L'identification du tueur présumé par recoupement des données informatiques, c'est une partie de l'enquête qui intéresse particulièrement le Web, sur le site Owni par exemple, on parle d'enquête en bas débit…

Un travail de recoupement mené par Jean-Marc Manach, spécialiste des questions de sécurité et de surveillance sur Internet.

Le site Owni parle d'enquête en bas débit en pointant les délais inhabituellement longs pour demander et obtenir les adresses IP, en relation avec le premier meurtre. Une adresse IP, c'est l'adresse virtuelle, informatique d'un ordinateur, qui permet de remonter jusqu'à son utilisateur.

Selon les informations d'Owni qui reconstitue la chronologie des événements, il a fallu 6 jours pour identifier ces adresses IP qui avaient été ciblées par les enquêteurs, suite à l'achat d'une moto sur un site de petites annonces entre particuliers, achat qui aurait été effectué par le meurtrier présumé. Il a notamment fallu attendre le vendredi 16 mars, soit 5 jours après le premier meurtre, pour qu'une liste d'adresses IP soit transmise aux fournisseurs d'accès Internet pour qu'ils puissent identifier précisément les utilisateurs et renseigner les enquêteurs.

Contacté par Owni, le site de petites annonces dit ne pas être autorisé à préciser quand les autorités judiciaires ont demandé les adresses IP, ni quand elles leur ont été transmises.

Des opérations, précise le site, qui peuvent ne prendre que quelques minutes, à 48h au grand maximum.

Ces informations sont décisives et vont permettre d'identifier Mohamed Merah. Le site ajoute qu'il s'agissait d'une des multiples pistes suivies par les enquêteurs. Le procureur de Paris précise que 7 millions de données téléphoniques ont été traitées et 200 auditions menées par les enquêteurs, générant la rédaction de plus de 1.000 procès verbaux.

Enquête complète sur cette enquête en bas débit, c'est à lire sur owni.fr

Il y a aussi un témoignage troublant ce matin dans la presse sur les antécédents de Mohamed Merah...

Le témoignage d'une mère de famille d'une cité toulousaine : l'annonce de l'identité de l'auteur présumé des tueries de Toulouse et Montauban lui a, dit-elle, coupé les jambes, c'est ce qu'elle dit dans le Télégramme qui publiait son témoignage dès hier soir sur son site internet...

Cette femme veut absolument témoigner de son histoire. "Je suis sidéré, la police savait", dit-elle, la police savait à quel point Mohamed Merah était dangereux.

Selon cette mère de famille qui réside dans l'ancien quartier où vivait le tueur présumé, Mohamed Merah se présentait comme un moudjahidin qui allait mourir en martyr. Il l'avait menacé de mort, en la traitant "d'athée qui devait payer comme tous les Français". Il avait aussi violemment agressé sa fille et son fils, roués de coups.

Après le dépôt d'une plainte restée sans suite, et face à cette inertie, cette femme affirme avoir plusieurs fois tenté sans succès d'alerter la police et la préfecture, y compris par écrit, sur le danger représenté par Mohamed Merah.

Il y avait d'abord eu cet incident déjà évoqué de 2010 : on avait vu Mohamed Merah dans sa cité, menaçant, encagoulé, en treillis, un sabre à la main...

Ce qu'ajoute cette mère de famille dans le Télégramme, c'est que la veille de cet incident, Mohamed Merah s'en était pris à son fils qu'il avait tenté d'embrigader et qu'il avait forcé à regarder des vidéos d'Al-Qaïda, vidéos insoutenables, des femmes tuées d'une balle dans la tête, des hommes égorgés, des scènes de décapitation...

Dans le salon de l'appartement, un immense Coran et des sabres accrochés au mur. C'était dans le même appartement où se trouve encore retranché ce matin le présumé tueur de Toulouse et Montauban.

Autour de cette affaire, le Web offre deux vitesses de lecture. L'instantanéité des réseaux sociaux et les analyses que vous pouvez trouver sur les blogs spécialisés et les sites d'information.

Pour suivre en direct le déroulement des événements à Toulouse, sans accès à la radio ou la télé, vous pourriez vous contenter des réseaux sociaux, et de Twitter en particulier, en suivant les comptes des médias présents sur place, ou des envoyés spéciaux comme Soren Seelow du journal lemonde. Alors, comme d'habitude, l'usage des réseaux sociaux sollicite fortement votre sens des responsabilités. Il s'y dit parfois tout et son contraire, mais avec un peu de pratique et un minimum de sens critique et de prise de recule, il est facile de ne pas se laisser piéger.

L'autre solution, c'est de suivre les couvertures minute par minute mises en place par des sites comme celui de France Info ou celui du Nouvel Observateur. Vous avez la possibilité de poser des questions aux journalistes qui animent ces suivis en temps réel, comme sur le site du Monde ou celui du Huffington Post.

L'autre vitesse de lecture des événements que vous offre Internet ce sont par exemple les initiatives de Rue89 qui vous propose ses réponses à 10 questions que vous vous posez. De "Que revendique le suspect Mohamed Merah ?" à "S'il se réclame d'Al Quaeda, pourquoi a-t-il ciblé des militaires arabes ?" en passant par "Pourquoi sa Yamaha nous intéresse ?". Le magazine Courrier International propose sur son site la vision des médias étrangers en reprenant par exemple des articles du Times ou d'un quotidien tunisien. A retenir aussi, les réponses aux questions posées sur le site Quoi.info.

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