Mémorial de la Shoah de Drancy : "Il ne s'agit plus d'accuser mais de transmettre" (Hollande)

par Clara Beaudoux vendredi 21 septembre 2012 12:05, mis à jour le vendredi 21 septembre 2012 à 12h32
Le nouveau Mémorial de la Shoah de Drancy
ALFRED/SIPA Autre

François Hollande a inauguré vendredi un nouveau mémorial de la Shoah sur les lieux de l'ancien camp d'internement de Drancy, en Seine-Saint-Denis. Il y a 70 ans, près de 70.000 personnes ont été déportées depuis ce camp vers Auschwitz.

"J'étais soulagée d'apprendre que le mémorial était en dehors du camp, je n'avais pas envie de marcher là où j'avais marché... avec ma douleur au coeur, et mon angoisse", raconte Annette Krajcer, arrivée à Drancy à l'âge de 12 ans, en août 1944, et qui revient pour la première fois sur les lieux du camp.

"J'ai eu l'impresssion que j'entrais en enfer", le témoignage d'Annette Krajcer, arrivée à Drancy en août 1944, au micro de Julie Marie-Leconte  
 

Le nouveau mémorial est construit face à la Cité de la Muette, où avait été établi le camp d'internement en 1941. La Cité de la Muette avait été bâtie dans les années 1930 pour accueillir des logements sociaux. Elle était ensuite devenue le principal camp de regroupement des Juifs de France avant la déportation.

Lors de son discours d'inauguration, le président de la République a employé le même mot qu'Annette Krajcer : "l'enfer". "Drancy était la dernière étape avant l'enfer, l'enfer des wagons à bestiaux, Drancy était la porte de l'enfer", a déclaré François Hollande. Selon la Fondation pour la Mémoire de la Shoah, environ 67.000 des 75.000 Juifs déportés de France sont passés par le camp de Drancy entre l'été 1941 et l'été 1944, notamment après la grande rafle du Vel-d'Hiv, les 16 et 17 juillet 1942. 

"Comment a-t-on pu installer une telle horreur à 15 km de Paris ?"

En juillet dernier, lors d'une cérémonie de commémoration de la rafle du Vel-d'Hiv, François Hollande avait eu ces mots : "ce crime fut commis en France, par la France". "Drancy a été gardé par des gendarmes français, géré par des fonctionnnaires français, les enfants emmenés ici l'ont été par des policiers français", a également indiqué François Hollande vendredi matin. "Il ne s'agit plus d'accuser, la justice est passée, même si parfois elle est passée trop tard. Aujourd'hui il s'agit de transmettre, c'est l'esprit de ce mémorial", a-t-il poursuivi, après avoir rencontré une dizaine de collégiens, lauréats en 3e du Concours national de la Résistance et de la Déportation.

"La France des Lumières, des Droits de l'Homme, de la Révolution française, comment y-a-t-il eu assez de bourreaux pour aller chercher les familles ? Assez de lâches pour les laisser faire ? Comment a-t-on pu installer une telle horreur à 15 km de Paris ?" s'est interrogé le chef de l'Etat dans son discours.

"Drancy est le lieu d'un crime, mais aussi le lieu d'un symbole : la mémoire nationale" - François Hollande  

"La République ne cédera jamais sur ses valeurs"

"Une nouvelle fois, je le dis haut et fort : la République ne cédera jamais sur ses valeurs, sur son histoire", a également répété François Hollande, en référence aux appels à manifester suscités par les caricatures de Charlie Hebdo.

Selon le directeur de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah, "le mémorial a été entièrement financé par la Fondation, avec les fonds confisqués aux Juifs pendant la guerre". "C'était une dette à l'égard des victimes passées par le camp", souligne-t-il.

Le bâtiment comprend cinq niveaux : une salle de conférence au sous-sol, des espaces d'accueil au rez-de-chaussée, des salles pédagogiques pour recevoir les groupes et un centre de documentation. L'ouverture officielle aura lieu lundi prochain.

Le camp, les convois de déportation

Le camp, les convois de déportation © IDÉ