Ce n'est pas une question d'argent. Ce n'est pas que le peuple n'avait pas les moyens. On n'a jamais vu de tableau représentant Napoléon à la plage, ni Louis XIV, ni même François Ier. Et pourtant, il devait être tout aussi agréable pour eux d'aller se tremper dans la mer ou dans un lac quand venait l'été et que le soleil tapait fort.
Le Roi soleil © Fotolia.com - Georgios Kollidas
Peut-être nos ancêtres avaient-ils peur de se noyer? Dans ce cas, ils n'avaient qu'à rester près du bord. Et au-delà de la boutade, le principe d'Archimède était en vigueur avant même que l'homme n'arrive sur terre. Et certains savaient nager. Donc la réponse n'est pas là.
L'explication, je l'ai trouvée sous la plume de Michel Serres, le philosophe que vous écoutez le dimanche dans "Le Sens de l'info", que j'avais la chance de recevoir cette semaine à mon micro de "Tout et son contraire". Et c'est lui qui, en étudiant les changements de comportement induits par les progrès de la science et des techniques, a donné la clé. Rien à voir avec l'invention du chemin de fer, ni des congés payés. Il n'est pas question d'histoire politique, mais de médecine.
Pourquoi la baignade est-elle une pratique si tardive dans l'histoire de l'humanité ?
Michel Serres : "C'est très simple. Autrefois les maladies ne guérissaient pas. Et comme elles ne guérissaient pas, les corps étaient pleins de bubons, de cicatrices, de plaies mal soignées. Et donc il fallait se couvrir. La fraise du Moyen Âge, ce n'était pas seulement un vêtement extraordinaire, mais c'était d'abord pour cacher ce qu'on appelait le collier de Vénus : parce que la vérole faisait éclater les ganglions du cou, ce qui était horrible. Et du coup, on ne se déshabillait pas parce que les corps n'étaient pas montrables. Tout d'un coup, comme la médecine a réussi : il y eut moins de cicatrices, de bubons, de plaies variqueuses. Par conséquent on pouvait se montrer en public."

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