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Les promesses spatiales de Newt Gingrich

le Samedi 28 Janvier 2012 à 15:54
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Aux États-Unis, depuis John Kennedy et le prodigieux programme Apollo, qui a participé, économiquement et symboliquement, à l'effondrement de l'URSS, l'espace est un enjeu de politique nationale et internationale.

La Station spatiale internationale. Photo Nasa.

A chaque élection présidentielle américaine, les candidats font un passage obligé dans l'un ou l'autre des cinq états "spatiaux", pour séduire astronautes et industriels et promettre... la Lune. 2012 ne déroge pas à la règle et, comme le Président démocrate actuel a littéralement coupé les ailes des astronautes américains, qui ne disposent plus, depuis six mois et pour encore au moins sept ou huit ans, de fusées pour aller dans l'espace, ce sont les candidats Républicains qui leur font des promesses...

Newt Gingrich, [... ]au terme des deux mandats présidentiels escompte mener à bien, l'installation permanente d'une "colonie lunaire".

Cette semaine, c'est Newt Gingrich, qui depuis la petite ville de Cocoa Beach, non loin du pas de tir des fusées Apollo, a surenchéri sur ses adversaires à la candidature, en promettant, au terme des deux mandats présidentiels qu'il escompte mener à bien, l'installation permanente d'une "colonie lunaire". En clair, une base lunaire en 2020. L'annonce est aussi grandiose que loufoque, et, au vu de l'état actuel de la Nasa, prête à sourire. Car cela n'est tout simplement pas possible. La Nasa ne dispose pas de fusée pour lancer des astronautes vers la Lune, ne dispose pas de la technologie permettant de se poser sur le satellite de la Terre, ne dispose pas de la technologie permettant à des astronautes de vivre sur la Lune. Lancer un tel programme exigerait un budget pharaonique, qui, en l'absence d'objectif stratégique – battre les Soviétiques sur le terrain de l'idéologie politique – n'a pas de raison d'être. Cela dit, les promesses abracadabrantesques de Newt Gingrich doivent être remises en perspective.

Car, depuis le héros fondateur de la conquête spatiale américaine, John Kennedy, qui a promis la Lune au peuple américain et lui a offert, les présidents successifs l'ont tous suivis, dans une vertigineuse spirale d'échecs. Richard Nixon ? Il a promis l'espace pour tous, libre et gratuit, ou presque, avec la navette spatiale. C'est le plus grand échec technique et économique de l'espace américain. Ronald Reagan ? C'est la Station spatiale internationale (ISS) qui promettait des retombées scientifiques, technologiques et industrielles inouïes : mais l'ISS n'a jamais servi à rien, si ce n'est à accueillir de riches touristes. George Bush Père ? Son Iniative d'exploration spatiale promettait la planète Mars en 2010... George Bush Fils ? Lui, c'est la Lune qu'il a imprudemment re-promise aux Américains pour 2020. Son programme Constellation a été annulé par le Président Barack Obama en 2010, Obama qui, depuis un demi-siècle, est le seul président Américain qui a osé ne pas promettre de chimères à ses électeurs fans d'espace.

Sous son mandat, les navettes ont été arrêtées. Il était temps : deux vaisseaux spatiaux sur cinq ont été perdus, avec quatorze astronautes. Les navettes ont effectué 10 % des vols prévus, pour un coût cinquante fois supérieur à celui qui était prévu. C'est l'échec des navettes américaines qui a permis à l'Europe de prendre plus de la moitié du marché spatial, avec ses fusées Ariane. Le prochain président des Etats-Unis va trouver un programme spatial en déshérence. D'abord, on l'a vu, il n'y a plus de fusées pour envoyer les astronautes américains dans l'espace : c'est désormais les Russes qui font voler les Américains à bord de leurs Soyouz, étonnante revanche de l'histoire. Ensuite, un programme technologique sans objectif, plus sûre façon d'aller à la catastrophe : la Nasa développe en effet une fusée super géante, le Space Launch System, déjà surnommée la "fusée pour nulle part", ainsi qu'une capsule spatiale, Orion, juste capable d'atteindre l'ISS... au moment où celle-ci sera abandonnée, dans les années 2020 ! Pour maintenir le rêve de puissance, la Nasa entretient des projets vagues, sans financement, de conquêtes de la Lune, de Mars et des astéroïdes. D'un côté, donc, une Nasa qui pleure ses budgets passés perdus et un secteur privé incapable de prendre la relève : l'espace, c'est avant tout du hardware, qui, comme son nom l'indique, est "hard". Ainsi, le prochain président des Etats-Unis, comme ses prédécesseurs, pourra, sans risque d'être démenti, promettre la Lune, Mars et les anneaux de Saturne à ses électeurs, et, comme ses prédécesseurs, repasser la patate chaude à ses successeurs.

 

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