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Le rugby cherche le Nord

le Dimanche 10 Février 2013 à 06:50
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Le tournoi des Six nations bat son plein et, comme d'habitude, une très grande partie des joueurs du XV de France proviennent des clubs du Sud-Ouest. Pourquoi le rugby a-t-il autant de mal à percer dans le Nord ?

Une grande partie des joueurs du XV de France vient du Sud-Ouest. Une fatalité ? © Michel Feltin-Palas

Toulouse, Castres, Perpignan, Montpellier... Encore une fois, le Midi de la France domine le XV tricolore qui affronte ce dimanche l'Italie. Une prédominance que l'on retrouve aussi dans notre championnat, puisque 27 des 30 équipes du Top 14 et de la pro D2 se situent au sud de la Loire. Les trois exceptions se situent toutes en région parisienne, avec le Stade français, le Racing et Massy.

Y aurait-il donc une fatalité géographique qui voudrait que Rugby rime avec Midi ? Ce n'est pas évident. Car il faut rappeler que le Havre fut le premier club créé dans l'Hexagone, en 1872 et que le premier championnat de France opposa 14 villes, dont 12 se situaient dans la région parisienne.

La fédération française de rugby essaie depuis longtemps d'inverser la tendance, en aidant les clubs du Nord à se structurer et en y organisant des rencontres internationales, comme ce sera le cas en Bretagne prochainement, avec le championnat du monde des moins de 20 ans. Avec un certain succès, d'ailleurs : le nombre de clubs et de licenciés y est en forte hausse. Et lorsque l'équipe de France joue à Lille ou à Nantes, les stades sont plein.

Impossible, en revanche, de lancer à Nantes, à Lille ou à Strasbourg des clubs professionnels capables de rejoindre l'élite. Ce ne sont pourtant pas les joueurs de talents qui manquent. Non : le problème est que, dès qu'un jeune un tant soit peu prometteur est repéré, il est aussitôt contacté par un grand club, situé la plupart du temps au Sud. Morgan Parra est originaire de Metz, Florian Fritz de Sens, Maxime Mermoz des Vosges, mais ces trois internationaux jouent respectivement à Clermont, à Toulouse et à Toulon. Un cercle vicieux dont il est difficile de sortir.

Ce qui revient finalement à poser une autre question : pourquoi le Sud, et le Sud-Ouest en particulier, s'est-il pris de passion pour le ballon ovale ? Commençons par faire un sort à deux explications souvent citées. Je suis sceptique sur la pratique antérieure de la soule, car ce jeu très ancien se pratiquait surtout en Normandie et en Picardie, qui ne sont pas vraiment aujourd'hui des terres de rugby. Quant à l'influence supposée en Aquitaine de l'Angleterre, le pays qui a inventé ce sport, elle n'est guère plus convaincante : si cela était vrai, l'Aquitaine devrait aussi dominer le foot, un autre sport créé par les Anglais, ce qui n'est pas le cas.

D'autres raisons plus probantes sont avancées par les spécialistes. La météo très douce du Sud-Ouest, qui permet aux terrains de rester praticables l'hiver. La faible influence du catholicisme dans ces régions de tradition radical-socialiste, sachant que L'Eglise s'est longtemps méfiée d'un sport où les corps se touchent d'un peu trop près, et a plutôt privilégié dans ses patronages le foot et le basket. Il y a enfin, il y a surtout la culture locale, qui valorise les hommes puissants, mais aussi l'évitement -que l'on songe à la force basque ou aux courses landaises. Certains ont même établi un parallèle entre la césure Nord/Sud du rugby et d'autres lignes de partage de la France : les langues d'oil contre les langues d'oc, la culture du blé contre la culture de la vigne ou encore la pente des toits.

Si cela est vrai, si la passion pour le ballon ovale renvoie au fond à l'âme des peuples, alors Rugby a toutes les chances de rimer longtemps encore avec Midi.